‹ Sauvons le genre humainChapitre 24 sur 27 · ESQUISSE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ESQUISSE GÉNÉRALE

À mesure que les formes sociales se rapprochent, dans le temps et dans l'espace, du point de vue doii nous les contemplons, elles se développent, grandissent à l'œil et permettent une description plus détaillée, par deux motifs :

Nous les observons plus facilement.

Et leur organisation, moins primitive, offre à l'étude un mécanisme plus complet. La peinture de l'édenisme est nécessairement aussi réduite que l'horizon intellectuel de l'humanité durant cette phase; Télat sauvage a plus d'éléments et fournit à l'écrivain plus de cou-

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leurs. L'état patriarcal présente déjà, dans la sacml sion des événements qui le bonslitaent, là dîspositios sériaire. Il a deut branches» ou deux ailés, bléli prononcées, — le patriarcat simple de là fàlnillëpnisjt la tribu isolées,— le patriarcat ftdératif des tribu! unies.

II faut s'attendrfe à voir les événements princîpaai qui caractérisent la vie générale d'un peuple civilisé subir, comme une existence huibaine, là loi de l'ascension et du déclin, en passant par tous les degrés que la loi sériaire indique. Avant de le constater aw précision, traçons l'esquisse générale des InstitntiDi civilisées.

Ces institutions sont la suite rationnelle de tous les progrès ébauchés par le barbare. — Eu religion, mythologie monothéiste. Un seul Dieu entouré d'une couT; en partie symbolique, et très-secondaire. Des sacrifices non plus matériels, ensanglantés, mais conserrafil l'image des premières offrandes. — Un costume étroit, sombre et monotone, en harmonie, si le mot d'ham^ nie est applicable aux costumes de la civilisation, avec l'état de l'homme en chrysalide.— La guerre, soumiseà un droit des gens, mais à un droit des gens beaucoup trop large, car, s'il prescrit de respecter lés femmes, les enfants, les vieillards, les cultures, de s'abstenir de l'incendie, ces préceptes ne sont pas considérés comme obligatoires en fait par les civilisés, quand lis combattent des barbares. — Aux ambassades extraordinaires ont succédé les ambassadeurs résidents, surveillants à poste fixe, placés par chaque nation au sein des autres. — Le règne de là noblesse, ou classe destructive, c'est le mot, tantôt en lutte contre le felergé,

LE GMki É^BIAIN. ni

tàiltdt liguée àvéb lui, est remplacé pat ràvéhemeht de là bourgeoisie dti classe marchande. L'iûdustHë toanûfaciârièré pi'éud, aux dépens de ragricûlture, Uii déyeIop][iemetit l^xCessif, et au^tiel on sera obligé bientôt de chercher des contte-poids efficaces. L'esclavB affranchi gagné la liberté de l'industrie, en pàsëant k traTeirs léà corporations, dont la première formulé apparaît dans ce ver^ d'Horace : Arféubàîtxf'ufh collégiûf phàrmabôpdcBy etc. (cdllégeS des joueuses de flûte, vendeurs d'brviétan, etc.)

Les lois typique^ de la civilisation sont des Ibiiâ écritêâi et la Ptaiice éffàçâ db soti feol une tfacfe dds envahisseurs barbares quand Ifes Coiitufnè^ flii-eht rédigées.

îè titilisé, bes^àtit de fdrmér clah, ^ehi, où tribu, n*a plus constamment sous les yeux, comme rÂrabè ifctiiëi, là èrâhdë fâniîlte dbnt il efei thëmbré. Vbulant toulelbis en cobsérvèt le souvenir, il attache à soh noni individuel un nbtii db faniille, 'd'un uèage tinivéirsel A même obligatoire. îl sigile 'de soh nbta et non plhfe dfe son cachet, ttè gardant pliiS du 'scfeâu j^rimitif ijùfe rétyihblogié dé àîgnaiûre.

La civilisation n'a paè d eéclaves. Qtiand elle eh garde, en dépit des lois de la nature, elle s*afiaiblit, se détaoralise. quel beaii principe, et (jii'il est bieh de la vraie Franfcë, ce prihcipe qui repoussait de hotrfe solj non l'esclave, comme l'ancien régime essaya perpétuellement de le fait-e, mais lesblàvage émpoisonnlô! Quàild nous boAserviotis encore, dans hos colbnleè, des hommes abirutis pat* les fers, i\i né pouvàibnt du moins toucher la rive libératrice sans être affranchis par ce conUiot. La thàdi niontràit fen cela un respect reli-

tit AiDVOI»

gieox d*elle-inème qui lui sera compté devant Dia Qu'elle le bénisse d* avoir deviné qu*ea repoussant 1» clavage, elle se garantissait du venin le plus délétèit Si l'esclavage abrutit le noir par le blanc, il abratii aussi le blanc par le noir. Il suffirait de parcoorirk premier recueil venu de notre jurisprudence moderae, pour sentir, au fond de cet antre démoli, les ptis infectes exhalaisons de la débauche et de la cruauté.

