NÉGOCIATIONS DE H. DE GAUHONT
congé pour a'en rovenir, o( qu'il pri-lcndatt s'en servir, le duc de HilOtoue, se Iroavnnl avec lui dan^i un bal, le [ira à part et prit occasion du rapport que ses ministres lui avaient fait de ce que ledit sieur de Gomont leur avait déclaré, pour hii dire qu'il ni5tait pas dans le temps de sVn devoir servir, cl qii'sti moins il devait attondrc les réponses de Sa Majesté, sur l'awnraQce qu'il lui avait fait donner de vouloir faire un traita ponr Casai, ce que ledit sieur de Gomont ayant rejeté, comme une parole qui lui avait 616 donnée, il y avait plus de quatre mois, sans aucun effet, le duc lui n'^itéra encore les mêmes assurances de vouloir faire un traité pour Casai avec Sii Bflijesti, et le pressa fort de demeurer, lui remontrant que son départ causerait beaucoup de scandale, et mî'me que lui, duc de Mantoue, en recevrait un grand préjudice.
Ledit sieur de Gomont promit bien de demeurer jusques îi ce qu'il eût la réponse de Sa Majesté, mais comme il n'obligea pas en même temps ledit duc de Maiitoue de déclarer à quelle condition il voulait faire ce nouveau traité pour la remise de Casai entre les mains du roi, et qu'il n'engagea pas cette lUJgociation, en la manii-re que Sa Majesté l'aurait désirée pour le bien de son service, elle jugea à propos de lui dépôther un courrier le 8 mars ; et, comme la dépèche de Sa Majesté, de ce mCme jour, lui a servi d'une nouvelle instrucl'on, il en sera aussi donna copie audit sieur abbé Morel, ponr lui faire d'autant mieux connaître le dernier état de cette «ffiiire qui est que le duc de Mantoue, se voyant obligé par les pressjintes instances dudit sieur de Gomont de s'ouvrir plus claircmcnl qu'il n'avait fait sur ce nouveau traité, a enfin lifelaré qu'il ne prétendait point remettre Casai au pouvoir de Sa Majesté, mais seulement de faire un nouveau traité conforme aux propositions qui seront jointes à la présente instruction.
Cependant comme le roi juge pouvoir tirer dans la suite du temps quelque avantage de cette négociation, et qu'il importe à Sa Majesté de la continuer et même de la faire durer par de nouvelles propositions qui pourraient être acceptées par le duc de Mantoue, ou au moins lître de quelque utilité
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aux autres dessein^i iIl' Sa Majcstû, clic a fait dr«sspr projet de nouveau traitii, qu'elk' fait aussi romcllrc cotre I.' maina dudit sieur abbé Morol, pour lui servir d'înstructi* de ce qu'il aura îi fîiire auprès dudil duc de M«ntoue.
Connue ledit sieur do Gamont a fait connaître par sa lett.
du qu'il ne s'est point servi du pouvoir que Sa Majes
lui a donné d'ajouter il l'olTre qu'elle lui avait permis c faire au duc de Manloue de cent mille pistoles pour la remU de Casai celle de quatre cent mille écus payables en qualr"' années, h compte de ce qui pourra Hrc dû k ce prince, fi exécution du traité de UiKÎrasquc, et que ledit sieur (t Gomont a témoigTiiî que ledit duc ne voulait poini entondr parler de ce traité, Sa Majesté n'a pas jugi^ à propos il'en faîraucune mention dans le projet qui est remis entre les muln^ dudit sieur abbé Morel ; mais, s'il apprend dudit sieur di Gomont que, suivant les derniers ordres qu'il a reijus do Se^ Majesté, il se soit servi de ce moyen et qu'il ait été favorable — ment écouté, il en pourra donner à ce prince et à ses mini&lro9 de nouvelles assurances. Si, au contraire, il u été rejeté, Sa. Majesté lui donne le même pouvoir qu'a eu ledit sieur de Gomont, d'augmenter l'offre de cent mille pistoles d'une somnip de cent mille écus une fois payée et en pure perte pour le Roi, sans qu'elle puisse ^tre imputée sur ce qui est dû pur Sa Majesté en exécution des trailés de Quérasquc et de Turin,
Aussitôt que ledit sieur abbé Morel aura reçu la présent** instruction avec toutes les pièces qui y sont énoncées, son plein pouvoir et sa lettre de créance, Sa Majesté veut qu'il parle incessamment pour se rendre le plus diligeamment qu'il lui sera possible à Mantoue, en passant par Asti, et se détournant de Turin pour éviter la curiosité de cette cour.
Etant arrivé à ladite ville de .Mantoue, il ira descendre chez ledit sieur de Gomont, auquel il remettra la dépêche de Sa Majesté qui lui permet de revenir et lui enjoint d'informer de l'état de sa négociation ledit sieur abbé Morel, qui fer» ensuite notifier son arrivée et demander audience audit duc de Mantoue.
