‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 130 sur 223 · SECOURS DU MILANAIS · texte numérisé non relu

SECOURS DU MILANAIS

Grisons dans leur devoir, si l'Ambassadeur d'Espagne veut employer pour le service du Roi sou maître le crédit qu'il s'est acquis parmi eux.

Le comte Casaltî ' a ce caracLère depuis plusieurs années, et il y a longtemps qu'il est dans sa famille. Il lui a donné une si grande autorité parmi les Grisons qu'il y a peu d'affaires même particulières dont il ne se mêle. Mais la manière dont il les entreprend presque toujours par des motifs d'intérêt lui attire la haine générale de ces peuples, en même temps que chacun en particulier ciaint de lui déplaire, il sera nécessaire d'examiner avec beaucoup d'attention la conduite qu'il tiendra dans cette conjoncture ; car il a toujours été attaché à l'Empereur. Il est m^me conseiller de la Régence d'Inspruck. Le comte de Tessé parlera sur son sujet au Prince de Vaudemonl, mais il doit le faire d'abord avec beaucoup de circonspection; car il a paru que le premier le prolégeoit.

Si toutefois le aieur comt« de Tessé reconnoît que le comte Casatti soit suspect au Prince de Vaudemont, Il sera nécessaire d'examiner avec lui quel autre sujet on pourroit choisir pour lui confier cel emploi. Il est très Important dans la situation présente des affaires et l'Etat de Milan se trouvant avec peu de forces pour sa défense et en même temps exposé au dehors aux entreprises des troupes Impériales, à l'infidélité de ses Ministres etau dedans à celle des troupes étrangères introduites pour sa défense.

Il seroit à désirer que. lorsque celles du Roi seront à portée d'entrer dans le Milanois, le Prince de Vaudemont pût se défaire des deux Régiments Allemands qui sont encore dans cet Etat ; mais il seroit dangereux de les licencier : ce seroit donner à l'Empereur des troupes accoutumées au pays et prêtes à lui rendre de bons services ; au lieu de congédier ces régiments, il faudroit les faire passer en Espagne. Le comte de Tessé conférant sur ce sujet avec le Prince de Vaudemont, ils verront ensemble ce qui conviendra davantage en cette occasion au bien des affaires.

Quoique Sa MîtjesU^ n'onicUe aucune diligence pourseconrir le Milanois, elle a cependant lieu de croire que, si rEmpcrcui envoie des troupes en Italie, elles ne pourront arriver de long temps sur la frontière. Elle apprend par la dernière lettre du marquis de Villars ' du premier dficembre qu'il n'y avoit encore aucun ordre donné pour la marche de ces troupes. Il esl cependant nécessaire de préparer toutes choses de m^mc quo si elles y dévoient incessamment arriver et rien n'est plus capable de rompre les mesures de l'Empereur que les dispositions que le Roi fait pour les rendre inutiles.

Sa Majesté approuve que le sieur comte de Tessé propose au Prince de Vaudemont de faire retirer dans les villes fortes autant qu'il sera possible les grains qui sont h la campagne afin de les maintenir par celle priîcuution à un prix raisonnable, si les troupes du Roi sont obligées d'entrer dans le Milanois.

Comme le Prince do Vaudemont n'a obtenu ce gouvernement que par le crédit de la Reine d'Espagne, il a toujours i?lé suspect à la Cour de Madrid; ses liaisons avec le Roi d'Angleterre, l'attachement de son fils' et les charges qu'il a dans les armt^'cs de l'Empereur ont fortîfid ces soupçons. Il pourrait croire que Sa Majesté, entrant aussi dans les mômes sentiments, enverroit le comte de Tcssé pour observer sa conduite.

Ainsi elle veut, pour ôter toute défiance au Prince de Vaudemont, que le comle de Tessé demeure seulement à Milan le temps nécessaire pour s'informer de l'état, des places et des troupes et pour convenir avec le Prince de Vaudemont pour" l'entrée et pour la subsistance de celles de Sa Majesté. S'il arrive même que ce dernier lut dise qu'il est nécessaire de les faire venir prompicmcnt, le comte de Tessé conviendra seulement avec lui de la roule qu'elles devront tenir; ensuite, il

1. Lnuls- Hector, marquis, puis duc cie VUlsrï, était alors Hilib«uad«ar k Vu Ses Hémoiret od Lien n eut des renscignementa diiteillés «uc les ditllculi^ qui eonlrait ilan l'ampereDr k recruter son irmée dllalie. Cf. Mimoirra du mar4tkal de Vitlart. Ed. Vogué, roi. I, p. 306 et auiTaoteg.

