‹ Savoie-Sardaigne et MantoueChapitre 24 sur 224 · S6 LE MARQUIS DE CHAUVELIN, 17SS-I76S. ^H · texte numérisé non relu

S6 LE MARQUIS DE CHAUVELIN, 17SS-I76S. ^H

guées dont il a plu à Sa Majesté de l'honorer, soit comme lieutenani général de ses armées, soit comme son ministre plénipotentiaire auprès de la république de GCnes, ont déterminé Su Majesté à lui donner de nouvelles marques de sa bienveillance, en lui confiant la commission importante do son ambassadeur à la Cour de Turin. La saine politique prend toujours pour base de ses opérations les règles de la probité la plus exacte. Ce principe adopté par le sieur chevalier de Chauvelin, et qu'il a si constamment pratiqué, le conduira infailliblement à gagner la confiance de Sa Majesté Sarde et de son ministre. Le roi de Sardaignc ne pourra pas se refuser à la générosité des sentiments du Roi à son égard et k la vertu du ministre qui les lui exposera de la part de Sa Majesté.

Le Roi ordonne au sieur chevalier de Chauvelin de se rendre inressamment à Turin ; et, dans les premiers temps de sa résidence, il s'attachera particulîf'rement à tout observer, et à se procurer les connoissances les plus exactes sur le caractère, les vues et le système politique du roi de Sardaigne ; sur les talents, les qualités et les inclinations des dilîérents ministres auxquels il confie l'administration de ses affaires, sur le degré de faveur cl de crédit qu'ils ont auprès de leur maître ; sur le plus ou le moins de correspondance et d'intimité qu'il entretient avec les autres puissances, et en particulier avec les cours d'Espagne, de Vienne et de Londres.

Le aieur chevalier de Chauvelin examinera surtout si les insinuations qu'il aura faites au sieur chevalier Ossorio, auront eu leur effet, el si les procédés de la cour de Vienne ont indisposé le roi de Sardaigne, au point de le déterminer à se lier avec la France.

L'ambassadeur du Roi se tiendra toujours dans une grande réserve, et si on lui faisoit quelque ouverture sur ce point, il se contentera de dire qu'il en rendra compte à sa Cour; mais en même temps, il renouvellera, en termes généraux, les assurances les plus fortes de la tendre amitié de Sa Majesté pour le roi de Sardaigne, et de l'intérêt sincère qu'elle prendra toujours à tout ce qui pourra avoir rapport k la gloire et aux avantages d'un prince qui lui appartient de si près,

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lequel elle n conslamment conservé «ne considération et une estime particulières. Enftn, le sieur chevalier de Chauvelin s'expliquent dans toutes les occasions, de manière à persuader que le Roi n'a rien plus à cœur que de cimenter l'amitii^ et la bonne intelligence avec le Roi son oncle, et que Sa Majesté désirant très sincèrement d'établir sur un pied solide, l'union qui doit régner entre les deux cours de France et de Turin, elle ne refusera jamais de se prêter à toutes les mesures qui tendront à ce but.

On remet au sieur chevalier de Chauvelin doux nfiémoires, ir^nlenant les notions qu'on a trouvées dans les papiers des AiFalres Etrangères, au sujet du cérémonial qu'il aura à observer ou à exiger, pendant qu'il résidera h Turin. Il aura soin d'informer exactement Sa Majesté de la façon dont il se sera conduit à cet égard, et de rendre compte successivement dans la suite et par des lettres séparées, de tout ce qui aura rapport à cet objet auquel les ministres du Roi dans les cours étrangères ont souvent négligé de donner toute l'attention qu'il mérite. L'intention de Sa Majesté est qu'ils se prêtent sans difficulté à tous les expédients qui peuvent faciliter leur correspondance, tant avec les ministres du Prince auprès duquel ils résident, qu'avec ceux qui sont employés à la même Cour de la part des autres Puisssnces. Mais il ne faut jamais que cette complaisance porte atteinte aux prérogatives et aux droits essentiellement attachés au caractère et aux fonctions d'ambassadeur de Sa Majesté.

La lettre du Roi, qui accompagnera cette instruction, el que Sa Majesté écrit au roi de Sardaigne, pour accréditer le sieur chevalier de Chauvelin, sera remise par cet ambassadeur dans la première audience particulière que ce Prince lui donnera, et !e sieur chevalier de Chauvelin exposera au roi de Sardaigne dans les termes les plus forts et les plus persuasifs. les sentiments de Sa Majesté à son égard, le désir sincère qu'elle a de lui donner les preuves les plus sensibles de son amitié, et d'entretenir avec lui cette union intime et cette intelligence réciproques qui conviennent si parfaitement entre deux princes ■oîtement unis pur les liens du sang.

se LE MARQUIS DE CHAUVELIN, 17»3-1705.

Los compliments que le sieur chevalier de Chaiivelin adressera au duc et à la duchesse de Savoie, au duc de Chablais, au prince de Piémont, et aux princesses leurs sœurs, seront conçus dans le m6me esprit.

Il est toujours nécessaire à un ambassadeur dacqu^rirà la Cour diins laquelle 11 réside, ta connoissance la plus exacte du caracltre et des inclinations des personnages qui y jouent les plus grands rôles, et qui ont la principale influence dans les alTaires publiques. Le sieur chevalier de Chauvelin apportera tous SCS soins, pour se procurer à cet égard des lumières sûres. Sa Majesté attend de lui, qu'il lui fera un tableau au vrai de la cour de Turin, et que les ministres pidmonlais, quelque habiles qu'ils puissent Cire dans l'art de dissimuler, ne pourront pas, néanmoins, se soustraire à ses recherches et à sa pénétration.

Cependant, il est à propos que le sieur chevalier de Chauvelin soit instruit dos notions qu'on a eues du caractère du chevalier Ossorio, ce ministre étant celui avec lequel on croit que l'ambassadeur du Roi pourra traiter avec plus de succès.

C'est un homme d'esprit, intact pour lu droiture et la probité. Il n'est porté d'inclination, ni pour la Cour de Vienne, ni pour celle d'Espagne, ni pour les Génois. Il n'en est pas ainsi à l'égard des Anglois : mais le goût qu'il peut avoir contracté pour une nation chez laquelle il a joui d'une grande considération pendant le séjour qu'il y a fait, n'empôche pas qu'il n'ait adopté les sentiments du sieur marquis d'Orméa, par rapport à la France, qu'il regarde comme l'allié le plus utile que le roi de Sardaigne puisse avoir. Il est fort éclairé sur les intér<^ts de son maître, fort jaloux de son indépendance et de sa gloire. Il pousse ses sentiments, à cet égard, au point d'être quelquefois pointilleux et difficullueux; el cette connoissance doit porler le sieur chevalier de Chauvelin à des ménagements et a une attention particulière, pour éviter tous reproches et tous blÂmes qui pourroient le blesser par un endroit aussi sensible.

Le sieur chevalier de Chauvelin ne doit regarder ce qu'on vient de dire au sujet du sieur chevalier Ossorio, que comme une

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