M. BLONDEL
CHARGÉ d'affaires
Le comte de Cambis quitta Turin le 2 mai 1728, étant désigné pour aller, en qualité de ministre plénipotentiaire, représenter Louis XV à la cour de Tempereur Charles VI.
Après la conclusion des alliances de Vienne et de Hanovre, toutes les Puissances avaient armé. On préludait aux hostilités, par des manifestes et des mémoires. Les Ambassadeurs furent rappelés. La médiation du pape Benoist XIII et le caractère pacifique du cardinal de Fleury empêchèrent la guerre d*éclater. Le 31 mai 1727, les Puissances signèrent Tacte connu sous le nom des Préliminaires de Paris, stipulant qu*il y aurait un armistice de sept ans, et qu^un congrès réglerait tous les différends. Le congrès s'assembla à Soissons, le 14 juin 1728.
Une assez longue vacance se produisit alors à l'ambassade de Turin. Pendant quatre ans, de 1728 à 1732, la France ne fut représentée auprès du roi de Sardaigne que par un chargé d'affaires M. Blondel'.
i. Blondel (Loais-Âogastin), né le 26 octobre 1696, gentilhomme ordinaire de la maison du roi, conseiller d*Etat, mort après 1760. Entré en 1713 à TAcadémie politique fondée par Torcy, il fut saccessirement chargé de missions en Espagne en 1717 et à Hanorre en 1719; chargé d'affaires à Tarin du 16 juin au 14 novembre 1725 en l'absence du comte de Cambis, puis de nouveau du 2 mai 1728 au 23 aTril 1732 ; ministre près de rélecteur de Mayence en 1733, puis près de TÉlecieor palatin en 1734, il représenta la politique française auprès des Diètes d'éleo tions et des Diètes d*empire de 1741 à 1746, fut envoyé à Vienne en 1749, et fut ensuite chargé de diverses autres missions auprès du duc de Wurtemberg, du doc
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M. BLONDEL, )728-l73S.
Celui-ci ne recul pas d'inatruclions proprement dites au commen-" cemont de sa gérance. Cependant sa mission fui marquée par plu-1 sieurs év(}nemeDls Importants : l'abdicalion du roi Victor-Amédée I (septembre 1730) et l'iDcarcération de ce Prince (octobre 1731). Suri les ordres qu'il reçut de H. de Chauvelin, ministre des affaires étran- J gères, M. Blondel fit en outre, en 1731, différentes démarches pouri amener te Roi Charles- Emmanuel & se rapprocher de la France.
Les deux lettres suivantes lui apportèrent les instructions de la 1 Cour en vue de ces démarches et réglèrent son attitude & l'occa&ÎOQf do l'incarcéra lion du roi Victor.
M. ce CBAtlVELI^ A ». DLONDEL AIT. Élr. Corr. Turin, vi>l. CLVI, fol. HS.
J'ai reçu. Monsieur, les lettres que vous m'avcx ëcriles le 19 de ce mois. Vous ferez trJrs bien d'entreleuir les bonnes disposilions où vous (rciuv«t plusieurs ministres de la Cour où vous fies el entre autres le mu d'Ormiia '. 11 faut profiter de la découverte que vous avei faite de la tnaAiir* dont ils Jugent devoir se conduire. Toutes réflexions foiles, le Rot ja^ que TOUS devci vous adresser directement au Iloi de Sardaigne pour ht ouvertures que vous auiex à lui faire. L'événement de lu uaiss&oce dit Prince est une occasion toute naturelle dont il est à propos de proOter. Vous irei donc faire au roi de Sardaigne tous les compliments les plni sincères sur la naissance du duc d'Aoste, et, quoique vous ayei déjà ùSt, sur cela ce que vous deviei, vous lui direi avoir re^'u îles ordres précis da Sa Majesté de Inî venir protester les assurances de la joie qu'elle a eue à» cet évi^nemeiit. Vous les accompagnerei de tout ce que vous croirex qui devra Htk le plus sensible à ce Prince. Tâchex de prendre leltement *ùg mesures, que vous puissiez profiter de cette occasion pour avoir le tenip* de vous ouvrir avec lui sur les circonstances présentes. Il est iinpii*sibl« qu'il ne sente paiTaîtement combien elles sont et peuvent encore devenir plus délicates pour lui, et quelle différence il y aurait, si, avant que l'on vint à lui de quelque part que ce (Ut, il pouvait avoir pn's un parti qui l'auloris&t k tenir un langage et une conduite plus conformes à ses véi'
de Deui-PunU, da tdndgrarD de Hrite-CuMl, de réT^qua de Wiinbnrg < l'Eleciaur de Culugne. Les ferrices de cet agent ALuciit. pariitil. trïs apiiricUL Cf. Dans la Grande Enct/clopfdiie im aiiiclc de M. Louis Targei. r\ Mémoires tbk Cardinal de Bemi; l. 1", p. 'iH.
