ACTE III , SCÈNE VI
SAUL
Tu n'en as qu'à ma haine, et j'ai rompu mes fers. J'ai dérobé mon âme au souffle des enfers. Pars, et n'espère plus , dans ta noire démence, Qu'entre Saùl et Dieu la guerre recommence.
LA PYTHONISSE
Elle a recommencé..- Grains ses funestes dons ; Sais-tu de quels bienfaits il scelle ses pardons ? Quoi, ces trois jours affreux n'ont pu te faire entendre Quelles sont les faveurs que tu dois en attendre ? Quoi , tandis que la foudre erre autour de tes pas, Le vieillard de Nobé ne t'épouvante pas ? C'est lui qui, vers son Dieu levant des mains servi les, T'a maudit dans nos champs , t'a maudit dans nos villes ; C'est lui qui chaque jour , farouche et menaçant , Offrait contre Saùl l'holocauste de sang.
SAUL
N'importe... Il est absous du mal qu'il voulait faire. David devient mon fils.
LA PYTHONISSE
C'est lui qu'on me préfère !
David prend aujourd'hui , de tes tourmens vainqueur, L'empire qu'autrefois j'exerçais sur ton cœur.
SAUL
Il me répond du ciel... son hymen se prépare. LA PYTHONISSE.
Cet hymen de David pour jamais nous sépare.
54 SAUL
Adieu... je te confie à sa jeune vertu. Je suis assez vengée.
SAUL
Arrête! que dis- tu?
Arrête.... I
LA PYTHONISSE
Désormais que te font mes oracles ?
N'as-lu pas ton David? n'as-tù passes miracles? Cours lui donner ta fille, et reçois mes adieux : J'avais en ta faveur consulté tous mes dieux , Et d'un nom que l'enfer s^obstinait à me taire , J'avais, après quinze ans, découvert le mystère. Je connaissais ce roi que tu cherches toujours , A qui furent promis et ton trône et tes jours. Oui , je le connaissais...
SAUL
Ciel ! que viens-je d'entendre ?
LA PYTHONISSE
J'emporte mon secret.
SAUL
Parle, c'est trop attendre.
Quel est son nom...?
LA PYTHONISSE
Lui-même ici t'en instruira.
Qucdis-jc! au nionde entier ton malheur l'apprendra. Il est prêt à quitter l'ombre qui le recèle, Pour un trône ou déjà ton ivresse chancelle.