SCENE I
Cette musique à présent m'importune.
Cessez! Gygès a vu ce que vous pouviez faire. Toute émotion n'a d'exquis que sa surprise ; Notre joie est pareille à Teau mobile de rivières Qui ne doit sa fraîcheur qu'à sa constante fugacité.
Aux musiciens.
Allez charmer mes invités sur les terrasses.
Excusez-moi près d'eux de ne point leur paraître
ce soir.
Je reste avec Gygès ; Et, si je le rejoins, ce ne sera que tard dans la
nuit.
Allez ! Que votre musique légère
igO LB I\OI CANDAULE
Sache écarter d'eux le sommeil.
Les musiciens se retirent.
Desservez celte table.
Des serviteurs s'empressent.
Laissez ce vin sucré;
Gygès peut-être en boira-t-il encore...
Tends ta coupe, Gygès. — Il vient de Chypre. —
L'aîmes-tû?
Aux serviteurs qui ont dels servi la table.
Apportez-nous bientôt des lampes. — Le soir se
ferme.
Allez!
Les serviteurs sortent. Candaule s'approche de Gygès.
Ami Gygès! ainsi, lorsque la mer était contraire, Tu devais te coucher sans souper.
GYGÈS
Oui, Candaule. Il y a sur tes terres plus d'un
pauvre Qui se couche plus d'un soir sans souper.
J'aurais voulu savoir cela plus tôt.
GYGÈS
Pour quoi faire?
Pour m'en inquiéter, peut-être.
GYGÈS
Pour gâter ton bonheur?...
Mon bonheur eût vaincu la misère, au contraire... Je croyais mon bonheur si grand, si rayonnant