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PACIFICATION DE L'ITALIE

Les instructions suivanlus, dont le texte avait oEé concerté entré Ifcomte deîessGCt le ducdcSavoîe, Turent remises au père de Saluces. Colbcrl de Torcy venait d'Clre appelé au ministère des Affaires Étrangères.

MÉMOIHE AD PÈRE DE SALQSSE.

Aff. Èlr.Corr. Tnrin, toI. XCVÎI, fol. 172.

i7 août 1G96.

Bt coonoissance que Son Allesse Royale a Je votre zèle pour son service, de votre habileté et des habitudes que vous avez dans les Cours de Muotone, de Parmi; el de Modènc, qui peuvent beaucoup aider au succ&s de ses bonnes întonlions, l'a conviée à jeter les yeux sur vous pour vous cliarpcr de la commission suivante.

Sadile Altesse Royale dt'siro donc que vous vous rendiez auxdilcs Cours incognito, c'est-à-dire sous quelque prétexte apparent qui cache au public le vérilaljlc sujet de voire voyage ; car quand auxdils Princes, vous devrez le faire connoilre en particulier de la mani^ro la plus secrôle que vous pourrez.

V'ous leur avez déjà fait savoir son accommodement avec le Roi Très Chrétien; vous les assurerez présentement qu'avec le repos particulier de Son Allesse Royale, la vue de Sa Majesté et celle de sadite Altesse Royale sont de le rendre ^ l'Italie et à eux, particulièrcmcnl pour h» renvoi des troupes impériales et ftutres étra^g^r('s en Allemagne ; que les vastes desseins que la maison d'Autriche el l'Empereur principalement a en Italie, lui ont fait rejeter la neutralité qu'on lui a offcrfc à plusieurs reprises : de manière qu'il est évident qu'il tend il perpétuer les quartiers d'hiver eu Italie h la dépression des princes souverains dont s'anéantira peu î» peu l'autorité; de sorte qu'ils deviendront de simples vassaux ordinaires s'ils ne tâchent de profiter d'une occasion si favorable de se soustraire d'une telle sujétion ; c'est ce que vous tâcherez de leur persuader par les susdites et pareilles représentations dont vous vous servirez, vous accommodant au génie de ceux avec qui vous traiterez-

330 LE l'EUE DE SALL'CES, 16U6.

La grande diflieulU' (jin.' vous renconlrerez, c'est leur propiv roiblc&sc qui paroil leur rendre impossitlc de secouer le joug de la puissance de l'Empereur â leur i5^ar(l. Vous uc cumbuU trcz pas d'abord un obstacle si visible par oA vou^ dt^truinex la confiance que vous devez tilcber d'acqu<?rir auprès d'eux. Mais vous devrez leur insinuer qu'ils ne sauroieni rencontrer une. meilleure occasion que hi pn^senlc ; que le Roi Très Chrétien a .une armi^e formidable en Italie, qu'il est de concert avec nous d'y entretenir hiver et 616 pour tenir plus eu écbcc les troupes de l'Empereur, d'iît^pagne et des allït^s, lesquelles toutes ensemble sont inférieures h sa dite limitée, qui sera encore fortifiée par nos troupes. Vous leur ferez comprendre qu'avec de telles forces il suffiroit que lesdits princes s'unissent itvee Sa Majesté Trfts-Chr(îtienni- et Son Altesse Royale dans l'alliance, que, pour peu qa'ils y concourent, on fera pencher tellement la balance en faveur de la neutralité d't^ qu'elle s't^tahlira infailliblement. Vous leur direz qui Majesté Tr^s-Chrclienne ne désliv que les protéger en cet sein, et qu'ainsi, ne voulant pas mi>me rien faire dans cette ï qui puisse leur donner la moindre inqutt^tude. Elle a déjtAch^ M. le marquis de Cbamilly, son envoy*^ extraordinaire, àS gritnd-duc de Toscane; mais il n'a pas voulu qu'il parût à 1| cours (parlant pourtant singiilièrcracnt à teluî oil vous s devant qu'elle fût assurée que cela ne lui fit pus de peine i celte conjoncture, n'ayant pour objet que leur avantage, éloi^é de tout ce ([ui est capable de leur causer le moindre emburrus. Pour preuve de quoi, vous leur direz que ledit mtirquis de Cbamilly vous a confié sa lettre de créance qui' vous ferez voir. Ledit marquis se rendra auprès de ceux qui le trouveront bon; mais il y a apparence que les ducs de Mantoue, de Parme et de Mudèue aimeront mieux (éviter cet delat. En ce eas, vous tAcherez de leur persuader d'envoyer quelque personne de leur conliaace. f^enlilliomme, religieux ou autre, tel qu il leur plaira, secrètement tci ou h Florence, audit marquis de Cbamilly pour examiner les moyens de les meltre à couvert du toute violence des Allemands ou Espagnols, des quartiers d'hiver ou autres contributions qu'on pourroit exiger d'eus.

