‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 117 sur 223 · H. PHELIPEAUX · texte numérisé non relu

H. PHELIPEAUX

sïoa, oiïrent de grands sujets aux réQexions du dac de Savoie, fit la situation àe Sf.>s Étals le fait souvent songer aux moyens de les agrandir, si cet événement arrive. Mais il a paru jusqu'à présent que lu crainte de se méprendre dans ses démarches rRmpi>chûit de suivre aucune roule certaine, en m<>n)e temps qu'il les tenloit toutes. Il a longtemps espéré que le Roi lui feroit di>s propositions. Il it fuit des pas aupri^s de l'Empereur, auprès du Roi d'Angleterre. Mais les négociations & Vienne n'ont rien produit, et le Roi de la Grande-Bretagne, de son cdlé, a marqué une opposition particulière aux vues et aux întérf'ts de ce prince.

il croyoit que celles que Sa Majesté pouvoit former le plus naturellement sur l'Uulie, lui procuroroient on cas de mort du Roi Catholique, le duché de Milan en échange de celui d« Savoie et du comté de Nice, qu'il uuroit cédés pour cet Étal, Il étoit si persuadé qu'Elle regardoit ce projet comme le plus conForme k ses intérêts, qu'il ne douta pas que le comte de Tessé ne fut chargé de lui en fuire la proposition, lorsqu'il fui envoyé l'année dernière à Turin, pour lui faire compliment de la part de Madame la duchesse de Bourgogne, sur la naissance du prince son lils.

La ferme opinion qu'il en avoil l'empêcha de faîiv aucune ouverture au sieur de Tessé, mais, voyant qu'il s' étoit trompa, il a depuis donné quelques ordres au comte de Vernon ', son ambassadeur, d'essayer de pénétrer quels éloient les sentiments du Roi sur cette matière. Le peu d'ouverture qu'il a trouvé l'a rendu encore plus réservé, et il s'est coulenté d« donner souvent des assurances générales de ses intentions pour le service de Sa Majesté, et du fondement certain qu'Elle pouvoit faire sur lui.

11 n'y a pas lieu de douter qu'il ne les renouvelle encore au sieur Phélipeaux, et, quoiqu'il ait été fort alarmé des bmits répandus de la disposition que le Roi vouloit faire du Milanois en faveur du duc de Lorraine, Sa Majesté a cependant lieu de croire qu'il se Halte que ces bruits ne se vérilieront pas, ou

bien qu'Elle pourra changer ces premiers projds, s'il est vrai qu'ils aient été formas,

Il est du service du Roi do le laisser encore duQs cette incertitude. Lorsque le temps sera venu de lui découvrir la vi'rité, Sa Majesté enverra ses ordres au sieur Phélipeaux sur la manière dont il conviendra pour lors de sVxpIiquer. Mais il est présentement nécessaire de se réduire à des expressions générales de leslime et de rafTeclion que Sa Majesté a pour lui et de l'embarrasser en lui donnant lieu de croire que le sieur Pbélipeaux a des ordres particuliers dont il ne pourra s'expliquer, qu'après avoir reconnu de plus près et par lui-même, quelles sont les dispositions de ce prince, et s'il est véritablement libre de tout engagement. Enfin, il doit régler sa conduite dans les commencements de son ambassade, de manière que le duc de Savoie, espérant aux bontés dont Sa Majesté lui a donné tant de marques, ne suive aucun autre projet capable de le priver de la continuation de ces mêmes bontés et sur toutes choses, qu'il ne prenne aucune liaison particulière avec l'Empereur.

Il sera difficile que le Roi ne soit informé des négociations que son ambassadeur à Vienne y pourroit conduire. Il est cependant de son service que le sieur Phélipeaux tilchc de pénétrer les ordres qui lui seront envoyés, et qu'il en rende un compte esact à Sa Majesté. Elle sait que, jusqu'à présent, (otites les tentatives qu'il a faites en cette cour n'ont eu aucun succès. Cependant, le duc de Savoie n'en paroit pas moins occupé du projet de marier la Princesse sa Hlle avec l'archiduc.

