‹ Saul, tragédie en cinq actesChapitre 35 sur 58 · ACTE III , SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE VI

Trompé dans ton amour et ton ressentiment, Toi-même de ta chute as pressé le moment. Tu lui donnes la fille, et ta puissance expire.

' SAUL

Quoi! David!!

LA PYTHONISSE

C'est à lui qu'on livra ton empire.

L'usurpateur sacré du rang qu'on te ravit , Ce mortel odieux , exécrable , est David.

SAUL

Tant d'horreur ... ! je succombe , et mon âme accablée . . .

LA PYTHONISSE

La vérité tardive enfin s'est dévoilée.

Opposant à tes droits ses droits ambitieux , David.; ! et tu souffrais qu'il te parlât des cieux ! Tu rêvais des remords que je conçois à peine; Tu formais d'autres vœux que les vœux de la haine. El tu montrais, aux yeux de ton peuple étonné, Saùl par un enfant surpris et gouverné !

SAUL

Ah ! cet enfant divin m'entretenait de gloire , C'était à mes côtés l'ange de la victoire. Il avait fait briller , au seul nom du Seigneur , Dans la nuit de mon âme un rayon de bonheur. Ses chants consolateurs endormaient ma souffrance; Des lèvres de David descendait l'espérance. Dans quels maux je retombe, et de quel coup frappé...! Non, ce n'est point David, ta haine m'a trompé.

56 SAUL

Je n'en crois plus un art dont frémit la nature.

Toujours pour me trahir féconde en imposture ,

De tes fureurs sur moi tu versas le poison.

Chacun de mes malheurs fut marqué de ton nom ;

Et ta voix , pour m'ôler un appui tutélaire,

Fait parler Samuel au gré de ta colère.

David mon ennemi. .! lui qui sauve mes jours !

Je te retrouve encor ce que tu fus toujours.

Tu viens, m'environnant d'une horreur imprévue....

LA PYTHOMSSE.

Té sauver du serpent qui fascine ta vue. De ses replis mortels prêt à t'envelopper, 11 charme la viciime avant de la frapper. Dieu triomphe et se rit de ta crédule joie : On doit s'épouvanter du bonheur qu'il envoie. Sur David au berceau l'huile sainte a coulé ; David l'ignore encor.

SAUL

Qui te la révélé ?

I \ PYTHONISSE

L'enfer..

Eh bien , cherchons jusqu'au sein de la tern Un témoin mieux instruit de ce fatal mystère. ( )n ilit que dans ton antre, aux lueurs des flambeaux. Eclate un chant ma, îque entendu des tombeaux. Au culte de la mort dès long-temps consacrée, La mort tremble et se lève à ta voix abhorrée.

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