RECUKIL DES INSTR. DIPLOM. XIV
ANFOSSY, 172B.
sera dans la plus exacte vérité. Je ne veux tromper personne; mais jeu ' terois, Sire, un plus grand scrupule d'imposer à Voire Majesté qu'à tout L autre, non seulement par l'attachement que j'ai pour elle, mais encore par ] la reconnoissance qne je lui dois de toutes ses bontés.
Je commence par noire Cour. Quoique le Roi n'ait que seiie ans et demi,
H a déjà un caractère de fermeté, qui ne lui est pas moins particulier que
' le secret impénétrable dont il est. J'en pourrois citer plusieurs exemples
pendant la rie de M. le duc d'Orléans et du cardinal Dubois, qu) se sont
passés entre le Roi et moi, et qui êtonneroient Votre Majesté; mais je
n'auroi l'honneur de dire à Votre Majesté qu'an seul fait tout récent, qui
regarde Madame la duchesse, et qui a fait grand bruit ici.
Cette princesse me lit dire, le jour de son arrivée de Clianlilly. qu'elle
[ Terroit le Roi le lendemain, et qu'elle lui térooigneroit simplement l'inquié-
[ tude oiï étoit M. le dncsonlllsde sa maladie, et la douleur qu'ilavoitde ne
pouvoir venir lui-mSme apprendre de ses nouvelles.
Je répondis qu'elle ne pouvoit se dispenser de parler ainsi au Hoi, et qn<?
je l'ap prou vois fort. Hais, au lieu de s'en lenirft ce qu'elle m'avoit fait dire.
elle lui demanda le retour de son flls, que le Roi refusa avec beaucoup de
sécheresse ; et sur ce qu'elle lui demanda, s'il auroit la durpl^ de ne paa
i lui accorder de venir au moins un quart d'heure et s'en retourner ensuite
I IChantilly, le Roi lui répondit encore un oui plus sec, et se tournade l'autre
\ cfilé de son lit.
On prétend que cette inli-igue avoit été concertée avec un courtisan fort I attaché à la maison de Condé, qui m'avoit demandé à dtner exprès pour me I retenir chez moi, et empécherque je ne hisse présent il la visite de Madame [ )a duchesse, qui avoit pris cette heure-lA pour aller chez Iç Roi. Mais le ivois succès l'a bien corrigée et elle a voulu s'en éclaircir depuis avec I moi pour m'engager A obtenir de Sa Majesté son pardon et quelque marque [ d'honnêteté.
Ce qu'il y a de sûr est que cette affaire a produit un 1res bon effet, non I Kulement A la Cour, mais à Paris même, où cette affaire a fait grand bmtt, I «tqu'on a connu par cette épreuve que la forme du gouvernement est dans Y Bne assiette fixe et solide. Madame la duchesse s'étoil flattée que, dans l'abat- I tement ou éloil le Roi, il n'auroit pas la force de la refuser, et, elle a eu U I douleur de voir ses senlimenls à découvert, sans avoir pu y èlrc préparés I par moi,
1 Je crois donc. Sire, pouvoir assurer Votre Majesté qu'il n'y a aucna
I changement A craindre, et, si celui qui est arrivé dans le ministère, a élé
. BÏ longtemps dilTéré, ce n'iûété que par l'extrême répugnance que j'avois
A me charger d'un fardeau que je craignois, et dont il n'avoit teuu qu'& moi
[ bien longtemps auparavant d'être chargé, n)?me avec tous les titres de la
I plus grande autorité. J'ai cru devoir k la glaire de mon matlrc d« a'en
1 point accepter, et toute mon ambition se borne A former le Roi et A le mettre
a état de se passer pendant quelques années de mon service.