MISSION DE M. DE CHAMiLLY 3ai

Auquel cITel cl pour les uaimer avec fonderacnl, vous Ifur direz'quc Son Aitesse Uoyale a lieu d'csptîrer que le Papp fera lies pas cuDsiiiilrables, mCnic (ju'îl pnuvroU se déclarer chef «l'une ligue en Italie pour en procurer la neulralitf'. Aprfs quoi, vous les sonderez adroilenienl si, au eas que le but de l'Empereur ne fflt que de gagner les quartiers d'hiver cette année, ils voudroient s'en di^ehurger par une suiume d'argent p1 que les Iroupes allemande» et autres se retirassent d^5 cet automne, pour en informer Son Altesse Royale, parce qu'en tel cas l'on tadieroit de les aider et de les soulager en partie de ce poids.

Les lettres de créance de M. lu marquis de CfaamiUy qui vous sont confiées pour faire voir et rendre ensuite audit marquisou à M. le eonile de Tcssi!, outre une lettre qu'il vous remettra pour chacun desdîls princes, vous autoriseront suffisîiraracut pour Hra cru en ce que vous leur représenterez. Et, pour ce qui regarde Son AUesse Royale, elle vous fera remettre une lettre de M. le coaile de Tesai?, qui fera nienlion d'elle à M. le due de Mantoue, et on vous en remettra une de Son Altesse Royale pour M. le due de Parme et une pour M. le duc de Modtne.

11 ne sera pus nécessaire que vous gardiez dans l'ordre de voire voyage celui de leur rang, mais celui de votre chemin que vous prendrez par l'Étal de Gi^nes pour éviter l'État de Milan.

Si ie duc de Mantoue est encore à Venise, vous y pourrez, aller eïécuter votre commission auprès de lui, et s'il approuve que M. le marquis de Chamilly y aille incognito pour s'aboucher et traiter secrMemenl avec lui. vous le ferez savoir audit marquis qui sera à Florence.

Vous rtîudrez compte durant votre voyage dt lemps en temps selon l'occasion du succès, tel qu'il sera, de vos commissions adressant vos lettres pur Gf'nea îi M. de Louciennes, Envoyé de France auprès de cette république, et vous vous servirez du chiffre qu'on vous remet pourles choses qui exigeront le secret.

peine» paix ful-elle signée à Ryswick que l'attontion de la'cour de France se concentra sur l'ouverture, considérée eomme Imminente, de la succession d'Espagno. Les événements do la dernière guerre avaient monlré iiue. lorsque les Impériaux voudraient tenter quelque entreprise en Italie, aucune puissance ne serait en mesure de leur opposor une sérieuse résistance. Il était dés lors ù prévoir qu'à la mort de Charles II, l'Empereur cliercherait à s'emparer des provinces italiennes de la monarchie d'Espagne.

