‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 69 sur 223 · L'ABBE D'ESTRADES · texte numérisé non relu

L'ABBE D'ESTRADES

AMBÂSSADEDR

Les manières de courtisan du marquis de Villars, Tardeur de ses Revendications, succédant à Tapathie du Président Servien, sa pré- ^ntion et celle de sa femme de se mêler à la vie intime de la famille Royale à Turin, ne produisirent pas Theureux effet qu'on espérait ^^ns doute. A Versailles, on mène alors une existence toute d'ostentation autour d'un Prince qui semble toujours présider une réunion Xtiondaine. Sauf à quelques jours de fête dont le nombre est très limité, la Cour de Savoie n'offre rien de semblable. C'est un cercle 4e famille monotone et exclusif, d'autant plus fermé que la présence presque constante et acceptée par l'usage des sigisbécs y fait naitre mille intrigues, auxquelles il importe de ne pas initier les résidents étrangers. Le marquis et la marquise de Villars se virent bientôt en butte à de nombreuses difficultés, et la duchesse finit par demander elle-même l'éloignement de l'ambassadrice.

Louis XIV profita de la reprise des relations diplomatiques avec l'Espagne, après la paix de Nimègue, pour envoyer le marquis de Villars comme ambassadeur à Madrid. Résolu à prévenir le retour des incidents qui s'étaient produits, il eut soin de donner pour successear à Villars un diplomate célibataire, l'abbé d'Estrades ', qui venait de représenter le Roi à Venise.

1. Jeaii-Françoifl d^Estrades, fils du maréchal, abbé de Moissac et de Saint- Melaine, ambassadeur à Venise en 1675 et à Tnrin en 1679, mort le 10 mai 1715. Voici en quels termes Saint-Simon mentionne sa mort : « L'abbé d'Estrades mourut » à Chaiilot où sa pauvreté lui avait fait louer une mabon depuis bien des années

iOS L'ÀBBÉ D'ESTRADES, 4679-1685.

Outre ces avantages personnels, Tabbé d'Estrades avait le mérite d'être au courant d'une négociation qu'il avait lui-même commencée à Venise fivec le duc de Mantoue en vue d'introduire une garnison française dans Casai et qui devait finir par se dénouer à Turin.

Les instructions suivantes, remises à l'abbé d'Estrades au moment de son départ pour le Piémont, font à peine mention de cette affaire qui demeurait entourée du plus grand secret. En dehors de ce mystérieux projet, pas de grandes questions pendantes. La paix vient d'être signée avec l'Espagne. Le principal soin du nouvel ambassadeur sera de gagner la confiance de Madame et de ses principaux conseillers.

Le marquis de Pomponne était alors ministre des Affaires Étrangères.

MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR d'iNSTRUCTION AU SIEUR ABBÉ d'estrades, allant ambassadeur ORDINAIRE EN PIÉMONT.

Aff. Etr., Corr. Turin, suppl., t. Y.

14 mars 1679.

La paix que Sa Majesté a conclue si glorieusement avec TEspagne la mettant en état de reprendre le même commerce d'honnêteté et de bonne correspondance avec cette couronne que ces derniers troubles avoient interrompues, Sa Majesté a jugé à propos d y renvoyer le sieur marquis de Villars qu'elle en avoit retiré lorsque la guerre avoit été déclarée. Et, comme Tambassade extraordinaire qu'il doit remplir à Madrid laisse vide le même emploi que Sa Majesté lui avoit confié depuis ces dernières années auprès de Madame la duchesse de Savoie, Sa Majesté qui ne veut point souffrir de discontinuation aux marques d'amitié qu'elle donne à cette princesse par la présence d'un ambassadeur auprès d'elle, a trouvé bon de remplir

» pour y Tivre à meilleor marché et en retraite. Il avait très bien réussi à Venise et ». àTurin où il avait été ambassadeur, mais il s'y était fort endetté. ..On aurait pu se

• servir fort utilement de lui, mais on ne voulait que des gens qui pussent et vou-

• lussent bien se ruiner, et non pas de ceux qui s'étaient déjà ruinés en ambas- » sades. »

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