AMBASSADEUR ORDINAIRE
Lorsque le marquis d'Arcy prit en 1688 possession de son poste à
■ ^ï'in, la situation de TEurope était rassurante pour la politique
'ï'a.uçaise. L'empereur a écarté à grand'peine de sa capitale les
*^^rdes menaçantes des Turcs, et a signé pour vingt ans la trêve de
"^-^tisbonne (1684) qui proclame le maintien des traités de West-
ï^l^alie et de Nimègue, et reconnaît la légimité de toutes les annexions
^^ites jusqu*au l*"" août 1681 par les Chambres de réunion. La répu-
^Uque de Gènes vient d'être sévèrement châtiée. Louis XIV se croit
^suré de Talliance du duc de Savoie, que le traité du 24 novembre
'1682 a attaché à sa couronne.
A partir de ce moment, chaque année voit grossir autour de la France les forces ennemies qui, de toutes parts, enserrent ses frontières. La révocation de Tédit de Nantes (1685), la formation de la Ligue d'Augsbourg signée le 9 juillet 1686, la défaite de Tarmée turque à Mohacz (1687), laffaire de la succession de Cologne, les démêlés du Roi avec Innocent XI et Finvasion du Comtat-Venaissin (1687-1688), Faccession de Guillaume d'Orange au trône d'Angleterre (1688), la guerre dans les Pays-Bas et sur le Rhin, Tincendie du Palatinat (1688-1689), sont autant d'événements qu'il suffit de rappeler pour se rendre compte du déchaînement de passions politiques et religieuses qui, pendant cette courte période, vinrent envenimer les relations des puissances.
Durant le cours de son ambassade, d'Arcy dut suivre jour par jour Timpression produite, par l'écho de toutes ces nouvelles, sur l'àme
13i LE MARQUIS D'ARGY, 1685-1690.
ardente du Prince ambitieux et dissimulé qui régnait alors à Turin. G*est à grand'peine s'il le retient encore dans Talliance du Roi ; et, lorsqu'en 1690 il quitte la Savoie pour céder la place au comte de Rébenac, Victor- Amédée, sollicité par les Princes de la Ligue, est déjà sur le point d*échapper à Louis XIV.
Bien qu*à la cour de France on eût, dès Tannée 1685, des motifs de suspecter la fidélité du jeune duc de Savoie, les débuts de Tambassade du marquis d'Arcy n'étaient pas de nature à faire prévoir, à brève échéance, un semblable dénouement.
D'ailleurs Louis XFV n'a-t-il pas encore, à Pignerol et à Casai, de fortes garnisons capables d'imposer ses volontés aux Piémontais?
Les instructions du marquis d'Arcy reflètent le sentiment de quiétude relative qui dominait alors dans les conseils du Roi.
Golbert de Croissy était, à cette époque, ministre des Affaires Étrangères.
MÉMOIEE DU ROI POUR SERVIR D'INSTRUCTION AU SIEUR MARQUIS d'aRCT,