Ces préoccupations et l'inlérél que présentait, en cas d'hostilités en Italie, l'alliance du duc de Mantoue, par suite de la situation de sa capitale, décidèrent Louis XIV à envoyer M. d'Audiffret ' remplir auprès du duc Charles les fonctions de ministre de France, vacantes depuis le départ de H. Du Pré.

Les instructions remises, sous la date du i août 1698, par le marquis de Torcyau nouvel Envoyé du roi ne renfermaient aucune allusion aux négociations ■ qui aboutirent peu après k la conclusion du premier traité de partage (Il octobre 16H8). Muni de lettres de

i. J«uD-8aplistu d'Audiffrel, ulicvïlicr, (ils de Louis, consul do lu ville de Mar- ■cille, et de Loaiie d'Arène, se SI d'abord connaître par des traraui géograpluqai>s, el Di imprimer \ Pwïa, do 1688 i lûfli, une Géographie ancienne. modei-Ht et liislorique, en trois volumes. Nomme cnTOjé Gilraordinoire à Mantoue en 1698. il occupa c&suite les marnes Ton clionï en LorraÎDc del70î i 1732. et mourut à Nantir, le jailUt 1733, 1 l'Age de soiiante-aeiie ani.

1. Voir le niaumc dos ncgocislions relatives i la sncceasion d'Espagne da 1668 àiïM dan* la Recueil de» Intlrueiiom oui ambatiiadeurt eti Savoie-Sardaigne,

33i M. D'AUDIFFRET, Hl!l8-170a.

créanco pour les trois cours de Manlouc-, de l'arme ot di? Uodtaf, ' M. d'AudilTret devait, snns les presser do prendre» parli, se cunlrnlrr d'a-isurer les trois Princes de l'intér^-t de Louis XIV et de sod inlention de. les assister en eus de besoin.

Li: second truite do partage de lu succession ili' Cliurics 11, sîgnt^ les 13 et 2S mars 1700, Tut, sur l'ordre du Rot, porté par M. d'Audiffrel £i la connaissance des ducs de Mantoae, de Parm^ et de Modène <. L'agent français devait s'efîiircer, en même temps, de Taire comprendre à ces Princes que cet arrangement leur élnit fnTwral>lo. puisqu'il excluait l'Empereur de toute possession en Italie. Le duc Olinrlr.» accueillit cotte communication en disant « qu'il voyait avec piaisir » la paix assuriie par ce Iraili^, l'Empereur éloigné de l'Italie. M H. le duc de Lorruiuevcnir dans le duché de Hilun. et M. de Savoie « exclu de ce partage ' ».

La mort de Charles II (1" novembre 170») et l'acceptation du testament du roi d'Espagne par Louis XIV (11 novembre) curent un retealîssemenl immédiat dans les petites cours lomLardcs. Toussadtirent que la guerre était à la veille d'éclater- Cette fois le rôle séculaire des armées françaises dans la haute Italie allait se trouver renversé. Au lieu d'attaquer le Milanais, elles allaient, unies & celles d'Espague, avoir pour tichu de le défendre. L'Empereur asAcmblail OD IiiVte ses troupes. Il était, pour la France el pour l'Espagne, de la plus haute importance de gagner l'alliancy du duc de Hanluuc, et d'occuper fortement sa capitale, clé des plaines lombardus du câtd du Tyrol. Dans ces conjonctures, Louis XIV adressa h M. d'Audiffret les directions suivantes, sous la date du 29 décemlirc ÏTOO :

