M. DE GAUMONT
trailé signé par Mattioli ou la conclusion d'une nouvelle conveolion'.
Les instructions suivantes lui furent remises par le marquis de Pomponne pour sa mission à Mantoue.
MEMOIRE DU ROI POUR SERVIR D INSTRUCTION AU SIEUR DE GOMONT ALLANT DE LA PART DE SA MAJESTÉ AUPRÈS DE M. LE DUC DE MANTOUE.
Aff. Étr., Corr. Mantoue, toL X, fol. 14, et supplément, yoI. IV.
Saint-Qermain-cn-Laye, le 2 mai 1679.
Comme TalTaire pour laquelle Sa Majesté a jugé à propos d'envoyer ledit sieur de Gomont auprès dudit sieur duc de Mantoue a besoin de secret, d'adresse et d'habileté, Sa Majesté a jeté d'autant plus les yeux sur lui qu'il lui a plus donné de marques de toutes ces qualités dans les divers emplois qu*elle "^ lui a ci-devant confiés pour son service,
Pour lui faire connaître ce que Sa Majesté se promet de lui en cette rencontre, il est nécessaire de Tinstruire, dès le«commcncement, de la négociation qui a été faite avec ledit sieur de Mantoue.
Dès le temps que le sieur abbé d'Estrades était ambassadeur ordinaire de Sa Majesté à Venise, ce prince le lit assurer par des voies cachées et secrètes du désir qu'il aurait de s'attacher à Sa Majesté et de lui donner des marques de son zèle pour ses inlérc'ts. Il se servit, pour lui faire porter ses paroles, du comte Mathioli, qui avait un grand crédit auprès de lui, et les choses en vinrent si avant, que le duc ayant pris un rendezvous la nuil dans une place détournée avec l'abbé d'Estrades
I . Les pourparlers que M. de Gaurnont engagea à son arrivée à Mantoue sont rcsaniés dans un long mémoire conserve aux Archives des Affaires Étrangères, et ayant pour titre : liépUqite à une réponse de ^on Altesse Sérénissime de Mantoue ttmûe par M. le marquis de Cavriani son arattre de chambre à M. de Gomont^ doyen des pentïlsliommes ordinaires de la maison du Hoi et envoyé extraordinaire de Sa Majesté vers Son Altesse Sérénissime Al. le duc de Mantoue. Septembre 1679. Aff. Etr.. Corr. Mantoue. vol. X, folios 156 et suiv.
TRAHISON DE MATTIOLI.
il lui confirma lui-mi^^lc ce que le comlc Malhinii lui avail dit CD son nom.
Ce qui y élait dp principal, élail l'engagement (jue ce prince prenait avec Sa Majesié, Je recevoir une garnison française dans Casai qui serait pay^o par Sa Majesté ; Sa Majestt^ lui promettait en riîcompense une somme d'ai^ent consid<^rablc. et, comme la guerre durait encore alors avec l'Espagne, il demandait d'Être déclaré gémirai Je son anni5e en Italie.
Le sieur alibé d'Estrades eut ordre d'entrer dans ces propositions et de faire espérer ii ce prince la protection et l'ami- \\6 de Sa Majesté, lorsqu'il voudrait s'engager vérilablemenl dans ses intérêts.
Sur la lin de l'année dernière, lorsque l'abbé d'Estrades quitta l'ambassade de Venise pour se rendre auprès de Sa Majesté, il eut assurance du duc de Mantouc que le comte MalLioli se rendrait de sa part, et presque en même temps que lui h Paris. En eiret, ce comte y arriva sur la lin du mois de novembre, et y demeura caché i tout autre qu'audit sieur abbé d'Estrades, qui eut soin de le conduire à Versailles. Il était chargé d'une lettre de créance du duc de Mantouc pour le Roi et d'un plein pouvoir en bonne forme, qnî s'étendait spéciliquemenl à continuer la négociation qui avait été commencée par le sieur abbé d'Estrades, touchant la remise de Casai entre les mains de Sa Majesté. Il eut l'honneur de saluer le Roi en secret, et signa le traité en la manifero que Sa Majesté pouvait le souhaiter.
Il promettait de se rendre au commencement de janvier auprès du duc de Mantoue à Venise et concerta le temps dans le mois de février auquel ce prince devait se rendre à Casai et y recevoir les troupes de Sa Majesté après avoir fait l'échange dcsratilications du traité.
Pour l'exécution de ce projet, Sa Majesté tit avancer des Iroupes en Dauphiné et dans le voisinage do Pipnerol, sous prétexte de les mettre en quartier dans cette province. Mais, afin de savoir îi point nommé le temps que le duc de Mantoue devait partir de Venise, elle y envoya le sieur d'Asfold, colonel de diagonSf avec ordre de devancer ce prince de peu de jours,
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avaient ê\i^ prises; mais, comme clic ne peut doutor qu'il w soit loujoiirs dans k^ dessein de ratifier et d'accomplir un IrFuW qui lui doit procurer tant de témoignages de )'amiti6 de Sa Majest*', i-t tant d'avantages pour lui et pour sa maison, fille a voulu concerter de nouveau avec lui le temps et lo-S moyen» par lesquels le traité pourrait avoir son effet.