Après qu'il aura présenté sa lettre de créance,
PROJET DE TItAITK CONCERNANT CASAI.. 285
prince, que Sa Mnjcsti^ lui a commandé do lui confirmer les mêmes assurances qui lui ont déjà été donm^cs par lo sieur do Gomont, de roslirac et de rafTcclion slngulifrc que Sa Majcal£ a pour ledit princL-, cl di> l'entière cuntiance qu'il y doit prendre ; mais que plus Sa Majestû est portée h lui en donner des preuves effectives, et plus elle a 616 surprise de voir par les pruposilions qu'il a donnée<i d'un nouveau traité, qu'il n'y est fait aucune mention de l'obligation dans laquelle il est déjà entra de remettre Uasal entre les mains de Sa Majestés ; qu'elle ne peul attribuer celte omission qu'au conseil de ceux qui le verraient, avec regret, appuyd d'un aussi puissnot et au»si sur ami qu'est Sa Majcâlé, et qui voudrult bien se ddivrer de toute inquiétude par la ruine entière dudit duc •-•I de ses Étals. Qu'il doit ^tre pcrsuadi? que jamais Sa Majesté ne se désistera du traité signé par MatlioH au nom et par l'autorité dudit duc, que ce prince n'ait accepté les conditions avanlageuscs et honorafdos, que Sa Majesté veut bien lai accorder par un nouveau traité. Qu'elle a envoyé ledit sieur abbé Morol, avec un plein pouvoir pour le conclure, et que, ii'il veut bien nommer des commissaires qui sachent connaître de quelle importance il lui est de se conserver les Ujnnos grâces du Roi et de ne se point attirer son indignalion, il s'assure que ledit sieur duc aura bientijt sujet d'être satisfait de ce qui se sera négocié entre eux.
Il ne sera pas peut-être inutile que, dans les conférences particulières qu'il aura avec les ministres de co prince, il leur fasse connaître que, quand on s'attire mal h propos le rrssfntiment de Sa Majesté, soit que les etFets en soient prompts ou lents, on a longtemps snjel de s'en ressouvenir tl de s'en repentir.
Ledit sieur abbé Morel sera înt'ormû par ledit sieur de Gomont, du caractère des ministres de ce prince, et il le ronuaUra peut-être encore mieux par lui-m^me dès les premiÈrcs Conférences qu'ij aura avec eux. Le marquis de Cavriani qui a le plus de part à la confiance du duc, est fort attaché aux intérêts du la maison d'Autriche. Les deux autres, qui sont les marquis Frédéric de Gonzague et de la Vallée, ont paru
au si(?ur de tiomonl iHro plus portés à faire entrer leur malt- (laQs les iDti<rl^ls de Sa Majosti^. Quand il les aura bien coa nus et qu'il croiru les pouvoir disposer h ce qae Sa Uajcs désire par la considération des grâces qu'elle leur peut fair~ jointes au vérilablc et solide intérêt que le duc, leur maîtrpeut trouver dans l'alliance de Sa Majeslé, il se servil envers le premier de l'offre de trois mille pistoles et de celL ^H de deux mille pour les deux autres ensemble ; lesquelles gr^ filicatîons, il leur insinuera adroitement, comme un moyc:— : que Sa Majesté prétend leur donner de servir d'autant mieu.a le duc leur raaîlre, et de redoubler leur z&Ie et leur applîc^ lion au maintien d'une alliance qui lui doit j^tre si avaiE= tageuse.
Mais, comme ledit sîcur abbé MorcI n'arrivera à Mantouv que dans un temps où l'apprébenslon qu'on y pouvait avoM du passage des troupes du roi en Italie, sera fort diminua par l'écoulement du temps qui y était propre, qu'il y a bicT: do l'apparence que non seulement il ne trouvera ni le duc mî âes ministres favorables i!i sa négociation, mais mi^me qu'iU en voudront rompre le cours pour se justifier envers leurs voisins et les délivrer de toute inquiétude, dans celte vue ils pourront lui déclarer nettement, dans les premières conférences qu'il aura, que M- le duc de Mantoue e&t résolu lic se conserver Casjil o( de ne plus écouler aucune proposition qui tende à la remettre au pouvoir de Sa Majesté, c'est en ce cas qu'il faut qu'il emploie toute son industrie et toute son adresse à se conduire d'une manière que, soU qu'il ramène IVspril de ce prince et de ses ministres ou même malgré eux il les rengage avec lut dans une. aussi longue négociation qu'il plaira & Sa Majesté la faire durer.
Les deux moyens dont il peut se servir pour cet eflct auprès du duc, sont la crainte et l'espérance qu'il lui peut donner.
