LE GARDE
Le peuple a pénétré dans le palais. Mais la garde a solidement barré le grand escalier. Elle repousse les mutins.
MARTINI Dieu soit loué! Continuez, messire Vespucci.
Abrégez!
Abrégez!
SPINI
TADDEI
VESPUCCI
Je vous ai dit que je veux la loi. La loi de Florence, conforme aux lois de tous les Etats chrétiens, exige que l'on ne condamne point les accusés sans les entendre. Vous a^'ez ouvert l'oreille à toutes les accusations. Soyez équitables! Ecoutez aussi ces malheureux, je vous en supplie! Ne permettez point qu un jour on vous reproche votre précipitation. Vous savez, que le peuple est soupçonneux et changeant, et qu'il hait l'injustice, d'oij qu'elle vienne. Songez que vous représentez ici la politique du saint frère Jérôme. Craignez de l'offen-
ser, craignez d'irriter le parti populaire si par votre faute on accuse plus tard la République chrétienne d'avoir violé les lois et foulé aux pieds la justice. Au nom de la justice, au nom de votre honneur et de l'honneur de la République, je vous en conjure, faites comparaître les accusés devant vous !
MOSSO Cette demande est équitable.
BONCORCI
Nous avons depuis quatre jours interrogé les accusés à loisir. On veut gagner du temps pour perdre la République.
S.\NGALLO Il est toujours bon d'observer les formes.
MARTINI Mes chers collègues...
BONCORSI Non! Non!
BEL MONTE
A quoi bon'. N'ont-ils pas dit ce qu'ils avaient à dire?
TADDEl
Le jugement! Passons au jugement!
MARTINI
Les prisonniers se trouvent sous bonne garde dans la salle voisine. Faisons-les entrer. On ne les interrogera que si cela est nécessaire.
SPINl S'il le faut, pour en finir...
SANGALLO Soyons humains, messieurs, soyons humains!
MARTINI
Gardes, faites entrer les prisonniers. {On les introduit.)
BELMONTE Voilà ce que je craignais.
TADDEl L'affaire prend une tournure singulière.
MARTINI Continuons, messieurs.
VESPUCCI
Voilà ces hommes qu'on vous demande d'envoyer à réchafaud. Vous les voyez chargés de chaînes comme des voleurs, amaigris par les souffrances et l'insomnie. C'est ainsi que demain le peuple les verra passer, entourés de piques, aux chants mortuaires des prêtres. Le peuple aura pitié, car il se rappellera qu'ils appartiennent à des familles illustres. Ce vieillard, Bernard del Néro...
VALORI C'est un traître! Hors de ma vue!