« J'ai reçu lu lettre que vous m'avez écrite le 11" de ce mois, ame u la réponse du duc de Hantouc h. celle que vous lui avez rendue dt- H ma part. Vous m'informez de la juste crainte de cePrince.clilesl a certain qu'il a sujet d'Être afarmé dans les conjunctureH présentes; » l'Empereur ne peut faire subsister ses troupes en Italie, si elles ne « s'emparent en arrivant de la ville de Huntoue, cl les Vénilîeos, u embarrassés eux-mêmes pour la dùfonso de leurs propres places, u ne sont pas en état de donner des secours. II ne peut donc se « garantir que par le moyen de ceux que j'envoie présentement pour « la défense duMîianiiis, et, par les troupes que j'y ferai passer encore ic dans la suite, il n'aura rien h craindre pour Manloue, aussitâl 1' qu'elles seront tlans cette ville. Vous lui direz donc que je cr*m •• très important, pour sa sùrelé el pour prévenir les entreprises des « Allemands, qu'il reçoive mes troupes et relies d'Espagne dans a

t. Lauiii XiV 1 iI'.^DdiOrct. îâ n «ol. XXV. fol. 131 cllîS.

i. U'Audiffrst & Louis XIV. tll ji

1 lîOU. ,VÛ. Kir. Cûrr. U^ntou''

SL'CCESSION D'ESPAGNR.

« capitale, si l'Empereur persiste dan^ le dessein di? faire marcher Il tes siftnoes ea lUilic. S'il craint 1r rcsseotissnmenl de cp prince. ■ il pourra dire que, n'ëlanl pas on état de me rc'sisLor, il a été ubligê do faire ce que j'ai demandi^ pour In sûreté de l'Italie. Au reste, a ramme je n'ai d'autre vue que d'ymaialenir le repos, je m'enga};e- H rai de la mani^rir que le duc de Mnntuue pourra le désirer, à retirt'p n mes truupes de cette ville, aussitAt que la tranquillité de l'Ilalie « sera bien affermie ' «

Au méin<> moment, le Itoi prescrivait au cardinal d'Eslri^es de se rendre d'urj^eanc & Venise et auprès des Princesde la Lombardie pour les rairi' i-Mn-r dans une ligue avec la France et l'Espagne *. H. d'AudiiTret prit une part active aux négocinliuns qu'engagèrent ensemble à Venise, en janvier 1701, lecardinalet le duc du Hanloue, et qui abiiuLirent & la conclusiiiu du traité du 22 février 1701. Le 5 avril suivant, les troupe» frauçaisus el espagnoles investirent Hontoue ; après plusieurs pourparlers, et lu menace d'un bombardement, faite pour la forme, elles furent introduites dans la place. La conduite du duc de Manloue causa la plus vive irritation à In eour de Vienne.

Va décret do l'Empereur, un dutu du iO mai 1701, le mil au b;in de l'Empire, dûclara confisqués tous ses biens alludîaux, et enjoignit i tous ses ofltciers di> lui refuser obéissance.

Pendant ce tomps, l'Europe se divisait en deux camps. Le duc i!i' Savuiv, le Portugal, les Électeurs de Bavière et de Cologne, les ducs de Brunswick-WolfeublUlel et de Saxo-Gotha, l'ôvéquc de Munster prirent le même parti que le duc de Mantoue, et s'unirent il Louis XIV. Parles traités du 7 septembre vl du 30 décembre 1701. l'Empereur s'assura l'alliance de la Grande-Rretagne, des Pays-Ras l't de la Pmsse, alliance dans laquelle cnlrèrent ultérieurement le Portugal, la Suède et la Savoie,

Dèfl la Un de ma! 17DI, les Impériaux se Irouvèrenl en force pour s'avancer en Lombardie. Dans le courant de l'été, les troupes françaises et espagnoles subirent deux échecs à Carpi et à Cbiuri- Le H décembre, les Allemands commencèrent le blocus*de Manloue, défendue par une garnison franco-espagnole, sous les ordres du comte de fessé. Pendant tout l'hiver, le duc Charles et sa cour, U. d'AudiUret et le marquis de Monteleuue ", ministres d'Espagne, demeurêreul enfermés dans la capitale du Manlouan. La garnison se compurta vaillamment, tandis que le dui' et ses courtisans con-

I. Ifluia XIV â d'Audiffrot, Aff. Étr. Coït. Mnntouc, toi. XXV, loi. i^t! 1. Voir le cbaiiitro siiïTatit.

1. Iisidore Caz.ido, iiiarquia de Monleleane. Cf. Ilccueil da taêtruclipt: imbaitaiteurs de France en Savoie-Sardaisni: l. I, p. 317.