Les civilisés ont des domestiques, et nous ne dirou rien ici contre la domesticité. Ne faut-il pas dérouter un peu ceux qui essayeraient de se débarrasser de notre livre, en nous traitant tout simplement de fou, et qui nous verront si peu avancé, c'est-à-dire si pnh tique et si prudent, à propos de mainte question qui sert de texte aux déclamations démocratiques ordinaires?

Si nous écrivions tout seul, et si notre intelligence n'avait pas été refondue, il est bien probable que nous aurions mis la domesticité de pair avec l'esclavage, et la théorie de Fourier, que nous avons préchée longtemps, allait nous fournir à souhait une formule entière. Mais nous n'écrivons pas ce qui nous plaisait aatrefois ; nous écrivons ce que nous voyons.

Le patriarcat laisse mourir ses dernières inspirations dans la société civilisée, sous forme de simple dépendance imposée à l'enfant et à la femme, dépendance qui ne périra pas tout entière, mais qui vase transformer, de manière à devenir un lien danionr entre tous et à laisser à la femme, qui ne dirigera pas tout, la part d'indépendance et même de souveraineté à laquelle Dieu l'appelle.

La polygamie est un caractère barbare. Il n'y a

point de peuples polygames ou monogames dès le berceau, par suite d'un caractère individuel; mais il y a des peuples polygames avec des vaisseaux de premier rang, des télescopes et des fourchettes, comme les Turcs nos contemporains y et ce contraste est monstrueux entre le progrès matériel et Tenfance morale. Il y a des • peuples doux et charmants, analogues à la colombe, qui savent aimer avec pureté, et à qui Dieu fait la faveur de leur accorder l'épouse avant qu'ils aient réuni les premiers éléments scientifiques de Tordre civilisé. Tels sont les Indous, que le ciel place à côté des Chinois, comme le jour auprès de la nuit.

La monogamie est un caractère civilisé; cest le plus essentiel. La civilisation avec ses palais, ses ponts, ses chemins de fer, ses ateliers, ses musées, ses armées brillantes, ses plaines dorées ; la civilisation avec ses poëtes et ses peintres, avec ses gloires qu on peut admirer quand on les compare au passé, non pas à l'avenir; la civilisation dans son rayonnement n*est que l'auréole de Tépouseet delà mère. — Ëpousezdeux femmes, tout s'éteindra.

Commune dans TËden, nulle ou à peu de chose près chez le sauvage, féodale pour les conquérants, la propriété se morcelle sous le régime civilisé; elle se morcelle à chaque génération, s'éparpille, tend à la poussière. Les phalanstériens disent : associez- vous. Nous le disons aussi, mais écoutez cette parole divine : « Si « l'association, par son organisation ou par son dévec loppement, devait entraîner dans la famille le moinc dre désordre. Dieu dirait aux hommes : Mourez < plutôt de faim, en implorant ma pitié, que de deve- « NiR des beutes I »

î< * SAUVONS

Nous û^entrerons dans aucun détail i^tlf les successions, les donations, les leslamenls, les divers contrats ; — nous voulons publier, après tant d'autres, tiotre commentaire du Code civil.

La magistrature est professioiiiiellé chez les civili- ' Séè. Splendide misâion que celte incarnation de la conscience; toais ausâi quelles vertus exceptionnelles ^feraient nécessaires pour un pareil mandat 1 t a-t-il aujourd'hui defe Vices dans Torgahisâtibn de la magistrature? Oui, mais nous avons déclaré que là politique fa'était pas de notre ressort. Tout ce ij'de nous pouvons certifier, c'est que Téléctioû des tnâgistrats ii'esl pas le reniède.

La pénalité barbare, aussi cruelle ^li*ëi|)ëfiitive, fempale, décapite, flagelle, bâtonne éfa ^lace publique, recnerchant là ïoule, et ^'occupe âvàiit tout d'être ièxempïairè. t*àmende et la prison paraissent au civilisé préférable; il est calculateui* et dispds'e tbtiVe une ëchélle de châtiments en administrant l'amende et la prison à différentes doses, il a ihbins pour bbjfet de faire un exemple que de retenir le critriiiiél, dfe le séijuestrer, d'empêcher leà relations eiltrè luifetléSâutriBS hommes. La législation civilisée conSëfVé fenfcore là peine dé mort, comme un engrfenàge avec là barbarie.

