MARIAGE DU DUC DE SAVOIE
moyen les anciennes alliances dont la royale maison de France a déjà diverses fois honoré celle de Savoie, et les ci5rémonies de ce nouveaa mariage ayant été heureusement achevées, il ne reste plus que de conduire la jeune duchesse à Turin, pour la remeltre entre les mains dudit sieur duc son mari ; et« comme Sa Majesté veut que cette conduite soit faite avec toute la dignité qui convient à une princesse, qui a l'honneur d'être petite-fille de France et cousine germaine de Sa Majesté, Elle a fait choix de M°* la comtesse d'Armaignac pour lui conlier, pendant ce voyage, le soin d'une personne qui par toutes raisons lui est et lui doit être si chère; considérant et la qualité et les vertus de ladite dame comtesse, qui ont fait juger à Sa Majesté qu'elle ne pouvoit dans son royaume jeter les yeux sur une princesse qui s'acquittât mieux de cet emploi et ayant une particulière connoissance que ladite dame dans une grande jeunesse a déjà acquis au plus haut point que se peut désirer, la prudence, la sagesse et toutes les vertus qui pourroient paroîlre plus propres et plus ordinaires à un âge plus avancé.
Pendant la durée du voyage, ladite dame comtesse prendra soin de faire comprendre à M"* la duchesse de Savoie que tout son bonheur à l'avenir devant dépendre du crédit qu elle sacquicrra par sa bonne conduite sur les esprits de Madame et de M. le duc son mari, elle doit s'appliquer incessamment à K^er leur alTeclion par toutes sortes de moyens, dont le nieilleur sera d'avoir une entière complaisance et une parfaite résignation à toutes leurs volontés, et à tout ce qu'elle con- Doîlra qui leur peut plaire, rendre a.vec soin à Madame tous les aspects, déférences et honncui*s qu'elle lui doit par tant de divers motifs, et ne rien omettre dans sa conduite qui puisse ^Wigor ledit sieur duc à l'aimer et à la considérer.
Ladite dame comtesse aura pareillement soin quVn toutes 'es villes du Royaume on rende toutes sortes d'honneurs à M"* la duchesse de Savoie, suivant les ordres que Sa Majesté ^^ a donnés, dont elle sera particulièrement informée par '^flicicr des cérémonies qu'elle a nommé pour suivre et servir '^"'te dame duchesse en ce voyage.
Ladite dame comtesse dira à Madame et à M. le duc de
Savoie, en leur remettant la Princesse, que le Roi l'a chargée de les assurer qu*il a une satisfaction extrême d^avoir pu lier ensemble par un mariage, deux personnes qui lui appartiennent de si près dans un même degré de parenté, et pour qui elle a tant de tendresse et d*estime; qu'elle souhaite avec passion que Dieu verse continuellement ses bénédictions sur cette alliance; qu'elle est assurée que Madame et ledit sieur duc auront toute satisfaction de la jeune princesse et qu'elle s'abstient d*en dire tout le bien qu on y a toujours reconnu, afin que, par leur propre expérience. Us voient encore plus certainement le prix de la personne qui leur est donnée, qu'elle peut toutefois dire à son avantage que sa beauté et la haute naissance qu'elle tire par l'origine de tant de Rois dont elle est descendue, ne seront pas les seules raisons qui la feront aimer et considérer; mais qu'ils trouveront en elle tant de douceur, de complaisance et tant de belles et rares qualités, ayant été élevée par M"** la duchesse d^Orléans sa mère, dont la solide vertu peut ôlre proposée en exemple à toutes celles de sa condition, que Sa Majesté s'assure que Madame et ledit sieur duc l'aimeront parfaitement et ne se lasseront point de remercier Sa Majesté de leur avoir donné une princesse si accomplie.
Sa Majesté ne prescrit point à M™* la comtesse d*Armaignac le temps qu'elle aura à séjourner à Turin : cela devra dépendre en partie des fêles que l'on y aura préparées pour la réception de la nouvelle mariée, et de ce que Madame et ledit sieur duc lui témoigneront désirer et en partie aussi de sa propre commodité à laquelle on croit que l'un et Taulrc s'accommoderont volontiers.
Cependant, ladite dame Comtesse témoignera le plus souvent qu'il lui sera possible à Madame et audit sieur duc que la chose que Sa Majesté lui a le plus recommandée en partant, après le soin de la jeune princesse, est de les assurer l'un et l'autre de son estime et de la tendresse extrême qu'elle a pour leurs personnes et du désir qu'elle a de rencontrer souvent les occasions de leur en donner des marques. En quoi ladite dame Comtesse leur emploiera les termes qu'elle estimera plus propres pour les en mieux persuader, n'y ayant aucune exagération
LA PRINCESSE LOUISE ET LE PRINCE DE CARIGNAN. Al
quelle puisse faire sur cette matière, et particulièrement à l'égard de Madame, qui ne soit entièrement conforme aux ?éritables sentiments de Sadite Majesté.
Elle n oubliera pas non plus, lorsqu'elle verra M"^ la Princesse Louise* et M. le Prince de Carignan', de leur dire que Sa Majesté Ta particulièrement chargée de les assurer de la continuation de sa bienveillance et de la satisfaction quelle aoroit d avoir lieu de leur en donner des marques.
1. Lonise-Marie-Christine de SaToie, fille de Victor- Amédée 1** et de Christine de Fnoce, net en 1629 ; elle épousa en 1642 son oncle, le prince Maurice de Saroie, •t rnoomt en 1692.
1 Emmanuel-Philiberi-Amédée de SaToie, prince de Carignan (1628-1709), fils du ptince Thomas et de Marie de Bourbon-Soissons ; il était lieutenant général du comté d*Ast et cheTalier de TAnnonciade.