1, Charlei- François- Vincent Forrero. marquis d'OrniiW el de l'aiuio, mtiùstrt et premier ïecrélaira d'EtAl du roi da Sardiiigne, grand chancutier du Rojauina BU 1742, lecrâtaire de l'ordre de rAononciade. mort en I7t5. Ce minisir* fnt l'va, do hommes d'Etal les |ilus remarquables du l'ieinoul.
PROJET D'ALLIANCE AVEC LE ROI DE SARDAIGNE. 86i
tables intérêts. Vous pouvez donc lui faire connoitre qu'il serait tenu de prendre quelque arrangement. Vous ne devez pas cesser de l'assurer que jamais Sa Majesté ne lui présenteroit et ne lui conseilleroit môme rien qui ne convint à sa gloire et à sa sûreté ; que si les circonstances présentes ne sont pas assez développées pour se fixer absolument sur tout ce qui serait de plus à propos, il y auroit cependant des expédients à choisir ; que Ton pourroit dès à présent faire un traité défensif qui pourroit se convertir aisément en offensif quand on le jugeroit convenable. L'on en pourroit prévoir et régler les conditions jusqu'à ce que les afTaires se débrouillent davantage et, en accompagnant ce traité défensif d'un engagement de ne rien faire que dans le plus parfait concert, ce seroit pour tous les événements une première démarche bien utile et bien convenable aux intérêts communs. Vous pouvez protester en toute vérité que ce traité demeureroit dans le plus profond secret, et il est également important pour les deux puissances que le secret en soit inviolablement observé. Il seroit même dangereux d'en laisser pénétrer la moindre chose en Espagne. Et comme il seroit stipulé que Ton n'agiroit en tout que d'un parfait concert, l'on conviendroit ensemble, suivant les circonstances, du moment où l'on croiroit devoir y faire entrer cette Puissance. Vous ne devez pas hésiter de faire connoitre au roi de Sardaigne que le Roi ne se séparera jamais des intérêts de ce Prince, et qu'il sera toujours prêt à lui prêter tous les secours dont il pourroit avoir besoin.
Vous ne manquerez pas de lui dire que ce n'est qu'à lui seul que vous avez eu ordre de vous expliquer, à moins qu'il ne vous indique lui-même à qui vous pourriez parler, parce que nous ne vous prescrivons sur cela d'autre conduite que celle que lui-même jugera que vous devrez tenir.
Vous pourrez, dans la conversation, lui découvrir que l'Angleterre est très agitée de l'indifférence où nous paroissons être. Elle ne cache pas son inquiétude sur le sort des engagements que nous avions avec elle, et elle tente bien des voies pour tâcher de nous ramener. Mais ne laissez pas ignorer qu'elle a beau nous rechercher, nous ressentons tout ce que nous devons sur la manière dont elle en a agi. Ses principes, aujourd'hui, sont trop développés, et il n'y auroit ni prudence ni honneur à nous de nous y laisser séduire; mais enfin, sur cet article de même que sur tout ce qui pourroit avoir lieu, notre dessein seroit de nous lier de façon avec le roi de Sardaigne même par le premier traité défensif, qu'il n'y eût rien où le concert et l'intelligence ne fussent parfaits pour ne rien entendre, arrêter et conclure que d'un commun consentement. Par les choses que l'on vous confie, vous devez juger de l'opinion que nous avons de votre prudence, de votre secret et de votre zèle.
Vous ne manquerez pas de prétexte pour avoir une audience du Roi de Sardaigne, puisque outre les compliments à lui faire, au nom du Roi, vous avez à lui rendre les réponses de Sa Majesté et de la Reine, aux lettres de notification qu'il leur a écrites sur la naissance du nouveau Prince.