Le premier, en lui faisant entendre que, si foule la confiance que Sa Majesté avait aux assurances qu'il lui u fait donm-r du désir qu'il a de mériter ses bonnes grâces, a pu retarder la résolution que Sa Majesté avait prise de faire passer dans le printemps les troupes en Italie, rien ne sera capable de
PROJET DE TBAlTfr4:0NCERNANT CASAL.
9'0{^scr h leur passage dans l'automne, et de désarmer son juste reiiseiitiaient quand oUo aura appris que ce prince l^ve tout à fait le masque, et nt.> veut pas saulcmcnt écouler les conditions avantageuses et lioDorabtes qu'elle veut bien ajouter encore à celles qu'elle lui a déjà oiïortcs.
Cette dernière partie fait aussi le second moyen qui est l'espl^ranco de lui faire trouver, mCme dans la cession de Casai, de si ^ands adoucissements, qu'elle lui deviendra beaucoup plus utile que lu rétention et qu'outre lu protection assurt^e qu'elle lui donnent contre ses ennemis, elle le délivrera aussi de tous les périls auxquels il s'expose en irritjint Su MajesU!- Enfin, il faut que ledit sieur Morel s'étudie à rechercher toutes les voies imaginables pour entrer dans une nouvelle négociation, quand mfime il en iserait réduit k obliger seulement les ministres de ce prince d'entrer avec lui en discussion de tous les autres articles du traité, en attendant qu'il ait informé Sa Majesté de leurs sentiments sur celui de Casai.
Pour lors, il les obligera, premièrement, à rapporter réciproquement leurs pleins pouvoirs et à se les entrc-communiquer; il emploiera le plus de temps qu'il lui sera possible à convenir du préarabulc ; ensuite il examinera avec eux le premier article de leur projet, et, comme il n'y a pas une clause qui ne soit extrCmemonl déraisonnable, il n'aura pasîle peine à les combattre et faire durer assez longtemps toutes les difficultés qui naîtront des contestations que ce seul article formera.
Quand elles seront épuisées, il peut proposer aux commissaires, le premier article du projet, qui lui est remis, leur fera valoir les avantages que le duc on peut tirer, et, s'ils y apportent quelques diflicultés, les faire durer le plus longtemps qu'il sera possible.
Il en usera de mPme sur tous les autres arlieles, tant du projet du duc de Mantouc, que de celui de Sa Majesté ; mPlera sa négociation de promenades à la campagne et dans les villes voisines, pour gagner plus de temps, et profitera do tous les incidents que la nature de cette affaire pourra faire naître pour donner à Sa Majesté tout le temps qu'elle peut tlésirer
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pour l'exécution do ses desseins, même une année et plus, si elle le juge nécessaire. Et, comme la seule et uoiiiuo coaditioQ qui puisse Hre utile au Roi, dans ce traiti5, est la remise de Casai entre les mains de Sn Mnjcsttï, non sculemcnl elle donoR pouvoir audit sieur al)t>i5 Mord d'en convenir suivant le 3* article dudit projet, mais m<>n)e s'il ne peut p» réussir à le faire agréer, cite veut bien qn'il se serve el qu'il substitue audit 3' article, les deux autres sf^parés, qu'on lui remet entre leK mains cl qui sont inOnimcnt plus avnnla^'ux au duc de Mantoue ef plus h charge îi Sa Majesté que le f.
Tous ces moyens el luutc-s ces connaissances, Étant aussi bifO ménagés par ledit sieur Mon-I que Sa Majesté le doit atlenitre de son zMc et de sa capacité, pourront produire les effet» qu'elle en déaire, et elle continuera h. lui donner les insln tiens nécessaires lorsqu'il auni commencé h lui rendre \ compte exact de la négociation qu'elle lui coalic.
Outre les avis ordinaires que ledit sieur abbé Morcl donnl nu Hoi, de tout ce qui se passera dans la cour de Mantot l'intention de Sa Majesté est que, suivant l'ordre qu'elle donné à tous ses ambassadeurs et autres ministres qu'eUf dans les pays étrangers, il lui rapporte au retour de son emfq une relation exacte de ce qui se sera passé de plus imporli dans sa négociation, de l'état de In cour l't des pays de Mantoi des cérémonies qui s'y observent, soit dans les entrées, dans les audiences ou dans toute autre rencontre, du génie el des inclinaliona du duc et de ses minisLi-es, et enfin de tout M qui peut donner une connaissance porticuli&re des lieux o aura été employé, et des personnes avec qui il aura négt
Ainsi, il aura soin de préparer un mémoire de celle s en forme de relation de l'emploi que le Roi lui conlie, pourl remettre, h son retour, entre les mains de Sa Majesté.
Ftùi à Saint-Qer
n-Luifc, le 2i àftil 1680.