L'ABBE D'ESTRADES, 1679-16S
établie, elle a été bien aise que le choix que son service Ts conviée à faire du sieur abbé d'Estrades soit tombé sur une personne qui est hors d'état de lui causer une peine à laquelle elle s'est jusques à cette heure si fort arrêtée. Le dit sieur abb^ d'Estrades pourra lui faire connoitrc cet effet de la bonté de Sa Majesté pour elle, mais dans cette seule rencontre seulement, parce que, autant de fois qu'elle auroit occasion de lui envoyer un ambassadeur qui fût marié, l'ambassadrice reprendroit toujours le même rang et la même chaise qui ont été donnés aux dernières.
Bien qu'il soit dit ci-devant que le sieur abbé d'Estrades sauroit du sieur marquis de Villars les cérémonies qui se sont pratiquées dans cette cour à l'égard des ambassadeurs, Sa Majesté trouve toutefois bon de lui faire remarquer ici que tous les chevaliers de TAnnonciade qui tiennent le premier rang en Piémont, ne reçoivent point la main de l'ambassadeur lorsqu'ils vont chez lui. Madame la duchesse de Savoie a voulu y apporter une différence à l'occasion de l'audience de cérémonie que doit prendre le sieur marquis de Villars. Elle a prétendu que le chevalier de l'Annonciade qui est député par M. le duc de Savoie pour venir prendre l'ambassadeur dans son logis et le conduire à cette cérémonie, représente le prince en quelque sorte, qu'ainsi en cette occasion seule, il devroit avoir la main. Mais Sa Majesté ayant voulu savoir Tusage qui s'étoit pratiqué de tout temps , su^ ce sujet, le sieur de Servien qui la servi vingt-neuf ans en qualité d'ambassadeur ordinaire à Turin, l'assure qu'en ces occasions l'ambassadeur de France prenoit la main chez lui sur le chevalier de l'Annonciade et que lui-môme en avoit usé en cette sorte lorsqu'il avoit été conduit par le marquis de Saint Germain à sa première audience. Cet éclaircissement obligea Sa Majesté lors de l'arrivée du sieur marquis de Villars à Turin et la convie de même aujourd'hui, à sa sortie, de le charger de se maintenir dans cet usage, et ce qui se sera pratiqué pour lui sei*vira de règle au sieur abbé d'Estrades.
Gomme dans les occasions des conclaves les cardinaux françois, auxquels Sa Majesté ordonne de se rendre à Rome, passent
LE MARQUIS DE PIANEZZE. in?
vent par Turin, Sa Majestt^ avoil ordonné ci-dpvant ail sieur marquis de Villars de ne leur point donner la main ni chcK lui ni chez eux. Mais, ayant considéré depuis que son ambassadeur à Rome la leur cède en tous lieux. Sa Majesté trouva bon ensuite d'ordonner au sieur de Villars de voir les dits cardinaux et de ne point prétendre la main sur eux, Ainsi, le dit sieur abbé d'Estrades en usera de la m^me nunièrc avec les sujets do Sa Majesté revêtus de celte dignité lonqQ'ils passeront à Turin.
U reste à marquer au dit sieur abbé d'Estrades la protecttOQ dont Sa Majesté a toujours honoré le sieur marquis de Pianezze qui doit à Elle seule la révocation des sentences qui avaient éti données contre lui et son rétablissement dans ses biens. Comme son intention est de l'en faire toujours jouir, il ne perdra aucune occasion do lui rendre des offices favorables snprès de Madame la duchesse de Savoie, el aura communication avec lui sur la manière dont il pourroit les lui rendre. Ce qu'il scmbleroil désirer le plus seroit de pouvoir ^Ire admis à saluer Monsieur el Madame la duchesse de Savoie bien que loujnurs dans le dessein de s'établir en France. Mais, comme cette princesse y a fait paroitre jusqu'il celte heure beaucoup d'éloignemeat, que même le dit sieur marquis de Pianezze, par fWpect ponr elle et pour ne pas insister sur une chose pour liUliietle elle témoignoit tant de répugnance a supplié très hum- Wement Sa Majesté de suspendre les offices qu'elle avoit bien voqIu employer en sa faveur, ledit sieur abbé d'Estrades ne les fenciuvellera point sur ce sujet que lorsqu'il en recevra de ""Uveaux ordres.
Bien que sa première application doive être pour la cour de lurin. Sa Majesté désire qu'il étende autant qu'il pourra ses wnnoissances dans le voisinage du Piémont, particulièrement *Wqiiise passera dans le Milanois. 11 aura soin de s'instruire delà conduite des gouverneurs dans cet Elat, du nombre des 'foupes qui seront entretenues par l'Espagne, des disposilions dw peuples et généralement de tout ce qui peul contribuer à ' "rformation qu'il importe toujours Jt Sa Majesté d'avoir ■■w forces et des vues de l'Espagne en Italie.
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Lorque l'équipago du sieur abbd d'Estrades sera arrivé, et qu'il aura son audience de cérémonie de Madame la duchesse de Savoie, il lui remettra la lettre de Sa Majesté de la secrétairie d'Elat, dont il est chargé, et y joindra de nouveau les assurances de l'amitié de Sa Majesté pour elle qu'il renouvellera à M. le duc de Savoie lorsqu'il sera conduit à son audience.
La reine de Portugal et Madame la duchesse de Savoie ont fait donner part, depuis peu de temps, ft Sa Majesté du mariage qu'EIics ont arrêté entre M. le duc de Savoie et l'infante de Portugal. La chose s'est conduite avec un extrême secret dans l'une et dans l'autre de ces Cours, et elle y est encore ignorée, à l'exception de quelques ministres principaux qui ont éié admis h cctie résolution. Une des raisons que ces deux princesses ont eues de ne la laisser pénétrer à personne est qu'elles ont voulu, avant toutes choses, la communiquer à Sa Majesté. Elles ont cru qu'une affaire, qui fera bientôt un fort grand bruit dans l'Europe, et qui excitera bientôt une grande jalouolj du côté des Espagnols, scroït exposée ù trop de péril si eS^ n'étoit soutenue de l'agrément et de la protection dé Sa Majesté. Ainsi, Elle:» lui ont fait demander, avant que de s'engager, son amitié pour deux États qui lui sont si étroitement alliés, son intérêt étant d'augmenter par ce mariage la puissance du Portugal toujours opposé naturellement à l'Espagne : et surtout l'affection qu'Elle conserve si véritable pour ces deux princesses l'a portée à leur accorder bien volontiers leur demande. Elle leur a même promis tout secret qu'elles ont souhaité d'Elle, et ne l'avoit pas même communiqué à son ambassadeur en Piémont. Mais Elle a su depuis peu par le sieur marquis de Viliars que Madame de Savoie le lui avoit confié. Cette princesse aura sans doule la même ouverture pour le sieur abbé d'Estrades. Mais, en cas qu'elle ne lui en pariât pas la première, il évitera de lui faire paroître qu'il en ait connoissance. Si elle s'en déclare à lui, comme il y a toute apparence, il lui confirmera les assurances qu'elle a déjà reçues de la part que Sa Majesté prend en sa satisfaction, et de la protection qu'elle en doit attendre. Du reste, comme cette affaire sera capable de recevoir quelques difficultés en Piémont, p«i