Il prétend trouver en même temps des avantages considérables dans l'alliance de l'Empereur; il n'a rien oublié pour engager les envoyés de ce l'rince à lui faire des rapports avantageux et des honneurs distingués qu'ils ont reçus à Turin, et des qualités personnelles de la Princesse. Sa Majesté n'a pas jugé devoir donner aucun ordre au comte de Briord, do traverser ce projet. Il a paru jusqu'à présent que l'Empereur étoit assez indifférent aux vues de M. le duc de Savoie ; si le succès en devient plus apparent. Sa Majesté fera savoir au sieur Phéli-

M. PHÈLIPEAUX, 1700-1704.

peaux la conduite qu'il devra tenir, el l'état des affaires règt< pour lors les ordres qu'EUe lui donnera.

Si les intentions du duc de Savoie sont suspectes h Vienî et à Londres, elles ne le sont pas moins à Madrid. Lp bni s't^toil répandu depuis quelque temps, que ce Prince avoit dfl sein de traiter des droits du duc de Manloue sur la partie i Montferrat possédée par les ducs de Savoie depuis le traité Quérasque ; Sa Majesté est informée que le Roi Catholique' fait représenter à l'Empereur, qu'il étoit très important d'« pécher ce traité, et de s'opposer à la nouvelle acquisition qi le duc de Savoie prétendoit faire des droits du duc de Hsl loue.

Cette défiance générale que l'on a de ses desseins dans 1 principales cours de l'Europe, doit le convaincre de l'inlés qu'il a de s'attacher à ceux de Sa Majesté, mais il est néce&ssi: qu'il en soit persuadé par ses propres réflexions, et si Vi entreprenoit de lui faire connoitre la route qu'il doit sui' cette conduite sufflroil peul-ôtre pour l'en éloigner enco davantage. Ainsi, le sieur Pbélipeaux ne doit se servir de connoîssance que Sa Majesté lui donne, que suivant les oc sions qu'il en trouvera ; ne disant jamais tout ce qu'il sait, laissant croire au duc de Savoie, qu'il cal encore infor de beaucoup d'autres circonstances dont il ne veut pas 1 parler.

S'il y avoit quelque affaire importante h trail«r, ce sert directement avec ce Prince qu'elle se négocieroit présenlemel Depuis la mort da feu marquis de Saint-Thomas ', personne paroît avoir la m^me part que ce ministre avoit k sa conOanc On a cru longtemps à Turin qu'il la donneroit tout enti^re président de la Tour*, apr^s lui avoir conféré la chaîne secrétaire d'Etat à son retour de Hollande. Il paroissoit an

I. Cbirtci-Jowph- Victor Curon, créé marqnis ds SMnl-ThnR»« par li>Ut«' S in*i IdHU, pr«D)ier tecréuire d'Ëlat du duc de Samie, mounU Ji Tnrin m If

t. Phililierl Sallier, d'abord abbè do U Tour, pou comte A» la Toar, bwoa Bourdeaui, coDieiUer d'étal du duc de Saioie, prteident da lea floancea et dant da Da raaiton, plénipnLentialm de Victor-Ain édrie II au aonert* da fui ehtrgi d'imporUntei mjnioai i la Haje el k Paria i l'occaiiim ' lion d'Espagne.

PBl^•CIPAl'X CONSEILLERS DU DUC DE SAVOIE- 31R Ir^s disposé à s'ouvrir au comte de Gouvon ' qu'il envoya auprès de Sa Majesté immédiatement après le traité de 1696. Mais ni l'un ni l'autre n'ont eu depuis toute la faveur où le publie s'attendoil de les voir élevés, et chaque jour confirme la défiance du duc de Savoie à l'égard de ceux qui approchent de lui.

Ce prince a rappelé depuis peu l'ambassadeur qu'il avoit en Angleterre ; il a trouvé le Roi de la Grande-Bretagne si réservé à son égard, et il lui a paru tant d'opposition de la part de ce prince à ses avantages particuliers, qu'il a facilement jugé de l'inutilité de cette ambassade.

