‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 50 sur 223 · LE PRÉSIDENT DE SAINT-ANDRÉ · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT DE SAINT-ANDRÉ

EN MISSION TEMPORAIRE

Le Président de Saint-André \ se rendant ambassadeur à Venise, fat chargé de porter à la cour de Savoie, à son passage à Turin, les assurances de Testime et de la tendresse du Roi. En réclamant dans le cérémonial le même traitement qu'avait reçu TËvéque de Béziers en 1662, il devait créer un nouveau précédent établissant que la cour de Turin avait renoncé, vis-à-vis des ambassadeurs du Roi, aux exigences qui avaient justement mécontenté Louis XIV. Nous donnons ci-après la partie des instructions du Président de Saint-André relative à son séjour à la cour de Charles-Emmanuel.

A cette époque. Lionne était ministre des Affaires Étrangères.

MÉMOIRE POUR SERVIR d'lNSTRUCTION AU SIEUR PRÉSIDENT DE SAINT-ANDRÉ, s'eN ALLANT AMBASSADEUR ORDINAIRE A VENISE

Aff. Étr. Corr. Venise, t. LXXXVIII, fol. 2i9.

Chambord, 4 octobre 1668.

L'intention de Sa Majesté est donc qu'il se prépare inces-

1 . Nicolas Prunier, seigneur de Saint-André et de Virieu (fils de Laurent Prunier de Saint-André, président à mortier au parlement de Grenoble, et de Margue> rite de BelliÔTre), premier président du parlement do Qrenoble, ambassadeur à Venise, de 1668 à 1671^ mort le 22 octobre 1692,

RECUEIL DES INSTR. DIPLOM. XIV. — i

e:< mission temporaire

Louis UV a résolu de châtier les Hollandais qui ont pris Tinitialive d'une médiation en vue d'arrêter ses conquêtes lors de la guerre de Dévolution. En même temps qu'il veut les frapper sur leur propre terriloire, lé Roi s'efforcera de leur disputer aussi Tempire de la mer et «le ruiner leur commerce. M. de Gaumont^ est chargé, au mois d'a- ^1 1672, d'obtenir du duc de Savoie, du grand-duc de Toscane et du Sénat de Gênes l'assurance qu'ils s'opposeront à ce que des bâtiments de commerce hollandais usurpent leur pavillon pour échapper *M navires de guerre français dans la Méditerranée.

Les instructions suivantes furent données à M. de Gaumont pour ^Ite mission, bientôt suivie d'une seconde relative aux différends <Jûduc Charles-Emmanuel avec les Génois.

Simon Arnauld, marquis de Pomponne, était alors ministre des Affaires Étrangères.

i. Nicolas de Gaumont, vicomte de Porcien, baron de la Villeneuve -sur- Anvers, gouverneur de Montdidier (allas de Saint-Dizier), doyen des gentilshommes ordinaires de la maison du roi, remplit diverses missions diplomatiques en 1672 et 1«73 à Turin, Gênes et Florence, fut envoyé du roi à Mantoue en 1679 et 1680, et mourut à Paris le 26 novembre 1682. Bibl. nat. Man. Nouv. acq. Fr. vol. 3618 et 5217; Cab. des titres, vol. 946-950.

54 11. DE GAUMONT, i67«.

MÉMOIRE POUR SER^^R d'i^STRUCTIOX AU SIECR DE GACMOTT, GENTIL- HOMME ORDR«AlRE DE LA MAISON DU ROI, ALLANT DE LA PART DE SA MAJESTÉ A TURIN, GÈNES, FLORENCE.

Aff. Élr. corr. Gênes, t. XIII, fol. W.

Saint-Germain, 19 arril 1673.

Le Roi s'étant vu obligé par l'intérêt de sa gloire autant que pour celui de ses Etats à ne pas dissimuler plus longtemps la mauvaise conduite des États généraux et de les rappeler par la force de ses armes au souvenir de tant d'obligations dont ils lui sont redevables, lorsque leurs mauvais desseins contre le bien de sa couronne ne témoignoient que trop qu'ils les auroient oubliées, Sa Majesté a cru que pour abattre une puissance dont ils abusent et qui s*étoit si heureusement élevée sous la protection de la France, il importoit de leur fermer la mer pour le commerce, lorsque Sa Majesté emploiera ses forces pour les attaquer par terre. C'est ce qui a fait que Sa Majesté a commandé, non seulement à tous les capitaines de ses vaisseaux de guerre mais encore à tous ceux de ses sujets qui voudront armer en cours de courir les mers de telle sorte que les navires hollandais dont elles étoient jusques ici couvertes, ne puissent exercer, sans un grand péril, la navigation qui avoil accoutumé de les enrichir. Mais, parce qu'en même temps que Sa Majesté veut ôter la liberté à ses ennemis, Elle souhoitc qu'elle se conserve entière à ses alliés, Elle a été bien aise d'aller au-devant de ce qui pourroit s'opposer à une intention si juste à regard des uns et des autres.

