AMBASSADRICE EXTRAORDINAIRE
Multiplier les alliances entre les deux maisons de France et de Savoie était depuis longtemps Tune des traditions de notre politique. U cour de Turin recherchait, de son côté, avec empressement ces ^ons qui contribuaient à lui assurer une place considérable en Europe.
Les liens intimes de parenté qui en résultaient pour les deux failles avaient, à maintes reprises, exercé la plus grande influence sur les destinées des deux pays, influence qui, on le comprend sans peine, proûtait souvent au plus puissant des deux États, Tout récem- 'ïïenl encore, en 1619, Victor-Amédée I^ avait épousé Christine do ^ï^nce, fille de Henri IV, et cette Princesse, très attachée à la '''ance, avait en maintes circonstances utilement servi notre cause. Vazarin n'eut garde d'oublier de pareils moyens d'action. Au Moment où il signait la paix des Pyrénées, le duc Charles-Emmanuel ^^it vingt-cinq ans. Le cardinal comprit tout l'intérêt qu'il pouvait y avoir à lui donner une épouse de son choix. Dès l'année 1660, il chargea l'abBé Amoretti de tâcher de faire accepter une des filles du duc d'Orléans. La question était délicate. Madame Royale étant toujours préoccupée de la crainte de rencontrer dans la future duchesse ^^gnante une rivale susceptible de lui enlever une part de son aulo- ^^' Durant les années 1661 et 1662, après la mort de Mazarin, les pourparlers continuèrent. Au commencement de janvier 1663, M"® de Valois fut définitivement agréée par la cour de Savoie, ^our accompagner la nouvelle duchesse à Turin, Louis XIV fit
choix d'une personne de grande naissance, la comtesse d*Armagnac* , qui reçut pour la circonstance le titre d'ambassadrice extraordinaire. « C'étoit, avec une vilaine taille grosse et courte, la plus belle femme de France ; sans rouge, sans rubans, sans dentelles, sans or ni argent ni aucune sorte d'ajustement, vêtue de noir ou de gris en tout temps, en habit troussé conmie une espèce de sagefemme, une cornette ronde, ses cheveux couchés sans poudre ni frisure, un collet de taffetas noir et une petite coiffe courte et plate, chez elle comme chez le Roi et en tout temps... Femme haute, allière, entreprenante, avec peu d'esprit toutefois et de manège... Toute occupée de son domestique, également avare et magnifique... impérieuse et dure... ayant conservé et mérité toute sa vie elle-même une réputation sans ombre sur la vertu. Tout ce qui avoil affaire à elle la redoutoit. ' > La comtesse d'Armagnac reçut, pour sa mission à Turin, des instructions qui lui prescrivaient de ne rien négliger pour resserrer encore les liens déjà existants entre les deux cours.
A cette époque, Lionne dirigeait en réalité le département des Affaires Etrangères dont Loménie de Bricnne était sous-secrétaire d'Étal.