Mais sa tendance est de dëiiouillér la pdné Je ibort dé toutes les tortures que la populatioil barbare Va contempler pour y trouver uil plaisii* sensuel de là îiàtnre la plus dégradante, au lieu des enseignements voulus par la loi. L'anciennfe Frahce fut infidèle & là civilisation en conservant jusqu'à là fin db xvtit* l^ëcle l'écartèlement, la roue, le bûcHier, et là ilS^lbtion

LE GISNRE HUMAIN. 315

française^ qqi la I)alaya justement^ $e|itait si bien toute la pqrtée de ce crime qu un de ses premiers actes, et Tun des plus hoporables^ fut de réduire 1^ peiqe de mort à la décollation la plus prompte.

Ce n'e^t pai§ assez. On a seiili qiie cette pei|ie> légitime aux époques où elle est indispenss^ble, était la honte de notre époque, précisément parce qu'elle est encore légitime et nécessaire aujourd'hui. On la dissimule^ on cherche incessamment pour la guillotine un abri plus ignoré.

La peine de mort ne sera jamais abolie par suite d'attaques directes. Elle naît du vice, et pour la détruire il faut écraser son odieux père. L ordre général veut qu'on détruise les châtiments, non pas en les bravant, mais en devenant meilleur.

Quant aux prisons, on s'en préoccupa, et c'est bien. Leur ancien régime était ui^e agglomération de souillures que Tou semblait mettre en fermentation pour ]ue le monde entier pourrit plus vite. La maison pénitentiaire est austère, mais elle est austère comme le levoir, et la société française court de trop graves dangers pour qu'elle n'accepte pas les expiations afin de je racheter, avec l'ardeur de^ premiers anachorèle§. dette voie est bonne. Les cellnl(s$ sont calomniées; ou f trouye la vie matérielle suffisante. J'y ai passé douze ours, en qualité de représentant^ sans faire une obole l'acquisition à la cantine. J'ai mangé à la gamelle qui le^t aux forçats, j'ai fait mon lit et balayé ma cellule ous les matins. J'ai senti qu'un prisonnier, amené Ik >ar le crime, y serait obligé dp réfléchir et de repren- Ire possp$sion de sop âme, entraînée par les élémei^ts >rutaux au milieu de la liberté.

Il faut bien le dire toutefois, sans souffrance matérielle, je me sentais amoindrir, et je suis certain que la mort est la suite prochaine de ce régime, qu'on n'ose pas employer encore pour les captivités de longue darée. On a raison. Si le régime cellulaire veut devenir le progrès dont il est le germe, la cellule sévèrement gardée n'y peut être qu'un moyen de contrainte ou de préparation. Il faut initier graduellement les détenus au travail, les uns en présence des autres. C'est une question de surveillants plus ou moins nombreux, plus ou moins bien choisis, une dépense en un mot, mais des plus essentielles. 11 faut le travail, et le travail au grand air.

Au point de vue moral, on ne doit pas mettre le! prisonnier en dehors du monde entier , mais changer son milieu, faciliter ses rapports avec sa famille, si sa famille est honorable, et c est un point que l'administration a le droit de vérifier. Le bandit sans espoir de conversion, c'est l'enfant seul au monde. Le mariage est plus pur que le célibat : retournez le vieil axiome. Une femme qu'on laisse en liberté vous reste au cœur comme l'image du bien. Critiquer le mariage dans sa forme actuelle, serait en dehors de notre sujet. Quoi qu'on en ait dit, quoi que nous-méme en puissions dire plus tard, on doit donner des gages à Tordre établi dans la société où l'on respire, et la police peut changer son nom sali contre celui de providence des prisonniers, en mettant du zèle et du cœur à faciliter constamment des unions dignes.

Après avoir tracé l'esquisse générale de la société civilisée, nous avons à présenter le tableau de ses différentes phases sériaires.

LE G£r«RE HUMAIN.

Nous avons déchiré le tableau des droits naturels, LDexé par Fourier à Tétai sauvage, parce que Dieu >us a prescrit de le faire. Il nous ordonne en ce moeût de reproduire et d'adopter le tableau des caracres successifs de la civilisation, placé par Fourier tus son Nouveau monde industriel.

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