SCÈNE VIII
Les Mêmes, plus YYAN.
YVÀN.
Une lettre pour vous, colonel.
LE COLONEL, vivement à Aniouta.
Tu vois bien, il est trop tard !...
A NIOUTÀ, allant prendre la lettre vivement et la donnant au colonel.
Qui sait?... (Regardant la signature.) Du général Vorouine...
LE COLONEL, la lai rendant.
Lis, toi!...
ANIOUTA, lisant.
if Mon cher colonel, au moment où je vous écris, votre » adversaire a dans la jambe gauche une balle ,qui le gêne » fort... »
LB COLONEL
Que signifie?...
ANIOUTA, lisant.
« Excusez-moi de vous avoir privé du plaisir de la lui » envoyer vous-même... mais j'étais votre général de brigade » au Caucase, et l'insulte d'hier soir s'adressait autant à » moi qu'à vous. Vous deviez vous battre à neuf heures 9 avec le colonel Lomof ; je me suis battu avec lui à huit
> heures... Mis tout récemment à la retraite, j'en avais le » droit... »
YTAN.
Ahl c'est bien, celai
AN 10 UT A, continuant.
« Je ne vous en ai rien dit, car j'étais décidé à ne pas » céder, et nous aurions peut-être été obligés de nous battre
> tous les deux pour savoir lequel de nous se battrait avec » l'autre... ce qui eût été absurde... »
YVAN
Je crois bien I
ANIOUTA, continuant.
« Pardon de vous avoir ainsi coupé le duel sous le pied, » et croyez-moi bien voire... • Le brave général 1 comme je Tenibrasseraisi
LE COLONEL
Petite folle!... £t moi?... (Anioatava pour ^embrasser, puis s^arrête, rougissante.) Eh bien...
ANIOUTA.
Je n'ose plus maintenant...
LE COLONEL
Maintenant?... Oui ! ce gros aveu... Allons, parle franc!... tu savais que j'allais me battre... c'était un moyen de me retenir, pas autre chose...
Croyez- vous?
LE COLONEL, un peu triste.
Je crois, ma chère Aniouta, que je suis votre tuteur, que j'ai quarante ans, vous vingt-trois... et que votre tante la douairière Raïssa Paloiïna serait très étonnée et très pea
contente si elle apprenait que ce mari que je m'étais engagée à TOUS présenter...
ANIOUTA^ sans répondre, à Yvan qui est resté dans le fond de la
«cène.
YvanI
TYAN, s'avançant.
Votre Seigneurie?
ANIOUTA.
Réponds franchement. Qu'est-ce que tu détestes le plus au monde?
TTAN, regardant le colonel»
Les coups de cravache 1
ANIOUTA.
Et qu'est-ce que tu aimes le mieux?
TYAN, avec élan.
Le kwass I
ANIOUTA.
Et dans quelle circonstance un brave moujick boit-il le plus de kwass ?
Coup d'œil d'intelligence d'Aniouta.
TYAN, regardant alternativement Anioata et le colonel.
Le jour du mariage de son maître... à sa santé I...
LE COLONEL, furieux.
Yvan 1... (Joyeusement.) Eh bien oui 1... Ta as raison!... (a Aniouta.) Chère Aniouta, je comprends maintenant ce que je n'osais m'avouer à moi-môme.... Je t'aime...
n va pour l'embrasser, s'arrètant* ANIOUTA.
Ehbien?..,
LE COLONEL
C'est moi qui n'ose plas maintenant... (Lni baisant respec taensement la main.) Je VOUS aime, madame!
ANIOUTA.
mon cher, cher ami! Béni soit maintenant ce duel manqué!... Nos deux cœurs étaient pleins... c'est lui qui les a fait déborder... comme la goutte d'eau fait déborder le vase...
Elle s^appuie sur sa poitrine.
TYAN, à part, gaiement.
Eh bien, vrai, ce n'était pas la peine de briser une voiture, de casser la jambe d'un cheval et de risquer ses os... (Montrant le colonel et Anioata.) quand OU pouvait Commencer par là 1