Je viens présentement A l'Espagne. Aussitôt que le Hoi eflt déclaré qu'il
I vouloit gouverner par lui-même, j'envoyai un courrier sous le nom du
r Konce de France, qui porta secrètement une lettre que j'écrivois an Roi
I Catholique, et qui lui fut rendue par son premier valet de chambra. EIW
I conlenoit en snbstance que le Roi mon mallre ayant envoyé H. le duc k
I Chantilly, j'cspérois qu'ayant toujours regardé ce Prince comme l'auteur
renvoi de l'infante. Sa Majesté Catholique voudroit birn redonuer son
f ancienne amitié au Roi son neveu qui ne pouvoit être sensé l'avoir offensé,
> plus que lu nation frunroise. Le Roi Culboliquc témoigna une grande
SITUATrON DE LA FRANCE EN EUROPE.
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joie de cette nouvelle et y ajouta beaucoup d'éloges et de marques de bonté pour moi, mais cela ne fut suivi d'aucnne réponse.
Le Nonce d'Espagne lui proposa de rentrer en négociation, parce que le pape s'étoil rendu médiateur dans les commencements, et le Roi lui répondît qu'il écouteroit les propositions qu'on auroit à lui faire. Le comte de Koenigsegg'. secondé de ta Reine, changea bientôt l'esprit du Roi, et après le retour dn couirier le résident de t'emperenr vint m'olTrir la médiation de son maître pour notre réconciliation. H accompagna celte oITre de beaucoup de politesses de l'emperenr pour moi, et de concourir même pour te chapeau de Cardinal, pourvu que je voulus.se déclarer que cela me feioit personnellement plaisir et que je voulusse bien en être obligé à Sa Majesté Impériale.
Je répondis au Résident comme je devois, sur les bonnétetés qui me regarJoient, mais que, comme je ne pouvois ni ne voulois avoir obligation qu'au Roi mon maître du chapenu de Cordinal, je ne pouvois accepter les bons ufHces de Sa Majesté Impériale, et qu'4 l'égard de sa médiation pour la réconciliation, je croyois qu'un oncle et un neveu n'avoient pas besoin de médiateur pour se raccommoder, que le Roi ne demandoit qu'une simple réunion de bienséance qui ne porterait aucun préjudice aux traités respectifs que chacun pouvoit avoir faits, qne comme nous étions bien résolus ù ne pas nous séparer de nos alliés, nous ne songions point à exiger que le Roi Catholique renonçûl aux siens; mais que, s'il étoit vrai que l'empereur désïrflt autant la paix qu'il le disoit, la réconciliation des deux courotmes pouvoit beaucoup y contribuer; que ce seroit un préliminaire favorable pour l'acheminer en ce que l'Espagne pourroil travailler auprès de l'empereur, et la France auprès des Anglois pour s'éclaire ir sur les soupçons mutuels qni semblent tout disposer à une rupture ; et que rien ne seroit plus aisé que de les guérir, si de tous les eûtes on vouloit s'entendre.
J'écrivis la même chose en Espagne ; mais tout ce que j'en ai Viré, est que \e Roi Catholique avoit toujours eu confiance en moi, qu'il connaissoit mon tèle pour la religion, et qu'il ne doutoit pas que je ne portasse le Roi h abandonner l'alliance des protestants pour s'unir avec lut et avec l'empereur pour soutenir la religion catholique. Je répondis h cela, l'ordinaire dernier, que la religion m'apprenoit qu'on devoit garder la foi il tous ceux i qui on s'étoit engagé, fussent-ils maboraétans et infidèles, et qu'on ne pouvoit se lier à quelqu'un qui commenceroit par enfreindre un traité sans aucun prétexte légitime.
Voilà, Sire, où nous en sommes avec l'Espagne, et Voire Majesté peut compter que le Roi Catholique gémit dans le fond de son coeur ; qu'il pleure même souvent par l'amitié qu'il conserve toujours pour le Roi et pour la France ; mois qu'il est tellement subjugué par la reine, plus furieuse que jamais, qu'il n'ose en secouer le joug et qu'il consent par faiblesse à tout ce qu'elle veut. J'ai déclaré par ma dernière lettre que ce seroit la dernière que j'écrirois, et je tiendrai parole.
