‹ Saül: Le roi CandauleChapitre 78 sur 95 · ACTE II igi · texte numérisé non relu

ACTE II igi

Que rien de pauvre près de lui ne fut possible.

Ce que tu fais pour moi, tu l'eusses fait sans me connaître, donc?

Même sans te connaître ; oui, vraiment.

GYGÈS, se détourne tristement.

Tu vois bien, roi, que Tamitié n'est pas possible,

O Gygès, pourquoi donc ?

GYGÈS

Ce que tu fais pour moi, tu le fais par pitié. On n'a pas d'amitié; on a de la pitié pour un pauvre.

Pauvre I — tu ne l'es plus. Lève-toi! Lève-toi ! Regarde-toi, Gygès ! ta robe est pourtant bien

changée.

O splendide Gygès I qui donc aurait pitié de toi

maintenant I

Gygès s'est levé'; il regarde sa robe splendide, mais semble soucieux et se détourne de Gandaule.

Prends ce collier...

Il détache un de ses colliers et veut le passer au col de Gygès qui résiste :

Je veux

Gygès, qui a maintenant le collier, s'est rassis. Candaule, avec insistance, près de lui :

Tu me crois riche?

igi LB ROI CANDÀULB

GYGES

Oui.

Très riche?

GYGÈS

Très riche, oui.

Mais encore, dis-moi... de combien ?

GYGÈS

Je sais qu'aussi loin que mon regard peut s'étendre, Ton royaume s^étend vers Thorizon.

Gygès! il dépasse beaucoup Thorizon.

GYGÈS

On dit que sur la mer tu as des îles.

Mes vaisseaux chargés en reviennent...

Ce n'est là qu'une faible partie de mes biens.

Imagines-tu ce qu'il y a d'or dans mes caves ?

GYGÈS

Presque autant qu'il en manque aux pauvres, je pense.

Ne parie pas des pauvres, Gygès, .

Je peux les faire riches comme des rois

Sans même apercevoir une diminution dans m*a

fortune.

Demain nous visiterons mes palais.

Cher Gygès, ta hutte était étroite, n'est-ce pas?

AGTK 11 igâ

GYGÈS

Étroite et basse, oui, Candaule.

Des bijoux, tu crois que j^en ai ?

GYGÈS

Tu m'en as montré de très beaux.

Mais j'en ai de plus beaux encore; tu verras. Qu^est-ce que tu buvais d'ordinaire?

De l'eau .

Ce vin te plaît-il?

GYGÈS

Je m^y fais.

J'en ai de meilleur.

GYGÈS, retirant sa tête de ses mains.

Roi Candaule, pourquoi tiens-tu tant A ce que je connaisse ta fortune?

Pour que te réjouisse l'amitié Qui te fait profiter de ces biens.

GYGÈS

Je pensais que l'amitié que tu voulais

N'était pas celle de tes biens, mais de toi-même...

Laisse ton ironie, Gygès,

Et ne résiste plus au bonheur.

Qu'importe que l'un donne et que l'autre reçoive,

igA ^^ ROI GANDAULB

Où deux jouissent ensemble des mêmes biens.

Écoute: l'inquiétude m'habitera

Tant que tu ne connaîtras pas

Dans toute sa complication ma fortune.

GYGÈS

Roi, tu possèdes bien des choses Dont le nom même n^est rien pour moi.

A quoi sert que tu me les nommes ?

Leur goût ne s^imagine point.

Gygès, je veux te faire goûter au bonheur.

GYGÈS

Ce qu^on ne peut avoir, mieux vaut n^y point songer.

Mais puisque je te donnerai tout cela, — tout

cela...

Gygèsl trop longtemps malheureux, — Gygès!

Je veux que ton plaisir aujourd'hui Soit plus grand que ta peine était grande.

Les serviteurs apportent des flambeaux, puis se retirent. Silence.

A quoi songe mon ami Gygès?...

A cette heure du soir que faisait-il hier?

Fatigué par la vague amère, Triste pêcheur...

GYGÈS, interrompant.

Il regagnait sa hutte où l'attendait Trydo .

Page 1