‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 175 sur 223 · S M. BLONDEL · texte numérisé non relu

S M. BLONDEL

M. DI CHAUVSLLN A M. BLONDIL

Air. Étr. Corr. Tarin, toI. CLTI, fol. 375.

9 Bovcmbc* 1731.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre qae vous m*avez écrite le 27 da mois dernier. Tout ce que vous mandez rend Tévénement encore plos singulier et plus malheureux. Le roi Charles est, on peut le dire, autant à plaindre que le roi Victor. Il est impossible que le fonds de l'affaire ne se démêle entièrement. Ce sera un peu plus tôt ou un peu plus tard, mais Timpossibilité de punir les personnes qu'on a d'abord proscrites conmie coupables, les adoucissements qu'ils éprouvent déjà feront bientôt découvrir le véritable principe du parti qui a été pris. Vous ne sauriez trop observer dans de pareilles circonstances, de sagesse et de discrétion, et marquer dans toutes les occasions au roi Charles la peine où est le Roi de le savoir dans une aussi fâcheuse situation. Vous aurez sans doute été instruit de tous les faux bruits que les ennemis de la France ont cherché à répandre sur cela, en soutenant que nous avions part tantôt au projet puni, tantôt àTévénement arrivé. Ce sont tous bruits plutôt à laisser tomber qu^à relever, mais il est certain que la conduite que l'on a tenue à cet égtird avec le roi de France petit-fils du Roi arrêté, a beaucoup donné lieu à tons les mauvais et indécents propos. Il est à souhaiter que, de quelque manière que Taffaire tourne, ou pour la sévérité ou pour la clémence, le roi Charies et ses ministres ayant plus d'attention à en informer dès les premiers moments et par des courriers, afin qu'aux yeux de l'Europe, ce qui l'a surpris sur la manière dont on en a usé avec le Roi, se trouve réparé comme il convient pour deux Princes si proches, et que tant de raisons doivent unir.

AMBASSADEUR

Le congrès de Soissons n'eut point pour résultat de mettre un terme à la versatilité qui caractérisait alors la politique des cours de l'Europe . Le traité d'union et d'alliance défensive, signé le 9 novembre 1729 à Séville entre la France, TAngleterre et TEspagne rompit l'alliance hispano-allemande. Puis, une nouvelle combinaison consacrée par les deux traités de Vienne des 16 mars et 22 juiliet 1731, rapprocha, la Grande-Bretagne, l'Empereur, les États généraux et l'Espagne.

Dans de pareilles conjonctures où c l'Europe n'avait point de sysc tème assuré », les ministres de Louis XV jugèrent qu'il fallait « con- « sidérer la Sardaigne comme une Puissance qui par sa situation « méritoit d'être recherchée et ménagée ». On se décida, en conséquence, à pourvoir d'un titulaire l'ambassade de Turin, et l'on désigna pour occuper ces fonctions, le comte de Vaulgrenant^ On savait que la cour de Vienne s'efforçait de lier Charles-Emmanuel à la cause de l'Empire. Le nouvel ambassadeur reçut pour instruction d'amener le Roi de Sardaigne à conclure avec la France un traité défensif et de garantie mutuelle.

1. François-Mario de Yillers la Paye, comte de Vaulgrenant (1699-1774) ; colonel d'infanterie en 1730, ambassadeur à Turin en 1732, en Espagne en 1734, en Russie en 1738, en Saxe en 1745, et de nouTeau en Espagne en 1748, chevalier des ordres. Le marquis d'Ârgenson le cite parmi les meilleurs agents du ministère des Affaires Etrangères au temps de Louis XY, • gens modestes et de bon sens, respectueux « observateurs des ordres de leur gouvernement, discrets et peu vantés à la Cour, i qui avançaient les affaires du Roi et n'y gâtaient rien •. Cf. Mémoires de (TArgenson, t. IV, p. IM).