C'est pourquoi comme Ton a reconnu dans toutes les guerres que les Hollandais ont eues ci-devant à la mer que, lorsqu'ils ne pouvoient plus naviguer sans péril sous leur bannière, les maîtres particuliers des vaisseaux s'alloient établir chez des Princes, États ou Villes qui n'étoient point intéressés dans la

COMHEBC^DBS HOLLANDAIS. BS

i^ereDe rt que. preoaDl des lettres de bourgeoisie dans lesjitcï Tilles et ÉlaU, des pavillons et des commisâions ^Irançtin, ils coDtinuoieot. sous ces noms emprtmti^s, le mftmc commerce qui leur ëtoil défendu sous le leur propre ; qu'ainsi ib jouUsoicnt des mi^mes avantages qu'il importoit princîpatemcnt à leurs ennemis de leur dler. et tiroient toute l'utilité itc la navigation qui leur paroissoil interdite.

CVsl dans la \Tie de remédier à ces abus que Sa Majesl»? a mi à propos de faire connoltre de bonne heure aux Princes les voisins et alliés es Italie, qui ont leurs États situés sur les cAI(^ lie la mer qu'autant Elle agréeroit qu'ils avantageassent leur commerce sur l'abaissement de celui de la Hollande, aulanl «nroil-elle sujet de se plaindre s'ils prétoient leur nom pour livoriser une nation contre laquelle Elle s'est si justement déclarée.

Et. parce qu'il ne reste presque que celte seule voie «ux mdois pour se conserver quelque liberté sur la mer Médihnée, oii les forces navales de Sa Majesté sont si considéiles, Sa Majesté a jugé à propos de fairo connoilro ses inteniK sur ce sujet au duc de Savoie, au grand-duc de Toscane n U République de Gènes, et c'est dans celte vue qu'elle a udépCcber vers ces Puissances, le sieur de Ganmont, un hgenlilsbommcs ordinaires de sa maison, qu'elle a ci-devant Bloyé en diverses autres affaires importantes ù son service, inquel elle a fait donner la présente instruction. Hlit sieur de Gaumont passera premièrement & Turin, do * à W-aes et ensuite à Florence. Le sujet de son voyage étant le infme dans tous ces lieux, il s'en expliquera h peu prf-s de 1> mflme sorte. Et, bien que l'intention de Sa Majesté ne soit point qu'il entre dans le détail des ruisons qui l'ont obligée de ■i^larer la guerre & la Hollande et qu'elle veuille seulement quil s'explique en termes généraux de leur ingratitude envers °* Majesté, de leurs mauvais desseins pour sa couronne et des wnlravenlions manifestes aux traités qu'ils avoicnt avec elle, •«Majesté vent bien que, pour s'acquérir un mérite auprès de «s Princes et de cette République, il leur fasse valoir adroitc- Wt la part que Sa Majesté a bien voulu leur donner d'une

guerre que Tintérèt de son état et de sa gloire Tont obligée d'entreprendre.

Il leur insinuera ensuite comme une marque de Tamitié de Sa Majesté pour eux, le soin qu*elle prend de prévenir les inconvénients qui pourroient être causés à leurs vaisseaux à la mer par ceux des sujets de Sa Majesté, si Ton ne prenoit de bonne heure des mesures qui ôtassent tout soupçon qu'ils appartinssent aux HoUandois.

II leur exposera sur ce sujet l'usage marqué ci-dessus qu'ils ont introduit dans les guerres qu'ils ont eues ci-devant, et dont ils tâcheront apparemment de/se servir dans celle-ci. Il fera voir combien cet abus seroit contraire à ce que le Roi a droit de se promettre de ses alliés, et combien Sa Majesté souhaite qu'il soit absolument retranché, afin que, directement ni indirectement ou sous quelque apparence et prétexte que ce soit, le nom d'un Prince allié de Sa Majesté ne puisse servir pour autoriser la navigation à ses ennemis.

Que, pour en avoir une sûreté entière. Sa Majesté seroit obligée d ordonner à ses vaisseaux de guerre de visiter tous les navires qu'ils rencontreroient, en sorte que, si les maîtres et les matelots se trouvoient HoUandois, la bannière et les commissions qu'ils auroicnt empruntées ne les empècheroient pas d'être de bonne prise.

Gomme, en pas un des lieux où ledit sieur de Gaumont est envoyé, on n'avouera le dessein de vouloir prêter son nom aux ennemis de la France, il s'agira de trouver les moyens par lesquels on se puisse assurer de toute la bonne foi avec laquelle on témoignera de le promettre. Ledit sieur de Gaumont laissera auxdits princes et république le soin de rechercher lesdits moyens et de les proposer, parce que l'intention de Sa Majesté est principalement de leur faire connoître qu'elle ne souffrira aucune de ses collusions que les HoUandois pourroient introduire, afin qu'en étant avertis de bonne heure, ils ne s'exposent pas au péril de la prise et de la confiscation de leurs vaisseaux. Et, sans convenir avec eux des expédients, qu'ils pourroient proposer pour assurer de leur bonne foi, ni sans aussi les rejeter, il leur fera connoître qu'il est de leur propre intérêt

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