‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 201 sur 223 · EN MISSION SECRÈTE · texte numérisé non relu

EN MISSION SECRÈTE

La guerre durait depuis quatre années avec des succès divers. On jugea à la Cour de Versailles que, pour parvenir bientôt à une paix générale et établir solidement Tlnfant don Philippe en Italie, il était nécessaire de faire entrer le Roi de Sardaigne dans les vues des couronnes de France et d'Espagne.

Afin de fermer définitivement aux Autrichiens la porte de Tltalie, le marquis d'Argenson, ministre des Affaires Étrangères, avait conçu ridée de former une République Italique * ou association perpétuelle des Princes d'Italie, d'où seraient exclus tous Princes étrangers. Le roi de Sardaigne était l'un des premiers souverains qu'il importait de rallier à ce projet. Le ministre de Louis XV s'en ouvrit d'abord au comte Raymond de Montgardin, conseiller du commerce du Roi Charles-Emmanuel, qui résidait de temps en temps à Paris pour les affaires de la maison de Carignan. Celui-ci porta au roi de Sardaigne ces premières ouvertures, et revint à Paris au mois d'octobre 1745, avec l'autorisation de poursuivre les pourparlers. On le mit en rapport avec une personne de confiance, M. de Champeaux ', rési-

1. Cf. FUssan : Histoire générale de la Diplomatie française^ V, p. 315 et soît. — Mémoires de cTArgenson. — Relation de la négociation qui s'est faite par M. de Champeaux avec la Cour de Turin sur la fin de 174i5 et au commencement de i74i6. Affaires Etrangères. Fonds dirers. Mém. et I>oc. Sardaigne, toL XIX, fol. 29.

2. Gérard LéT«sqae de Champeaux, sieur de Vemeoil, était firère de Léresqne de Borigny de TÂcadémie des hiscriptions. Il fut successiTement consul de France à Cadix, Résident de France a GenèTe (1739-1749), et ministre en Saxe (1750-1761).

H. DE CHAMPEAl'X, t7(5-l7iS.

deat de France & Genève, alors de passage à Paris, et qui devait traiter ficcrèlement arec lui, « Cet agent qui Joignait à beao«oapd*> •> franchise, une grande étendue de connoissances, étoîl sa^ et a désintéressé et plein d'idées lumineuses qu'il ne falloit que recli-

0 Pierou modérer'. * Voici les différents points* sur lesquels devaient porter ses premiers entretiens avec l'émissaire secret du roi d» Sardaigne :

i'n II fui chargé d'expliquer au sieur de Montgardin que le roi a se proposoit, non seulement de faire un étahlissement à l'Infant, et « d'agrandir les États du roi de Sardaigne. mais aussi que Sa HajesIA (I avoit dessein de profiter de la circonstance pour mettre à eKécutioa <r d'autres grandes idées : c'étoit de rendre l'Italie indépendante de n l'Empire, d'en chasser les Allemands et d'assurer son repos contré a toute entreprise de la part des étrangers.

« 3° Il eut ordre de proposer de partager l'Italie de la manière n vante : l'Alexandrin, le Torlonois, la portion du Pavesan qai esta « la rive droite du Pô, le Plaisantin et le Parmesan éloient destinéa « pour l'Infant : la portion du Pavesan qui est à la rive gauche da ce PA, Pavie, Hilaa, toute la partie du Milanois qui est entre le lac n Majeur et le Tessin, les Grisons, les États de Venise et t'Adda « dévoient être cédés au roi de Sardaigne. Quant au Crémonois et (I la portion du Hantouan qui est renfermée entre îe Crémonois, « rOglio et le PA. oD n'en fit pas d'abord une disposilioD précise. Il parut convenable de réserver ce territoire pour s'en servir comme <[ d'un app&t propre à faire des partisans au système qu'on avoit en n vue. La Toscane éloit destinée au prince Charles de Lorraine, sous « condition de ne pouvoir jamais être possédée par un prince qui Il seroil revêtu de la dignité impériale. Le duc de Hodt'ne detoil Il rentrer dans tous ses États, en y joignant la partie du Mantonao « qui est à la rive droite du Pd. On lui donnoit aussi un droit d'cipeca talive sur la partie des États de la maison de Guastalle qui est n située du même côté du Pô. Le marquisat d'Oneille, de FinaL lei « villes de Nice et de Villefranche, et une portion du comté de Nic« " renfermée entre la mer, le Var. la rivière de Rotta et une lifoe << parallèle à la mer, qu'on tireroil à 4 ou S lieues de la mer, devaient

1 être cédés aux Génois.

D était protjgd par le mu-qnis d'Argenion, qui l« chareek de diTert travsnt. fiéùdent Irésorier de France en 1764, il moorut i Conc? prti de Siûmmu. Cf. Mémoirtt de Bernû, t. H, p. 14&.

i, Cf. FlasBin et Mimoira dt iTArgeiuen, IV, p. SB3. U. Zénn, dan* MB lirn. Le Uarquii d'Argtnaon, p. 35, appelle ÏI. de Champeaui • le pliu fécond M 1« • plus u>nfuB deeécriTaini diplomalet •.

S. Cf. Relatûm de ta /tégocialion qui l'eit faite par .V. de Ctiampeaui. KB. tir. Fondadirart, Mém. «iDoc. Sardaigne, vd. XIX.

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