3. Clurleft-Thomai de Lorraine, prince de Vaudemont, ni le T mart IfiTO, lU* de Cluu-lat-Henri et d'Anne-Elisabelh de Lorraioe-Elbeuf, prit dti aerrlce dana les armée* imperitles et derinl marécluJ da camp général. U iQoiLral, wna allîanw.

le 13 m

PASSAGE DES TROUPES PAIt I,E PIEMONT, 2B3

partira pour so mettre ù leur li^le et pour les conduire Jans le Milanois.

On peut prendre plusieurs routes pour y entrer ; le comte lie Tessé en verra le dt^tail dans le mi^moire particulier que Sa Majesté lui fait remettre. La meilleui'iî est certainement i^elle que l'on prendroil dans les Etals du duc de Savoie en passant à Pignerol ; Sa MajestiS a di?jà ordonné au sieur Phélîpeaux de demander à ce prince le paasage en général, sans expliquer la route. Elle fera demander aussi le passage aux Suisses et aux Gi^noîs afin de marquer que, pur quelque endroit que ce soit, elle est résolue de faire passer ses troupes en Italie. Mais elle préfère à toutes les routes celle de la vallée de Pragelas et de Pignerol et c'est de cette manière que le comte de Tessé en doit parler au Prince de Vaudemonl; s'ils en conviennent, le comte de Tessé en partant de Milan reviendra à Turin ; il avertira le sieur Phélipeaux s'il est nécessaire qu'il demande les passages au duc de Savoie et, comme il aura reçu les ordres de Sa Majesté de le faire en cas de besoin, il fora cette demande en forme. Sa Majesté remet à la prudence du sîeur comte de Tessé ou de se trouver à cette môme audience ou d'en parler ensuite au duc de Savoie cl de lui faire voir l'embarras ofi il s'exposera, s'il refuse d'accorder ces passages, il ne faut pas cependant le menacer de les prendre par force, quoique Sa Majesté ait des forces suffisantes et que ce soit mi^mc son intention de le faire en cas de refus.

Elle croit que le duc de Savoie seroil peut-être touché de l'espérance de se voir à la tète des armées de France et d'Espagne, en qualité de généralissime et de recevoir, à cause de ce litre, des subsides de Sa Majesté. Gomme celte qualité donnée au duc de Savoie ûtcroit au Prince de Vaudemont le commandement général, il est h propos que le comte de Tessé pénètre ses intentions sur ce sujet; mais il doit lui faire cette ouverture comme de lui-même et sans qu'il paroisse que cette proposition vienne de Sa Majesté. Quant aux subsides, il faudroit les proportionner au seul titre de généralissime ; car il ne conviendroit nullement au service du Roi d'engager le duc de Savoie à lever de nouvelles troupes.

m LB COMTS DK TESSB. I70O.

Comme ir comte de Teasi doit pMsu^r k Taria «■ bUbaL à

liilaD, il verra ce prince : il lui dira seulcmeat que le bruit de

U nurcbe dn Irunpes de l'Empereur est U cavse de son ruy«g«,

qu'a va s'informer de Tf^tat des forces du rai d'ËAp«gtte, et

qu'après un séjour fort court, il doit v«nir en rendn compte sa

Boi, si l'arrivée des troupes de l'Emperrur ne l'oblige pa« &

[ h faire marcher relies de Sa Uajesté, sans retourner auprès

I d'elle. Comme les passages auront alors iXi demandés, mais

I leulemeol en général, au duc de Savoie, ce prince s'expliquera

I peut-être de ses int«'Ulions ; et. suivant ce qu'il dira, le comte

de Tessé pourra lui faire connaître l'intérêt qu'il a de s'assurer

en mtme temps pour toujours l'amitié du Roi. celle du roi

d'E&pagne et de contribuer au maintien de la tranquillité

publique.

L'intention de Sa Sfsjesté est que le comte de Tes^, passant à Turin, voie de sa part Mesdames les duchesses de Savoie et qu'il leur fasse les complimenta de Sa Majesté.

S« Majesté vient d'ordouner au cardinal d'Estrées de passer à son tour de Rome à Venii>« et chez tous les princes d'Italie *, de les exhorter tous k prendre tes mesures nécessaires pour leur sûreté commune et à se garantir des entreprises des Allemands.

Le sieur comte de Tessé en informera le Prince de Vaudemont, et, s'il est encore à Milan, lorsque le cardinal d'Estrées partira de Rome, il entretiendra avec lui le commerce nécessaire au service du Boi . •

Si l'état des affaires ue l'oblige pas à faire passer incessammeut les troupes de Sa Majesté d&m le Milanois, il viendra lui rendre compte des mesures qu'il aura prises avec le Prince de Vaudemout.

I. Le$ Inciradioiu domiéea pour cetU mlMion lU cardintl d'Kurtci IgsraM d4iu 1* partie de e«t ouirtgs conceciuiil 1* c«nr d« Huitoae.

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