Il parlera de manî&rc à ce prince qu'il ait lieu de croire que Sa Majesté est persuadée qu'il n'a point changé de sentiments. .
Mais, avant toutes choses, il s'ouvrira k lui de la connaissance que Sa Majesté a eue de la perfidie de ce comte, qu'elle sait qu'il n'a pas seulement manqué uu secret que Sa Majesté lui avait imposé, mais aussi à ce qu'il devait h la confiaDce que ledit sieur duc de Mantoue avait prise on lui. 11 lui fera connaître que Sa Majesté est informée qu'il donna part de loot le traité aux inquisiteurs d'étut de Venise, et que ce fut sur cet avis au comte deMelgar que le sieur d'Asfeld fut arrêté en passant d;ins le Milanais. 11 ajoutera que Sa Majesté est bien persuadée qu'il a caché toutes ces trahisons uu duc de Manlouc, puisqu'elle sait qu'il ne tes aurait pas faites impunément si elles avaient été connues de ce prince.
Ainsi il lui témoignera que, comme il n'était pas possible que l'oxéculion d'un traité qui était commis en de si méchantes mains fût capable de réussir, elle l'attendait do ce prince môme et des moyens qu'il en concerterait avec le sieur do Gomonl.
Le premier, qu'il proposera sera l'échange de la ratification dont il est chargé avec celle de ce prince, fl témoignera ne pas douter qu'elle ne lui soit remise aussitôt; mais il y insistera fortement, si il y trouvait quelque opposition. En cas qu'elle lui soit donnée, il aura soin de l'envoyer à Sa Majesté par un courrier exprès, auquel il fera prendre un chemin qui ne touche aucune terre du Milanais.
Loriiqu'il aura fait ce premier pus, il saura du ihic de Man-
V toue quand il voudrait exécuter le projet que In perfidie du
comte Matliioli a fait manquer : c'cst-it-dire en quel temps il
voudrait se rendre à Casai, et y recevoir les troupes de Sa 1
[. jpslé. 41 lui fera voir qu'elle ne doute point qu'il n's
ENGAGEMENTS CONCERNANT CASAL. 26ti
plisse lesconililioDs de sod traité avec lu mt'^mo pluisir qu'elle esiîcutcra celles <|u'clle lui a promises pour son avantage, et que, s'il croit le secret nécessaire dans cette alTitire, il lui sera gard£ très fidiïleraont ; qne, cependant, il .1 ordre de rendre compte incessamment hu Roi de la rt^ponse qu'il lui aura rendac-
Le sieur de Gomont sera instruit toutefois que, quand bien laëme le duc dcHantoue s'offrirait à exécuter de bonne Toi les engagements dont il est convenu avec Sa Majestt.^ le temps qu'il faudrait pour en concerter les mesures, ne pourrait pas être moindre de deux mois. Ainsi, en cas? qu'il l'cât fait expliquer positivement de son devoir, il en rendrait compte au Roi, ei hq presserait pas le temps que le prince devrait se rendre à Casai et y recevoir garnison jusqu'à ce qu'il eiil la ri^ponsc de Sa Majesté.
Du l'esprit dont est le duc de Mantoue, faible, sans expérience cl incapable d'alfalres, il y a apparence qu'il sera surpris de co discours, et que, ne ae trouvant pas capable d'y répondre s.\xt le champ, il demandera quelque temps au sieur de GumonI pour prendre sa résolution et qu'il l'assurera cependant de son cespacl pour Sa Majeslf- el de son zMe pour son service.
Mais, pour ne pas trop faire languir cette affaire, le sieur *ie Gomont ne le laissera que peu de jours sans lui reparler; et, sana lui demander ce qu'il veut qu'il écrive k Sa Majesté, s'il voit que ce prince tAche A revenir contre les engagements qu'il iTait pris, et qu'en témoignant sa douleur des traverses qui «ml dans cette affaire, m'^me en se rejctiint sur lu trahison que lui a faite I<- comte MathioM, en la rendant publique, il tâche <le faire voir que lesehosfs ne sont pas en tftat qu'il les puisse ^uler, que toute l'Italie est soulevée contre celui que l'empereur et qu'il n'est plus libre dn parti qu'il voudrait
prendre ; alors le sieur de Gomont lui parlera avec plus "L' force et lui fera connaitre que l'on peut bien ne pas faire Jes traités avec Sa Majesté, mais que l'on ne peut, sans s'flxposer k sa disgrâce, manquer aux paroles solennelles que l'on lui aurait données. Il fera en cette sorte succéder la crainte iHï assurances qu'il aura données d'abord de l'amitié de