Toute la ressource de l'empereur et du roi d'Espagne est aux Gallions, dont il est certain qu'ils ont le dessein de prendre l'aident. Mais il y a grande apparence que les Anglois ne les laisseront pas passer, au moins de cette année. Votre Majesté voit avec quelle confiance j'ai l'honueur de
t. LolbaQ-Jaseph-Oeorges comte de Kcenigsegg. gouvemeur gênerai des P&ji- Bos, ambïssadear de l'Empereur à ParU, en Pologne, i, La Haye, puis U Mndrid, géoériiissima aali-ichlen en Italie en n3b, Or&ad-ËIcujer de la Cour de Vienne,
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lui parler, et je me (laite qu'elle n'en fera pas un manvoîa asage. l'ti cru que je devois lui exposer fldtlement l'état de tontes choses, allB qu'Elle paisse se régler là-dessus n'ayant pas certainement envie de U tromper.
A regard des autres Puissances de l'Europe, Toici en obrég* la silaalioi (Ions laquelle nous sommes avee elles :
On ne pentgnftre s'assurer sur le roi de Prusse ; mais Je doute pourtant qu'il veuille violer à la face de l'UDÎverB un traita dont l'encre, pour aiw" dire, n'est pas encore sécbde. Son inconstance et sa timidité naturel!* s'agitent dans le moment qu'il craint la nécessité de se déclarer di^cisiv»^ meut : mais en tout cas, les nouveaux alliés qu'il aura, auront ta mAm légèreté à appréhender de sa part et nous pouvons d'ailleurs i passer de lui. Il témoigne d'aimer la France et de n'en vouloir qu'an Angtois.
Votre HiOesté aura su que le Sénat de SuMe a conclu à l'accession i traité d'Hanovre, et il y a tout lieu de croire que lu diète sera du ménH avis : la marque en est que la Clarine avoit appréhendé et traversé la c vocation de cette diète.
Nous sommes prêts ô signer une convenUon avec le Danemark, et l conclusion n'en tient qu'4 quelque marché de troupes de plus ou de mains pour le nombre et pour la solde, ^^
Les électeurs de Bavière et de Cologne n'ont sûrement encore rien sign* avec l'empereur, elle preraierrettent toujours notre envoyé à sa Cour, £ l'espérance que son traité avec Vienne, qu'il met à un haut prix, ne réuif
L'accession de la Hollande ne peut pas larder, et on peut la regardai comme certaine.
Le landgrave de Hesse est déjà engagé par la vente des troupes qo'il I faite aux Anglois ; et nous avons de fortes espérances que plusieurs petiM' Princes de l'Empire demeureront au moins neutres et compteront sur II protection de la France.
Le roi de Pologne a refusé et refusera d'accéder au traita de Vienne, Jl crois le pouvoir dire avec une espèce de certitude.
Pour ce qui est de nos finances, je puis assurer Votre H^esté qu'elll s'arrangent tous les Jours ; que la conllonce est rétablie ; que la circulaliol revient peu à peu; qu'outre les cent-quarante millions des fermes et it recettesgénéralesdonlleRoiserapayépar mois, on peut compter du moiB sur vingt- cinq millions d'antres revenns fixes; que nous aHons travaîUl incessamment & la réduction des dettes du Roi et h la dlminuUon di dépenses de sa maison et de celles de la Reine; et, qu'en un mot, naq espérons être eu état, au printemps prochain, de soutenir la guerre, si a ne peut l'éviter.
Votre Majesté, Sire, ne peut pas douter de l'envie extrême que le Roi d'entrer avec elle dans une liaison intime, non seulement par l'augmentl tien de forces et de crédit que l'alliance d'un Prince si sage, si éclairé eli estimé dans l'Europe apportera à la France, mais encore parce que, cela arrive, le Roi espérera que Votre Majesté voudra bien l'assister i ses conseils, et qu'ils auront une grande influence sur toutes nos déUb rations.
11 reste & en déterminer les conditions et c'est à Votre Majesté i avoir t^M bonté de déclarer sur cela ses intentions. Ce que je puis assurer avec » ment, c'est qu'elles demeurerontaussi secrètes que Votre Majesté l'exigeii et qu'Elle n'a qu'4 me prescrire tout ce que j'aurai à faire. Je lui répom