‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 45 sur 223 · HONNEURS DUS A L'AMBASSADEUR DE FRANCE · texte numérisé non relu

HONNEURS DUS A L'AMBASSADEUR DE FRANCE

lentant de loi dire qu'il ne saaroit, et particulièrement à Tt^gard de Madame, faire tant d'exagérations sur cette matière qu'elles ne soient conformes à la vérité.

Sa Majesté présuppose que ledit sieur ambassadeur recevra dans le passage à Turin les honneurs et les traitements dus au caractère dont elle Fa honoré, et qu'il n'y rencontrera plus les mêmes difficultés qui empêchèrent le sieur archevêque d'Embrun * de voir Madame et M. de Savoie au retour de son ambassade de Venise, puisqu'elles ont été depuis assez éclairciespour se promettre qu'on ne s y arrêtera plus de delà. L'archevêque prétendit, et avec raison, d'être traité sans aucune distinction ni différence comme Favoit été peu de temps auparavant le comte de Fuensaldagna ', qui venoit du gouvernement de Milan, à l'ambassade de France; ce qui consistoit seulement à demeurer d'accord que le chevalier de Tordre qui ledevoit accompagner aux audiences le fût prendre jusque dans sa chambre, et l'y accompagnât au retour sans que lambassadeur lui donnât la main dans son logement, comme ledit comte de Fuensaldagna Tavoit pratiqué, sans qu'ils y eussent rien trouvé à dire. Il semble même qu'un ambassadeur a un caractère plus digne, et représente beaucoup mieux la personne de son maître que ne peut faire un gouverneur sans l'autre qualité, et on doute que M. de Savoie voulût faire déférer tous les mêmes honneurs au gouverneur d'une province de France qu'il fcroit rendre sans difficulté à un ambassadeur du Roi. C'est pourquoi , si ledit sieur évoque de Bézicrs, ayant fait représenter toutes ces raisons par quelque envoyé qu'il pourra dépêcher de Suse, trouvoit encore la même résistance à lui border le traitement qu'a eu Fuensaldagna, il n'entrera pas dans Turin, et laissera en doute cette cour-là, si, à son arrivée à Venise, il donnera la main chez lui à l'ambassadeur de Savoie

i. Georges d'Aubusson de la Feuilladc, archevêque d'Embrun, ambassadeur à Venise en 1659 et 1660.

2. Don Alonzo Ferez de Vivero, comte de Fuensaldana, vicomte d'Altamira, gouverneur de Cambrai en 1639, capitaine général des Pays-Bas, gouverneur du Milanais en 1658, ambassadeur en France en 1660, de nouveau gouverneur des Pajs-Bas en septembre 1661. Il mourut à Cambrai, le 22 novembre 1661. Cf. Insimctiona aux ambassadeurs de France en Espagne, par M. Morel Fatio, I, p. 491.

38 PIERRE DE BONZI, i66t.

qui y réside, qnoiqne Sa Majesté ayant donné cette parole, il y a lon^mps, désire en effet qu'il Faccomplisse ponctuellement, quand même on lui auroit refusé à Turin le traitement qu'il aura prétendu...

M. D'AUBEVILLE

EN MISSION TEMPORAIRE

L*affaire de la garde corse vient d'avoir lieu à Rome. Menacé dans le palais Farnèse, le duc de Gréqui, ambassadeur de Louis XIV, a dû quitter les États du Saint-Siège. Au lendemain de cet incident, le sienr d'Aubeville fut envoyé auprès de plusieurs cours italiennes.

n devait demander notamment au duc de Savoie libre passage pour les troupes que le Roi avait l'intention de faire marcher vers le duché de Castro. Des instructions générales furent données au sieur d*AubeviIle ^ pour cette mission. Elles ont été inprimées dans le Recueil des instrtictions aux ambassadeurs à Naples et Parme^ p. 153. Nous donnons ci-après un supplément d'instruction concernant spécialement la cour de Turin.

A cette époque, Lionne dirige les Affaires Etrangères dont Henri- Auguste de Loménie-Brienne est encore secrétaire d'Etat.

1. M. de Sète d'AubeTille appartenait à une famille originaire dltalie et établie en ProTence. Né en 1610, gentilhomme ordinaire delà maison du Roi en 1647, il remplit successirement une série de missions diplomatiques à Rome (1662), à Mantoue en 1665 et 1666, en Lorraine en 1667 et en 1669, puis auprès de l'Électeur palatin. Ministre en Portugal de 1671 à 1675 et ensuite à Gênes en 1685, il mourut à NoTe, petite yille de l'État de Gênes, le 12 juin 1687. Cf. Vicomte de Caix de Saint AjmoTir. Eecutil des Instructions aux ambassadeurs et ministres en Portugal^ page 121. On trouve, d'autre part, de nombreux détails sur cette mission de M. d'Aubcville dans L Ambassade du duc de Créqui (1662-1665), par le comte Ch. de Moiiy, t. II, p. 209 et suiTantes.

40 M. D*AUBEVILLE, 1662.

ADDITION A l'instruction DU SIEUR d'aUBEVILLE * Aif. Étr. Corr. Parme, t. 111, folio 58.

21 septembre 1662.

Le roi désire que ledit sieur d'Aubevillc passant à Turin, voie de sa part Madame el M. le duc dp Savoie, pour Texécution de deux ordres que Sa Majesté lui donne : Tun qui regarde un compliment, et Tautre une affaire importante. Et, pour cet eflet, Sa Majesté lui a fait mettre en main des lettres de créance sur lui pour Madame et pour ledit sieur duc.

Il leur dira que, si Sa Majesté eût été plus tôt avertie de la maladie dudit sieur duc, elle lui eût à Tinstant môme dépêché un gentilhomme exprès pour lui en témoigner son inquiétude, et lui rapporter en diligence des nouvelles de Tétatoù il était; qu'elle a été cependant ravie d'avoir plutôt appris son enti^^e guérison que sa maladie, et qu elle loue Dieu qu'il n'ait plus rien à craindre dans le reste de sa vie d'un mal dangereux dont il semble que personne, tôt ou lard, ne se puisse exempter; qu'elle a même eu grande joie d'avoir su par le courrier Marquin, que le visage dudit prince duc ne sera point marqué. Il ajoutera à cela, tout ce qu'il croira pouvoir mieux persuader Madame et ledit sieur duc de la cordialité de son affection et de sa tendresse pour leurs personnes.

Quant au second point, il leur dira qu'il a charge de Sa Majesté de leur donner part de tout ce qui s'est passé à Rome, de l'assassinat de l'ambassadeur* et de l'ambassadrice ' et de tout ce qui s'est ensuivi jusqu'au jour qu'on les a chassés de Rome par l'investissement du palais Farnese et par la soustraction d'aliments à sa famille, tous effets d'inhumanité et de barbarie et violement du droit des gens jusqu'à présent inouïs ;

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