ACTE III, SCÈNE VI
LA PYTHONISSE
Oui.
SAUL
Forçons Samuel lui-même à s'expliquer.
Viens... j'en croirai son ombre... Oses-tu l'évoquer?
LA PYTHONISSE
Evoquer Samuel!
SAUL
En as-tu la puissance ?
LA PYTHONISSE
Si ma mort est le prix de mon obéissance 7
Si des gouffres de feu s'entr'ouvrant sous mes pas...
SAUL
Espères-tu finir par un autre trépas ?
Je ne m'attendais point à cet indigne obstacl e .
LA PYTHONISSE
Mais toi, soutiendras-tu l'horreur de ce spectacle ? Lorsque je donnerai le terrible signal , Oseras-tu rester dans le cercle infernal ? Verras-tu, sans mourir , le Dieu qui me tourmente Porter l'appel magique à ma bouche écumante? Mots affreux que la terre abhorre et n'entend pas , Langage de l'enfer lorsqu'il parle au trépas.
SAUL
La tombe est là! marchons. .. mais tu crains d'y descendre. Ta voix de Samuel n'ose éveiller la cendre...
58 SAUL
Tu me trompais... ton sang va couler sons mon bras.
LA PYTHONISSE
Tu veux voir Samuel ; tremble , tu le verras !
Que le ciel sur mon front menace , éclate et tombe '
Tu veux voir Samuel , viens, entrons dans sa tombe.
Viens, dans mes sens troublés Pytbon règne en vainqueur,
Et l'aiguillon brûlant est déjà sur mon cœur;
De noirs enebantemens si ton œil est avide ,
Le sépulcre n'a pas de spectre plus livide;
J'emploîrai tout, sermens, cris, magique flambeau,
Et tous les dieux d'Endor passent dans ce tombeau.
Faroucbe , l'œil en feu , terrible , écbevelée ,
Frappant du pied la terre à ma voix ébranlée ,
Arrosant la poussière et le cercueil brisé,
D'un sang tiède et fumant dans mes veines puisé,
Je forcerai la mort à quitter ses ténèbres.
Prètez-moi vos secours, enchantemens funèbres !
Montrez-lui que Saùl, par l'enfer châtié ,
Ne connaît de l'enfer qu'une faible moitié.
Et toi, dieu que je sers, si la main d'une amante
S'offrit toujours à toi d'un sang nouveau fumante ;
Si ma bouche, toujours soufflant ton noir poison*
Au plus affreux blasphème a préféré ton nom ;
Pour les philtres puissans que demandait ta rage ,
Si j'allai recueillir seule, après un orage ,
Les ossemens des morts dérobés aux bûchers,
Et les feux du tonnerre empreints sur nos rochers,
Encor ce dernier crime et ce dernier miracle,
Recours, ci que la mon confirme mon oracle.