‹ Saynètes et monologues (volume 2)Chapitre 16 sur 77 · VOUS · texte numérisé non relu

VOUS

LUI

Mon Dieu, je pensais...'

ELLE

A rien... Non, à quelque chose?

LUI

Oui, mais c'est difficile à dire, ou plutôt, peut-être, à comprendre.

ELLE

Merci.

LUI

A... faire comprendre : c'est si vague et si précis tout à

la fois, la pensée... (Elle lui sourit en signe de pardon. Lui, très sincère et avec une grande bonhomie.) Je réfléchissais... à tOUtCS les choses... (ll s'assied à droite près de la table.) CharmaUtCS...

que je vais pouvoir me rappeler cet hiver.

ELLE

Quelles... choses?

LUI

Eh bien mais... ces deux mois, passés ici, avec vos amis, à la campagne.

ELLE

Vous la détestez, la campagne.

LUI

C'est vrai mais, d'abord, n'est-ce pas vous qui m'avez invité à y venir et le devoir d'un galant homme, n'est-il pas, avant tout...

ELLE

D'être poli?... Etes-vous assez malhonnête!... Ensuite..?

LUI

Ensuite, comme j'adore Paris, vous le savex, et comme^

à un moment donné, on se fatigue toujours un peu de ce qu'on aime le plus et le mieux, je n'ai pas 6:6 fâché, je l'avoue, d'y venir quelque temps, à celle campagne, pour y retremper d'autant mon amour de la ville.

ELLE

C'est du Machiavel. Mais, quel plaisir, alors, pourrcz-vous prendre, une fois que vous y serez réinstallé, dans votre ville, à vous retracer des tableaux champêtres?

LUI

C'est bien simple : je ne les aurai plus.

ELLE

Oh! oh! Mais non, ce n'est pas simple, c'est très compliqué, au contraire, votre... système. (Eiie se lève, va à la

cheminée prendre une pelote de soie quVlle a d'abord cherchée snr la table, pais se chauffe les pieds, debout.) Ainsi, VOUS prétendez...

OU plutôt, non : vous êtes comme les enfants, tout bonnement, lesquels ne veulent jamais que ce qu'on ne peut pas leur donner, être à hier, par exemple, ou bien avoir la lune.

LUI

Eh! les enfants sont les seuls êtres vraiment sensés que je connaisse! Quant... au désir d'avoir la lune, lorsque j'étais petit, je ne mangeais jamais ma soupe que tout à fait refroidie, tant je m'absorbais dans la contemplation des nuages de la fumée. J'aime toujours les nuages.

ELLE

Vous devez être très malheureux.

Elle vient se rasseoir à sa place.

LUI

Profonde erreur!... (ii se lève.) Il n'y a de réeliemont bon que ce qu'on ne lient plus ou ce qu'on ne lient pas encore; ce dont on peut se souvenir, quitte à regretter, et ce

qu'on peut espérer... quitte à désespérer... comme TaQiant de la belle Philis !... Je vous disais que j'aime les nuages? une fois, je les ai traversés en ballon; ça a failli m'en dégoûter pour la vie. L'ombre, voyez-vous, il n'y a que l'ombre.

ELLE

Alors, la proie?

LUI

Peuh ! je n'ai jamais été grand chasseur.

Il remonte.

ELLE

Ahçà, mais décidémont, vous causez, vous? Depuis deux mois, c'est la première fois que je m'en aperçois.

lu), au fond.

Le moyen de placer un mot ! vous étiez si entourée.

ELLE

Ne faisiez-vous pas partie de l'entourage ?

LUI

Moi, c'est différent.

ELLE

Bahl

LUI

Sans doute!... Il y avait là un tas de messieurs, de dames, de demoiselles!... C'était un bourdonnement, un tapage, un tumulte!... du matin au soir, tout cela chantait, courait, dansait, criait, mais... mais ne causait jamais, (ii descend à droite, seulement jusqu'à la table.) Je me rappelle avoir quitté un appartement... adorable, ayant vue sur de grands jardins les plus beaux du monde parce que, non loin, était une caserne et qu'on entendait continuellement le tambour. Ce que le soa

du tambour chasse la pensée, c'est inioMkginable, monstrueux 1

Alors, c'est... quelque chose comme un souvenir de caserne que vous allez emporter d'ici, pour votre hiver ; un souvenir de garnison ?

LUI

Oh!

ELLE

Dam.

Un silence.

LUI, prenant son chapeau sur le piano.

Et... c'est... toujours demain que vous quittez la campagne ?

ELLE

Cette demande! Puisque nous prenons le même train : dix heures quarante-neuf; ah ça ! Où êtes-vous donc?

LUI

Moi, je...

n redescend, le chapeau à la main.

ELLE

Gomment, vous vous en allez..?

LUI, montrant la pendule.

Dam... oui...

ELLE

A huit heures et demie?... Pour un homme qui déleste le bruit, vous n'aimez guère le calme. Du temps qu'il y avait tout ce tas de monde si tapageur, hier encore, alors que vous ne trouviez pas le moyen de placer un mot, vous ne vous retiriez jamais avant onze heures, jamais... et au-

jourd'hui que, pour la première fois, nous pouvons causer, puisque nous ne sommes que tous les deux...

LUI

Justement....

ELLE

Est-ce que vous craindriez de me compromettre?

LUI

Je craindrais... d*en avoir l'air.

ELLE

Oh ! mon ami I... vous nous calomniez... car je ne veux pas vous faire l'injure de vous croire un fat... Allons, posez votre chapejau, et, tenez, mettez une bûche au feu. (ii obéit.) Et, racontez-moi toutes sortes de belles histoires... Continuons de causer tandis que je travaille.

LUI, toat pensif devant sa broderie.

Oui... à ce machin-là.

ELLE

Ce machin-là, mon écran ! qui sera si joli, quand il sera monté... n'est-ce pas?

LUI

Très joli, oui.

Ça ne vous plaît pas?

Si, si, au contraire...

ELLE

LUI

ELLE

Seulement?... — Il y a un seulement... dans votre voix, dans vos yeux.

LUI

Pas le moins du monde, je vous assure.

ELLE

Tiems, vous mentez?... Au fait, puisque vous causez!. . Mais, voyons, soyez franc : qu'est-ce qui vous clioiiuo, qu'est-ce qui vous déplaît?

LUI

Eii !... je cherche...

ELLE

Vous voyez bien... ! — La couronne de fleurs ?

Oh ! non; elle est d'une grâce parfaite; c'est harmonieux, c'est léger.

ELLE

L'écusson ?

LUI

Non plus; il est bien.

ELLE

Le fond?

LUI

Il est bleu : couleur de ciel.

ELLE

Vous auriez voulu... quelques nuages, peut-être?

LUI

Oh!

ELLE

Avec un petit ballon?

LUI

Vous êtes méchante.

ELLE

Alors, quoi?

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