Mémoires de Saint-Simon
3. Anne, fille de Philippe d'Orléans et de Henriette- Anne princesse d'Angleterre, née le 27 août 1669, mariée le 10 avril 1684 à Victor- Amédée duc de Savoie, morte à Turin le 26 août 1728.
MARIAGE DU DUC DE SAVOIE. Hfl
sa nièce, fille de Monseigneur lo duc d'Orléans, frère imiquc de Sa Majesté, et les cért^monies de ce mariage si capable d'affermir de plus en plus les liaisons étroites qu'il y a toujours eues entre la France et la Savoie, ayant été heureusement achetées en présence de Sa Majesté avec toute la magnificence qui convenoil à une action si célèbre, il ne reste plus qu'à faire conduire cette princesse à Turin, pour la remettre entre les mains dudit sieur duc son mari. Et comme Sa Majesté veut * ^ne cette conduite soit faite avec toute la dignité qui convient ^K'% une princesse qui a l'honneur d'être nièce de Sa Majesté, ■ elle a fait choix de Madame la princesse de Lillebonne, pour Ini confier pendant ce voyage le soin d'une personne qui, par toute raison, lui est et lui doit être si chère. Sa Majesté ayant cru ne pouvoir jeter les yeux sur une princesse qui s'acquittât mieux de cet emploi et qui puisse joindre à une illustre naissance plus de prudence, plus de sagesse et plus de vertu.
Comme elle trouvera aussi en Madame la duchesse de Savoie toutes les bonnes qualités qui peuvent donner une parfaite Satisfaction audit sieur duc de Savoie son mari, elle n'aura pas <lc peine à lui faire comprendre, pendant le cours de ce voyage, qu'elle doit trouver son bonheur dans l'affection dudit sieur «lue cl dans le crédit qu'elle s'acquierra par sa bonne conduite Sur l'esprit de ce prince. Elle n'aura pas de peine aussi à disposer la duchesse de Savoie à témoigner à la duchesse sa bellemère toute l'amttié et toute la complaisance que le constant attachement de cette princesse aux intérêts de Sa Majesté, et l'empressement avec lequel elle a souhaité et recherché la con> clusion de ce mariage, peuvent justement mérîler. Et enfin, Sa Majesté se promet que ladite dame princesse de Lillebonne inspirera à Madame la duchesse de Savoie, nièce de Sa Majesté, touË les bons sentiments qui peuvent obliger ledit sieur duc de Savoie et la duchesse sa mère, à l'aimer et à la considérer, ^fc Sa Majesté ayant donné ses ordres pour faire rendre à fpVadame la duchesse de Savoie, dans toutes les villes du royaume, tous les honneurs qui sont dus à cette princesse, elle De doute pas qu'ils ne soient ponctuellement exécutés par l'ofiicicr des cérémonies qu'elle a nommé pour suivre et servir
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Madame la duchesse de Savoie dans ce voyage» et ladite dame princesse de Lillebonnc sera particulièrement informée par ledit officier de tout ce qu'il fera pour ce sujet.
Elle dira à M. le duc de Savoie, en lui remettant la duchesse sa femme, que Sa Majesté a eu bien de la joie de faire par ce mariage le bonheur commun de deux personnes qui lui appartiennent de si près, et pour lesquelles elle a tant de tendresse et d'estime, qu'elle souhaite avec passion que Dieu verse continuellement ses bénédictions sur cette alliance; qu'elle est assurée que ce prince en aura toute la satisfaction qu'il s'en peut promettre, et que, si elle s'abstient de dire de cette princesse tout le bien qu'on y a toujours reconnu, c'est que ce prince reconnoitra bientôt par sa propre expérience que ce qui paroi t de plus aimable en sa personne et la haute naissance qu'elle tire d'une suite de tant de rois dont elle est descendue, ne seront pas les seules raisons qui la feront aimer et considérer; mais qu'il trouvera en elle tant de douceur, de complaisance, et tant de belles et rares qualités, par la bonne éducation qu'elle a eue et par la bonté de son naturel , que Sa Majesté s'assure que ledit sieur duc l'aimera parfaitement et ne se lassera point de remercier Sa Majesté de lui avoir donné une princesse si accomplie.
Sa Majesté ne prescrit point à Madame la princesse de Lillebonnc le temps qu elle pourra séjourner à Chambéry ; mais, comme il y a bien de l'apparence que le duc de Savoie en partira, aussitôt que la bénédiction nuptiale sera faite, elle doit aussi revenir dans le même temps qu'il en partira, après avoir assuré le duc et la jeune duchesse de l'estime de Sa Majesté, de la tendresse extrême qu'elle a pour leurs personnes et du désir qu'elle a de rencontrer souvent les occasions de leur en donner des marques; en quoi, ladite dame de Lillebonne emploiera tous les termes qu'elle estimera plus propres pour les en mieux persuader.
Comme la duchesse mère de Savoie ne veut pas venir à Chambéry, il y a lieu de croire que Madame la princesse Louise et M. le prince de Carignan demeureront aussi avec elle à Turin. Si néanmoins ils avoient accompagné le duc de Savoie