Après avoir informé le sieur Phélîpeaus des dispositions du duc de Savoie sur les affaires générales. Sa Majesté n"a d'autre «rdre à lui donuer, que sur ce qui regarde Madame la duchesse douairière de Savoie, car il n'y a point d'affaire particulière à traiter présentement à Turin. La seule qui n'est pas encore £nie. est celle des prétentions du prince de Monaco et des plaintes qu'il a faites des entreprises des officiers de M. le duc «le Savoie au préjudice de sa souvcrainelé. Mais, ils se sont rapportés l'un el l'autre à la décision de Sa Majesté. Le comte

iBriord et le sieur Le Bret *, premier président de Provence, Iransportèrent sur les lieux l'année dernière, pour examiner droits réciproques. Sa Majesté sera incessamment informée par le sieur Le Bret de ce qu'ils ont fait en cette occasion ; et lorsqu'Elle aura reçu les éclaircissements nécessaires, Elle prononcera. Ainsi Elle n'a point d'autre ordre à donner sur ce net BU sieur Phf-lipeaux, que d'assurer M. le duc de Savoie p'ElIe décidera la contestation que ce prince a remise à son lent, suivant toutes les règles de la justice. Quant à ce qui regarde Madame la duchesse douairière de t?oie, celle princesse a donné en toutes occasions tant de rques de son zèle pour les intérêts du Roi ; elles lui ont

BL OcUte- François Solar, ma.

Puis peoduil les derniers mob moâ d'aïril 1607.

i. Piarre Cardin Le Brol, cheixliïr, seigneur de Flacourt, mûlrc des raquf tes ei l»76, inUndknt de ProTenre «n I6H7, premier président du putamenl d'^i Bi l«M, conseiller d'Etal, mourut en niO,

SIS M. PHELIPEAIIX, 1700-1704.

m^me attiri! tanl de morti H cations de la pari du duc de Savoie, que sa conduite mérite la puissante protection que Sa Majextiî lui a toujours accordée. Elle veut donc que le sieur Pliélipcaux l'assure qu'il a des ordres précis de faire connoitre, quand cette Princesse le jugera nécessaire, que le Roi s'intéresse à tout ce qui la regarde. Elle a trop de prudence pour engager l'ambassadeur de Sa Majesté à faire une semblable démarche sans une extrême nécessité : ainsi le sieur Phélipeaux peut se rapporter & ce qu'elle lui dira. 11 y a deux occasions principales où il scroit nécessaire de parler fortement pour elle : l'une, si le duo de Savoie vouloit lui retrancher les pensions dont elle jouit; l'autre, si ce Prince préLendoit l'obliger à sortir de Turin. Du reste, le sieur Phélipeaux doit éviter avec un extrême soin d'entrer dans aucune aiïalre domestique du duc de Savoie, ni dans les intrigues de la Cour. Une pareille conduite rend un ambassadeur odieux au Prince à qui il est envoyé; elle n'est d'aucune utilité au service du Boi, et elle peut y porter plus de préjudice h Turin qu'en quelque endroit que ce soit. Il faut au contraire que le sieur Phélipeaux persuade au duc de S>avoic qu'il n'esl point envoyé pour le contraindre, qu'il lui est tr^s indifférent que les Piémontais lui rendent visite ou qu'ils évitent de le voir ; que c'est seulement h lui à juger s'il convient à ses int(5rOts, de marquer une aussi grande défiance des ambassadeurs de Sa Majesté, et d'empêcher qu'aucun de ses sujets n'ait commerce avec lui.

Les ti-aitements que le Roi a bien voulu accorder aux ambas^ sadeurs de Savoie, en considération du mariage de Monseigneur le duc de Bourgogne, sont si grands, que ce Prince ne doit jamais songer à diminuer les honneurs que les ambassadeurs de Sa Majesté ont reçus jusqu'à présent k Turin, Toutefois, cetiv cour, occupée de trouver de nouveaux avantagea dans les moindres choses, a dt'-jà cherché les moyeus de retrancher les honneurs dont les ambassadeurs de France jouissent depuis longtemps.

L'înlenlion du Roi est que le sieur Phélipeaux les maînlienne avec loute la fermeté nécessaire, et pour empêcher qu'il no Boil trompé. Elle fuil joindre il cetlc instruction, un

PREMIERES AIDIENCES

î DOC DB SAVOIE.

mémoire coDlenanlloutce qu'il doit observer à l'i^gard duc<^t'^-

monial. Il l'informera Ac la manière donl il doit ^tre conduit

ù ses premières audiences particuUèix's et publiques.

