‹ Saul, tragédie en cinq actesChapitre 18 sur 58 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Mon amour pour Saul ni en ferait reconnaître.

SAUL

Périsse et soit maudit le jour qui m'a vu naître!

Périsse le soleil qui versa ses clartés

Sur ce jour d'inclémence et de calamités !

JONATHAS

Par l'excès des douleurs votre âme est égarée ; Mon père!

SAUL

Dune vie à tant de maux livrée , Si j 'avais en naissant repoussé le flambeau , Si le sein de ma mère eût été mon tombeau, Le néant contre Dieu m'eût servi de retraite , Je serais sous la terre avec ceux qu'on regrette, Avec les rois passés dans leur dernier séjour , Avec l'enfant qui meurt sans avoir vu le jour.

JONATHAS

De votre noble cœur rappelez la constance....

SAUL

Je n'avais point à Dieu demandé l'existence. Se plaît-il aux tourmens dont ses yeux sont témoins? Qu'importaient à ce Dieu quelques larmes de moins ? Qu'importait à ce Dieu, que ma fureur défie, Qu'un malheureux de moins vînt maudire la vie ? Que ne me gardait-il dans sou éternité ! Pourquoi montrer Saûl au inonde épouvanté

sS SAUL.

JONATHAS

Ses desseins sont pour nous un éternel mystère.

Je suis compté parmi les princes de la terre. Comment a-t-il souffert qu'un pontife expirant Voulût me dépouiller de ce suprême rang ? Samuel, d'un pouvoir devenu mon partage, Sur je ne sais quel front transporta l'héritage ; 11 annonça qu'un roi de ses mains couronné, Marqué de l'huile sainte et de ma pourpre orne , Des Lévites du temple invoquant l'entremise , Viendrait un jour régner sur la terre promise, Me chasserait du trône, et , s'armant de mes droits , Marcherait roi sans gloire à la tête des rois. Où sont ses bataillons ? que tarde-t-il encore ? En vain je l'ai cherché du couchant à l'aurore : Mes pas depuis quinze ans n'ont pu le rencontrer ; Je ne demande au ciel que de me le montrer !

JONATHAS

Pourquoi, cherchant d'Endor les autels sacrilèges, Jadis de Samuel blesser les privilèges ? Pourquoi lui préférer, père et monarque heureux, L'impure Pylhonis.se el ses conseils affreux , El sur vous de sa haine attirant la tempête...

SAUL

J étais las de Ce ciel qui pesait sur nia lètc, De ces enfans d'Aaron à ma perte animés, !)«• ce Dieu , roi jaloux des rois qu'il a nomm

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