‹ Saul, tragédie en cinq actesChapitre 19 sur 58 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Celait peu de lui rendre un éternel hommage, Il fallait dans un prêtre adorer son image; De pontifes sans nombre à toute heure assiégé , C'étaient autant de dieux par qui j'étais jugé. Sous mes pas, disaient-ils, je creusais un abîme ; Chacun de mes penchans se rencontrait un crime ; Ils opposaient sans cesse au pouvoir souverain Les préceptes gravés sur nos tables d'airain. Si j'osais un moment me vanter de ma gloire, Us appelaient leur Dieu le dieu de la victoire, Et, retrouvant partout et son nom et ses lois, D un miracle inventé flétrissaient mes exploits ; Us sont morts, et mes jours n'en sont pas moins sinistres; Sans atteindre le Dieu j'ai frappé les ministres. Irrité d'un trépas qui brise enfin mes fers , Il m'envoie à leur place un esprit des enfers , Monstre affreux qui, cliangeantle jour même en ténèbres Enveloppe mon front de ses ailes funèbres, Se penche sur mon cœur , et m'abreuve expirant D'un sang impur mêlé d'un poison dévorant. D'horribles visions sans cesse il m'environne ;

Il me crie en fuyant : Saùl descends du trône!

Je n'en descendrai pas ! Le trône d'Israël

Attend en vain le roi qu'a prédit Samuel.

Dieu peut m'anéanlir , il ne peut me soumettre.

Il est mon ennemi ; mais il n'est plus mon maître ;

Mon orgueil obstiné contre lui se débat,

Et j'ai changé du moins l'esclavage en combat.

Plus d'autels, plus de vœux, plus d'encens, plus de fête,

Jour exterminateur, lève-toi sur ma tèi.c!

3o SAUL.

Révolte, viens remplir ce cœur désespéré.

Noir esprit des enfers à qui je suis livré,

Saiil à ses tournions saura te reconnaître ;

Viens, viens courber nia tétc autant qu elle peut l'être :

Je brave tes fléaux, je t'attends sans terreur;

Et , tandis que le Dieu dont tu sers la fureur

S'applaudit d'un triomphe encore imaginaire,

Je suis demeuré libre et roi sous son tonnerre

Mais, mon fils, dansle trouble où s'égaraient mes sens, J'ai cru de tout un peuple entendre les accens : Viens aider , Jonatlias , ma confuse mémoire. A-l-on fait éclater des hymnes de victoire?

JONATUAS.

Oui, mon père.

SAUL

Et quel est le sang qu'on a versé?

Quel ennemi sans moi vient d'être terrassé?

JONATUAS.

Goliath.

SAUL

Ce géant dont ma valeur trompée Jamais dans les combats ne rencontra l'épéc ; Durant nies longs tournions tes mains l'ont abattu ? Ton courage me plaît.

JONATUAS.

Je n'ai point combattu.

SAUL

Comnttni ?

JUNAÏ IIAS

L ordre du ciel, on pasteur*;;

Page 1