SCÈNE I
SYPHAX
Et cet envoî, ne vous a-t-il pas Taîr trop rajouté ?
* Lisant.
Moi, que m'importe l'échanson I Quand dans ma coupe il verse son Vin clair par -dessus mon épaule Moi, sans regarder Téchanson, J'o£Fre ma coupe au roi Gandaule.
Mais quand Téchanson c'est Gandaule, J*ofiPre ma coupe à l'échanson.
NICOMÈDE
Oui, tes vers sont plaisants; — mais je ne vois pas
bien en quoi Ils s'adressent à Gandaule plus qu'à n'importe qui
d'autre ?
PHARNAGE
Et moi, je ne vois pas en quoi cela peut te gêner. Ce que nous louons en un homme, ce sont des qualités qui ne lui appartiennent pas en propre.
Ce que nous aimons en Candaule, c'est sa richesse* • •
Les autres se récrient.
Et sa générosité, qui nous propose d'en jouir. S'il n'avait pas de générosité, nous ne poumons
pas jouir de sa richesse ; Mais s'il n'avait pas de richesse, nous ne jouirions
pas de sa générosité.
Nicomède rit.
SYPHAX
Et ce ne serait pas Candaule que je louerais.
NICOMÈDE, se redisant les vers de Syphax.
Maïs quand réchanson, c'est Candaule J'offre ma coupe àPéchanson. «
N'importe ! moi, si j'étais bouteille,
Je voudrais pouvoir remercier Candaule,
De réjouir par moi tant de gens à la fois.
Phèdre et Simmias sont depuis quelques instants entrés par le fond ; ils restent un peu à rëcart des autres.
PHÈDRE
Si la bouteille pouvait parler et dire :
Je préfère être bue par Nicomède que par Candaule :
Il goûte mieux...
Peut-être Candaule serait-il moins pressé
De la faire couler dans ton verre.
PHARNAGE
Mon cher Phèdre, il n'y a que le mauvais vin qui
nous dise :
Je préférerais être bu par un autre.
Le bon vin m'a toujours dit à moi :...
212 LE KOI CÀNDàULE
SYPHAX, rinterrompant et le tirant par son manteau.
Epargne ton esprit. — Allons lire mes vers.
Avant le banquet, il n'est que peu de temps encore. Venez-vous, Phèdre et Simmias ?
PHÈDRE
Non ; vos vers paraîtront meilleurs sans nous ; Vous croirez exprimer un sentiment plus personnel A n'être rien que trois à l'exprimer.
NICOMÈDE
Mais je n'exprimerien, moi, pardon: j'accompagne.
PHÈDRE
Nous n'accompagnons pas.
Les autres s'éloignent parla gauche. Phèdre et Simmias se rapprochent.
PHÈDRE
Laissons-les, Simmias. — Notre place n'est pas auprès d'eux. ^
SIMMIAS
Non plus qu'en ce palais, dis, Phèdre ?
PHÈDRE
Tu dis vrai; tu dis vrai. Hélas ! nous partirons.
SIMMIAS
Nous quitterions Candaule?
PHÈDRE
J'avaîspour lui l'affectionla plus vive, et l'estimais; Mais depuis hier il se tait ; il s'enferme; il semble
nous fuir.
Ah ! Simmias, qu'y peut notre conseil ?
SIMAHAS
Mais penses-tu partir ainsi sans le revoir ?
ÀGTB m :ii3
PHÈDRE
Non, j'attends qu'il soit seul pour une dernière fois lui parler.
Sébas et Archélaûs soat entrés par la droite ; ils examinent les apprêts da festin.
Adieu, Sébas, Archélaûsl Buvez, mangez; jouissez de tout ici.
SÉBAS ET ARCHÉLAUS
Quoi I — Vous partez ?
PHÈDRE
Adieu 1
ARCHÉLAUS
Vous avez tort.
SÉBAS
Voyez, pour un nouveau festin déjà la table est mise.
PHÈDRE
Nous vous laisserons plus à manger» — Viens, ami.
Phèdre et €immias sortent par la gauche.
Sébas et Archélaûs se refi;ardent| puis haussent les épaules.
ARCHÉLAUS
As-tu faim ?
Oui.
SEBAS
Déjà?
ARCHÉLAUS
SEBAS, lamentablement.
Archélaûs, j'engraisse.
ARCHÉLAUS
Mange moins.
SÉBAS
Fi ! je pourrais maigrir!.*.
2l4 LK ROI GANDAULB
ARCHÉLAUS
Tu pourrais manger plus après.
SÉBAS
Croîs-tu ? — Tu dois avoir raison, ma foi.
Je remets cette figue.
Oui, je pourrai manger davantage à midi.
Philèbe entre très rapidement par la droite.
PHILÈBE
Avez-vous VU Pharnace et Syphax?
ARCHÉLAUS
Ils étaient..
Les voici.
SÉBAS, interrompant.
Rentrent Nicomède, Syphax et Pharnace.
Philèbe s*est assis sur un banc près du festin, les mains sur les hanches, comme essoufflé.
NICOMÈDE
As-tu VU Candaule, Philèbe? — Nous le cherchons partout.
PHILÈBE
Je le quitte àl'inslant.
SYPHAX
Où donc est-il ?
PHILÈBE
Partout I
Partout et nulle part ; il fuit ; il rôde; il erre..- Ah 1 mes amis ! — Laissez-moi rire ! — Ah! l'admirable histoire, ahl ahl...
Comme essoufflé d'aroif trop ri .
PHARNACE ET SÉBAS
Que veux-tu dire ?
PHILÈBE
Vous savez, cet anneau, qui faillit faire étrangler Sébas...
ARCHÉLAUS
Pardon ! C'est moi qu'il faillit faire étrangler.
PHILÈBE
Bien. Peu m'importe.
ARCHÉLAUS
Mais il m'importe à moi beaucoup.
PHILÈBE
Tant pis I — Laisse-moi raconter.
Tu te souviens, Pharnace,
Des mots grecs que tes yeux y trouvèrent écrits.
SÉBAS
Pardon ! pardon I C'est Phèdre qui les vit.
PHILÈBE
Ne m'interrompez pas.
NIGOMÈDE, PHARNACE et SYPHAX
Va donc ! nous t'écoutons.
PHILÈBE
Je ne sais pas comment il se fit que ce soir Le roi, d'abord inquiété par les deux mots gravés, Put oublier l'anneau mystérieux qui les portait. Je crois que l'arrivée de Gygès le pêcheur en fut
cause.
Ah ! mes amis ! Si vous saviez la suite ! — Elle est
si drôle...
LES AUTRES
Raconte — allons !
CINDÀÙLB
PHILÈBE
Je ne sais pas comment la raconter.
NÏCOMÈDE ET PHARNACE
Bahl Raconte toujours.
PHILÈBE, secoaé par le rire.
Non... mais si vous aviez pu voir le roi Candaulel
SYPHAX
Que fait-il donc ?
PHILÈBE
Il cherche*