A peine arrivé & Turin, le comte de Vaul^enaal engagea des pourparlers en vue d'une alliance en faisant luire aux yeux de Charles- EmmUDuel d'importants avantages territoriaux qu'il pourrnit obtenir eu cas de guerre du cAté du Milanais. Au mois de mars 1T33, 1' d'une union étroite entre les deux cours fut acceptée de part et d'autre. Pendant l'été de 1733, les pourparlers contiouôrenl entre le comte de Vaulgrenant et le marquis d'Orméa, ministre du Roi de Sardaigne; ces négociations aboutirent & un traité d'alliance signé à Turin, le 26 septembre 1733. Ce traité assurait au rot de Sardaîgne, en cas de conquête, l'acquisition entière du Milanais ; en vue des op«' rations de guerre, qui devaient être faites en commuo, Louis XV s'engageait à fournir quarante mille hommes de troupes ot Charles- Emmanuel douze mille. Le Roi de France devait payer & son allié, à titre de subsides, une somme d'un million de livres comptant, et deux cent mille livres par mots pendant toute la durée de la guerre, Par le traité de i'Escurial du 25 octobre 1733, l'Espague contracta, de son côté, une alliance séparée avec la cour de France. La codcIusîod de ces traités fut d'ailleurs hâtée par les événements de Pologne qui ûrent éclater la guerre entre la France et l'Empire {10 octobr* 1733).

Au moment où le comte de Vaulgrenant partit pour prendre possession de son ambassade à Turin, les instructions suivantes lui furent remises p;vr H. de Chauvelin, ministre des Affaires Etrangères.

U£UOIHE POCB &ËHVm U 1>STRCCTI0N AU SIKCR COUTE DE VAULGHCNAilT, CHEVAUER DE l'oRUHË MIUTAIHE DE SAlNT-LOUtS, £T COLOftKL D*IH- FANTBRIE, ALLANT EN QUALFIÉ d'aSBAGSAOEIJB OD ROI AtlPH&S I nOl DE SAHDAIGNE.

Air Èlr. Corr. Turin, toI. CLVII], fol. 70, et CI.XI, (ol. 8.

Vci-):iillM, nmuri ITSS.

Quoiqu'il soit vraisemblable que le roi de Sardaigne «ur* peine à se conser^'cr dans l'Europe la même représentation e^fcla mCmc considération que le roi Victor y avoit su acc|uârir^^>' on ne doil pas laisser de le rcguitler comme une l'uissuna qui, par la situalion de ses États, mérile d'être ménagée «"4 recherchée dans des conjonctures comme celle d'aujourd'hui où l'Europe n'a point encore de système assuré. Le roi de Sar

ARRANGEMENTS CONCERNANT LA PRAGMATIQUE SANCTION. 3flH

daigne, par une suite de la nécessité où il a 4ié ou cru ôtre de se précautionner contre des projets réels ou prétendus du roi son pore, a perdu le secours de la direction et des conseils de ce Prince capables de le porter 3 former et exécuter les plus grands desseins, et à prendre les partis les plus convenables à ses véritables intérims dans les alTaires générales. Mais il peut encore y suppléer par l'usage qu'il fera des idées, des maximes et des principes que le roi son père lui a laissés aussi bien qu'aux ministres de la cour de Turin qui les suivront peut-^tre plus volontiers, qu'ils n'ont fait les mouvements de la reconnoissance envers le Roi Victor, à qui ils sont redevables de leur élévation, et de tout ce qu'ils peuvent savoir dans l'administration des affaires. On ne peut douter que l'empereur ne soit occupé du soin d'attirer le roi de Sardaigne dans les mêmes engagements, aussi favorables à ses vues particulières que contraires au bien général, concernant la Pragmatique Sanction où il a su faire entrer l'Angleterre, la plus grande partie des Princes de l'empire el, en dernier Heu, les Etats généraux des Provinces Unies.

Ces considérations déterminent le Roi à ne pas laisser plus longtemps la cour de Turin sans la présence d'un ambassadeur de sa part, et il a cboisi pour cet emploi important, le sieur comte de Vaulgrenant, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, et colonel d'infanterie. Sa prudence, sa sagesse el son zMe pour le service de Sa Majesté, fortifiés des connoissances qu'il a prises et des lumit^res qu'il a acquises dans la lecture de ce qui lui a été communiqué, ne laissent point douter à Sa Majesté, qu'il ne sache bien remplir ses vues à la cour de Turin.

La principale est de fonner des liaisons avec le roi de Sardaigne, qui puissent confirmer plutôt qu'altérer dans le moment présent lu paix dont l'Europe jouit.

Dans les circonstances présentes, un traité défensif et de garantie mutuelle paroîtroit plus convenable et devoir précéder les engagements qui auroient pour but dos entreprises et des opérations actuelles. Ce traité qui même pourroit demeurer secret, ouvriroit les voies pour de plus grandes liaisons que le

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