' Sa Majesté veut que dans l'une et dans l'autre, il assure

^L M. le duc de Savoie de l'estime et de l'amitié qu'ElIc a pour

^H lui ; qu'il fasse connoîtrc à ce prince qu'EUc désire vérîtable-

^H ment que les occasions s'offrent de lui en donner des marques

^m et qu'il verroit alors qu'il ne peut jamais former de liaisons

^1 aussi solides ni si conformes à ses véritables intérêts que celles

^m qu'il prendrait avec Sa Majesté, Le sieur Pbélipeaux: ajoutera

^^ qu'Elle tui a expressément ordonné de régler sa conduite

H^ d'une manière qui soit agréable ft M. le duc de Savoie et qu'il

donnera toute son atlention à exécuter ponctuellement un

ordre qui doit faire connoilre les dispositions de Sa Majesté en

faveur de ce Prince.

La vertu et la sage conduite de Madame la duchesse de

ijSavote ont tellement augmenté la tendresse que Sa Majesté a

■toujours eue pour elle, que le sïcur Pbélipeaux ne peut lui en

flonner des assurances trop fortes, et il ne peut aussi lui rien

Ire qui lui fasse plus de plaisir.

Les lettres qu'il écrira directement à Sa Majesté chaque ^ordinaire donneront lieu de lui envoyer de nouveaux ordres. A.t.issi. après lui avoir fait connoitre ses intentions, par cette inslruction. Elle ajoutera seulement qu'il doit être fort attentif à. tout ce qui se passera dans le Mîlanois et dans le reste de l'Italie, afin d'en rendre un compte exact, aussi bien que de tout r.e qu'il apprendra qui peut avoir rapport au bien de son s*? r vice.

Outre ce qui est contenu dans cette instruction des avis ^^''dinaipes que le roi veut que le sieur Pbélipeaux lui donne ^^ ce qui se passera dans la Cour de Savoie, l'intention de Sa ™*jesté est que tous ses ambassadeurs lui apportent au retour ' "^ leurs emplois, une relation exacte de ce qui se sera passé f "" plus important dans les né^ciations qu'ils auront confites, de l'étal des Cours et des pays où ils auront servi, des ^fémonies qui s'y observent dans les enti-ées, dans les 'udiences et dans tous autres rencontres, du génie et des incli-

SIB M. PHÉLIPEAUX, 1700-170*.

nations des Princes et de leurs ministres; enfin de ce qui peut *. donner une connoissance particulière des lieux où ils auront été I empioyiîs et de ceux avec qui ils auront ni^gocié. Ainsi, le I sieur P^hilipeaux préparera cette relation de l'emploi que Sa | Majesl»? lui confie pour le remettre à son retour entre les maÎDi | de Sa Majesté.

Tût & Vertûllcs, If 18 nui 1700.

PO0B L'mSTBDCTrOfI DE M. PHÉLIPEACX ) AIT. Elr., Corr., Tnrin. Vol. CV, foUo 198.

Depuis la conclusion de la paix avec M. le duc de Savoie. S« Majesté en a exécuté tous les articles avec sa justice *t générosité ordinaires par les marques d'estime et de considération qu'Elle a données au duc de Savoie, tant en la personne do Madame la duchesse de Bourgogne que dans les clioses raisonnables qu'il a pu souhaiter. En sorte que ce Prince ne devroït plus avoir aucun lieu de douter que Sa Majesté ne lui ait accordé un retour sincère et parfait dans l'honneur de soi bonnes grâces.

Mais, quelques preuves qu'il enait re(;ues. quelque soin que li comte de Briord ait pris, de tenir la conduite la plu& propre à le persuader, ce prince ambitieux, inquiet, dissimulé, jalooX de son autoritt^, défiant et très inégal dans ses humeurs, nft peut se résoudre à prendre toute la confiance qu'il devroit dan» l'alTection de Sa Majesté et de suivre les conseils que le comtl de Briord lui a donnés en toutes occasions pour dissiper lei nuages dont l'esprit de ce Prince est toujours embarrassé.

Le Itoi u principalement approuvé les précautions du coml» de Briord à mi^nager un esprit de ce caractère. Elles consistaient principalement à ne passe rendre plus assidu auprès Hs ce Prince qu'il ne le souhaitoit, h lui insinuer et à lui laisser

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