33G M. D'AUDIFFRRT. 1C9R-170S.

linuaieoL 1i>ur vie de disLraclJons et de plaisir '. L'incapable Villproï, commandaDt en cher des truupes Traoçaises, ayant i^lé surprU cl fait prisonnier ù Crénmne (1" f^Trier 1702), le duc de VendrttHC fut désigné pour commander les forces dos deux couronnes en Italie. Les manœuvres habiles du nouveau général Ruffirenl pour forcer les Allemands ù lever le blocus de Manloue (23 mai 1702.

Le tijuin, M. dAudiffrel quitta la résidence du duc Charles i>our rentrer en Prance. 11 laissiiil la gérance 4 M. Liesse, son secrétaire.

HÉMOntE FOUR SERVIR D*[NST»DCTtOH AD SIEtJR d'aUUFFRET, ENVOTÉ EXTRAORDINAIRE DD FOI AUPRÈS DQ DCC DE MANTOITE.

AU. Èlr-, Corr. Manloue. vol. XXV. fol, 3.

Versailles, le 4 noAt IGWt.

La dernière guerre a douné lïmi à l'Empereur do former sur t'Kalie des projets dont il n'avoit pas encore pam que ce Prince ail la pensée. Le peu d'opposition qu'if a trouvt? dans l'exécution l'a confirmé dans les nouvelles vues qu'on lui avoit fuit naître, et le succÈsn'en •'■toit pas éloigné, lorsque le Roi le contraignit, en l'année 169tl, de faire repasser ses troupes en Allemagne. Les prétentions, que ses ministres ont continué tic soutenir en Italie et h Rome m'orne, font assez voir qu'il n'iibandonne pas l'espérance d'y faire un jour reconnoilre son autorité. Et, comme la mauvaise sanlé du Roi d'Espagne a fait encore, depuis quelques années, que l'ouverture de cette grande succession ^'étoit pas éloignée, l'Empereur s'est principalement attaché à s'assurer dos États d'Italie dépendant de Is couronne d'Espagne.

Pendant que ses ambassadeurs à Madrid tâchoient d'y réussir par la négociation , les ministres de ce Prince en Italie prennent d'autres routes pour y établir son pouvoir. El, comme il est très important au service du Roi d'être exactement in-

PROJETS DE L'EMPEnETR EN ITALIE. 337

formi? do toutes lours tiL-marchos, do faire voir aux Prînce.s d'[tali'< leurs vi^rilables inténîU, Sa Mnji'sll" a JHg*^ îl propos d'augmenter le nombre des Envoyés qu'Elle a présentement auprès d'eux : ainsi, eonnoissant le z^te et la capacité du sieur d'Audiffret, elle l'a nomtuiî pour aller de sa part en qualité d'Envoyé estmordinaire auprès du duc de Mantoue.

Plusieurs raisons ont porté Sa Majesté h fixer le séjour du sieur d'Audiffret aupr&s de ce prince. Li premii-re est celle de Caireclton qu'elle a pour le duc de Mantoue, fondée sur les sentiments qu'il fi5moigne depuis longtemps pour ce (|ui regarde les inlérMs de Sa Majesté.

