MISSIONS A MODENE ET A MILAN
que je loi remets pour M. de Covaruvias. il se présentera aossi à M, le comte Christiani' ; mais sans avoir l'air de la négliger, il ne cherchera point avec empressement à s'introduire familii>rement chez lui. Dans le cas môme, où ce ministre paroifroit vouloir l'attirer, il répondra à ses avances avec politesse et respect, mais il en usera avec retenue et circonspection ; ne perdant jamais de vue que le comte Christian! est un homme hn, péni^trant, et soupçonneux, qui épiera toutes ses démarches et tous ses discours, et qui, de Turin mCme, aura sur lui les informations les plus précises.
Si, par hasard M. le duc de Modënc, ou directement, ou par le canal de ceux qui ont part à sa confiance, vouioit sonder M. l'abbé de Villefoads et paroissoit vouloir s'ouvrir sur sa situation, sur ses vues et sur ses inclinations, il aura grand soin de se défendre de ces insinuations, qui peuvent couvrir quelque pi^ge. U se renfermera dans les réponses les plus simples, disant toujours qu'il n'est chargé de rien, qu'il n'est autorisé à rien ; qu'il y auroit ft lui de l'imprudence et de l'indiscrétion même, à écouter des ouvertures qui ne doivent point s'adresser k lui. Si cependant elles étoicnt marquées et multipliées, il m'en donnera avis, par une voie prompte et sûre, et alors je lui manderai la conduite qu'il devra tenir en conséquence.
Pendant son séjour à Milan, dont je ne saurais fixer la durée, il cherchera à pénétrer le degré de la mésintelligence qui subsiste entre M. le duc de Modéne et M. le comte de Christiani ; l'objet des conférences de Vaprio et leur progrès; les mesures que prend l'Impératrice pour la sûreté de la Lombardie ; la quantité de troupes qu'elle y entretient ; ses liaisons avec les Vénitiens et le roi de Sardaignc ; l'espèce de confiance qu'elle peut avoir dans les dispositions de ces deux Puissances, les ressorts et le degré de l'intimité établie entre M. le comte de Bogin et M. le comte Christiani ; les relations de ce dernier
I. L« comte ChrisUinî, seigneur de RaTai'ïno. éuil conseiller înlinie de llmpitnirice Mari»-ThérèBe. grand chancelier de Lomhardio. Tice-gouverncur du duché de liuione et suriuUnduil géDâril das postas de 8a Majestâ Impérîiile ou
•0 L'ABBE DE VILLEFOSDS, 17S5.
avec M. le marquis Botta' ; les vues de la cour de Vienne sur
la revendication et l'administration deâ Gefâ imp^naos, l'état actuel des représentatioas faites k ce sujet par les feudataires de la Luneçiane ; la manière générait- dont les discassions de la France et de l'ADglefen-e sont envisagées; la sensation qn'oot excitée les procédés et les progrès des Aoglois dans l'Amérique septentrionale; les préjugés qu'on se forme de la conduite de l'Espace et dn roi de Prusse. En un mot. il observera d'un œil curieux, attentif et circonspect, tout ce qui a trait aux intérêts généraux de la France el aux circonstances particulières. Il no négligera pas aussi de s'informer de l'étal des places fortes de la Lombantie, et tâchora surtout de découvrir les mesures que la cour de Turin paroilroit vouloir prendre dans les conjonctures actuelles, et dans celles qu'elle doit prévoir.
M. l'alibé de Villefonds sentira mieux que personne avec quel soin, quelle adresse et quelle réserve il doit se procurer CCS différentes notions. Il ne doit point avoir un empressement dangereux de les rassembler. D vaut mieux qu'il soit quelque temps inutile, que de se reudn^' suspect prématurément. Il faut qu'il sacrifie dans les premiers moments même les mouvements de son zèle à la nécessité de s'établir la réputation d'un voyageur sans conséquence. Le prétexte de sa santé peut lui servir à prolonger son séjour. Si la durée en dcvcnoit suspecte, alors il mèneroit une vie sédentaire et retirée qui poarroit> en même temps, n'être point oisive. S'il s'apercevoit qu'on examinât sa conduite, ses discours et son travail de cabinet, il pourroit, suivant les circonstances, ou se répandre davantage, ou laisser passer un ordinaire sans écrire, pour caractériser son inaction. En un mot, sa prudence lui suggérera les différents moyens de prévenir, d'écarter el de dissiper la défiance.
Si, malgré ses précautions, il devenoil suspect, ce seroil
I. Antoine^OlliOD. marquis de BoUa-Adorno (I6t8-1774|, général MilricliiBD. ■mbaisadenr en Rn»ie, conmnnd»m en chef lei armées aotrichienna* «d lUlïe en tlW. l'empari de Géoet la même année. 11 était alors feld-nurédial dans Im arméei antrichiennet et commUsaire impérial en Italie.