SCÈNE VI
LA PYTHONISSE , SAUL
LA PYTHONISSE
Saùl...!
Quel cri soudain !
LA PYTHONISSE
Saùl...!
SAUL
Grand Dieu ! c'est elle !
LA PYTHONISSE
Oui, me voici... Mon art te serait-il suspect? Pour la première fois tu fuis à mon aspect.
SAUL
Moi fuir!
LA PYTHONISSE
Quel vain effroi dans tes yeux se fait lire ?
SAUL
Je ne connais d'effroi que celui que j'inspire.
52 SAtL.
Je le croyais cachée en ton affreux séjour. Que fais-tu parmi nous à la clarté du jour? Qui t'y retient ? quel est le crime qu'on projette? Quel monarque imprudent te choisit pour sujette ? Quelle terre en son sein t'appelle et ne sent pas Les germes des moissons expirer sous ses pas ?
LA PYTHONISSE
Je quitte pour toi seul mon antre solitaire ; De mon trépied de fer je monte sur la terre, Et , pour te secourir et venger ton affront , Au soleil des vivans j'expose ici mon front.
SAUL
Fuis. .. Jadis des devins j'exterminai la race, Crains à mes yeux lassés de ne plus trouver grâce. Fuis, porte ailleurs ton art et les cruels secours.
LA PYTHONISSE
Je ne puis de Saùl m'expîiquer les discours. Suis-je la Pythonisse? Est-ce moi qu'on insulte? Mon antre a-t-il perdu la voix qu'on y consulte ? Python déshonoré n'a-t-il plus son autel ? Le dieu disparaît-il sous l'affront d'un mortel ? Mes philtres , mes poisons, mes cruels maléfices, La mort même présente à tous mes sacrifices , Tant de forfaits commis , tant d'oracles rendus, Tant de rois de leur trône à ma voix descendus , Ne t'instruisent-ils pas de ma toute-puissance ? Saib-tu quels sont mes droits à ta reconnaissance ?