Secondement, Elle avoil un Envoyé auprès de lui avant que tes Allemands se fussent rendus maîtres de son pays par les quartiers qu'ils y occupoient. Et, Sa Majesté ne rappela le sieur Du Pré que lorsque ce Prince lui fit connoîtrc qu'il n'éloit plus en son pouvoir de répondre Je sa sftreté au milieu des officiers des troupes de l'Empereur. Enfin, il n'y a point en Italie de ville plus importante par sa situation, plus propre h faciliter les desseins de l'Empereur, s'il s'en rendoit le maître. Ainsi DD Envoyé du Roi sera plus attentif que personne à découvrir les intrigues secrètes des partisans de l'Empereur, et par les aVis qu'il en donnera à Sa Majesté-, elle pourra prévenir des inconvénients auxquels il est difficile et souvent impossible de remédier lorsqu'ils sont arrivés.

Le voisinage du Milanois lui donnera lieu d'i^lre informé de ce qui s'y passera. El, comme les projets de l'Empereur regarderont principalement cet Etat, qu'ils seront apparemment concertés avec le gouverneur de Milan, on pourra juger par les ordres qu'il donnera, et par les préparatifs qu'bn lui verra faire, des mesures quel Eniperenr aura prises. Ainsi, l'application du sieur d'Audiffret doit présmleracnt se renfermer tout entière i. bien informerle Roi de tout ce qu'il poun'a découvrir sur ce sujet. Les Princes d'Italie ont une telle ci'ainte de s'attirer le ressentiment de l'Empereur qu'il a été inutile, jusqu'îL présent, de leur proposer de former ensemble des liaisons pour leur sûreté commune.

Le duc de Mantoue est trop faible, et son pays u trop

RECITEIL DES INSTR. DIPI.OM. X\ — 32

338 M. D'AUDH'FRET, 16fl8-17iia.

souffert des violences des Allemands pour donner aux autres Princes l'exemple d'une pareille associalion. El, il n'y en a pas un d'eux qui veuille faire la première, démarciie. quoique tous conviennent de l'utilitcS dont elle leur scroit. Il faut encore attendre que le temps et les différents événements leurfiissvnt prendre des résolutions plus fermes et plus conformes fi leurs véritables intérêts. Les Vénitiens changeront peut-être de sentiment si la paix avec le Turc, délivrant cette république des embarras d'une guerre qu'elle soutient avec peine, lui permet de s'appliquer davantage aux allures d'Italie.

Il suffit cependant que le sieur d'Audiffret parle sur eel article en termes généraux au duc de Mantoue, que sans le presser de perdre aucun engagement il se contente de lui dire que Sa Majesté est toujours également disposée à eontribuer, aulant qu'il dépendra d'Elle, au mainlien du repos des Princes d'Italie; qu'EUe a fait voir que la tranquillité dont ils jouissent étoit le seul objet qu'EUe s'étoit proposé, lorsqu'Elle obligea l'Empereur à retirer ses troupes, qu'EIlcne souhaite pas moins de la conserver et que les Princes d'Italie îa trouveront toujours également portée ù leur donner les assistances nécessaires pour conserver leur liberté.

(Juoique le principal motif du traité fait en 1681, no subsiste plus depuis que le due de Mantoue est rentré en possession de la ville de Casai, Sa Majesté fait cependant remettre une copie de ce traité au sieur d'Audiffret. Elle est nécessaire pour lui faire voir quel sera le fondement des demandes que le duc de Mantoue lui fera certainement à son arrivée,

La première et la plus vive sera celle du paiement de la pension de soixante mille livres qui lui est promise, par le 14' article de ce traité. Les dépenses immenses que le Roi a été obligé de faire pondant la dernière guerre n'ont pas permis à Sa Majesté de faire payer régulièrement cette pension au duc de Mantoue. Elle lui a souvent fait remettre des sommes particulières à compte de ce qui lui étoit dii. Mais, comme après une guerre aussi longue et aussi difficile que celle qu'EUe a glorieusement terminée, il faut du temps pour satisfaire aux dettes contractées, et pour l'établir l'ancienne abondance dan^

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