‹ Saynètes et monologues (volume 2)Chapitre 28 sur 77 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

PAUL. Au lever du rideau, il entre par la porte du fond, et il répond à un domestique qu^on ne voit pas, du ton d*un homme préoccupé, et désireux d^ôtre laissé à ses réflexions.

Non ; j6 voas remercie... ne faites pas prévenir Mademoiselle; ne dérangez personne. Puisque Monsieur doit rentrer

d'un instant à l'autre Je l'attendrai, (n referme la porte, et arpente la scène d^un air anxieux. — Il est en costume de voyage- — Ce personnage doit être â'une élégance originale, et mêler la bonhomie

au ton du high-iife.) £st-ce moi Vraiment, que voici ? Est-ce bien ou mal ce que j'ai fait là, de revenir? Serai-je seulement reçu sans déplaisir? Triple question, triple doute dont

le dernier sartout m'inquiète! Allons! j'ai tort, je fais injure à mes meilleurs, à mes seuls amis, Léon et sa sœur. De quelque façon qu'ils jugent mon brusque retoui, ne suis-je pas sûr de leur bon accueil? Dans ce Paris, injustement traité d'égoïste et d'insensible, ne leur aurai-je pas dû jusqu'à présent, de connî^ître un foyer de confiance et d'affection ? (Panse.) Léon, orphelin, recommandé à ma sollicitude par son oncle et tuteur qui fut mon plus cher ami, et Louise que j'allais voir, toute petite fille à son couvent, ne sont-ils pas en réalité ma vraie, ma seule famille, celle du cœur? (Pause.) Cependant, malgré cela, une sourde angoisse m'étreignait l'âme. C'est alors qu'un moraliste de ma connaissance, m'a dit : c Mon » cher, le bonheur n'est peut-être qu'une affaire de concor- > dance entre la température du pays, et le tempérament de » l'individu; l'air de Paris ne vous vaut rien pour l'instant... » voyagez! » Et là-dessus j'ai pris mon billet pour Florence, à la vive désolation de Léon, aux graves et tranquilles adieux de Louise. Chose merveilleuse ! Je suis encore plus timide devant cette pensionnaire d'hier à laquelle j'ai apporté des bonbons pendant six ans, que devant la plus grande dame du monde, que j'aborderais pour la première fois. Bref, je pars. Dix jours après, au moment de quitter Turin, que m'arrive-t-il ? Une lettre joyeuse de Léon m'annonçant qu'il a enfin décidé sa sœur à accueillir un prétendu, nouvelle qu'il savait (Avec une amertume rentrée.) dOVOir m'être

fort agréable, et dont il s'empressait de m'offrir la primeur, sachant l'intérêt fraternel, etc., etc.. Grâce à l'intervention de son frère, Louise qui avait écarté jusque-là nombre de demandes, venait d'agréer M. de Vandralle, heureux homme sur qui l'on a des renseignements de premier ordre. (Pause.) Je n'avais plus, n'est-ce pas, qu'à envoyer par le télégraphe mon compliment, et à préparer dans le silence, mon cadeau à la mariée? Ah! bien oui! Je préfère crier en moimême à la catastrophe, chercher toutes sortes d'indignités à M. de Vandralle et de querelles à Léon. Il me semble que Ton a engagé avec une précioitationcouoable l'avenir de Louise.

Je reprends Texpress poar Paris (Pause.) et maintenant, tire-toi de là, mon garçon. Qa'as-ta à répondre qui ne doive te faire rire au nez? Tu risques encore pour ta peine de ne pas être invité à la noce. Voyons tes raisons. Serais-tu jaloux? De quoi donc? Des sentiments d'une demoiselle qui est venue au monde le jour où tu prenais tes quinze ans, et où un régiment d'ambitions et de projets avaient déjà foulé ta cervelle? Jaloux?... Hé... peut-être, (se reprenant.) Non I non, cela n'est pas... Je puis bien me l'avouer à moi-même, je tremble pour mes obères babitudes, voilà tout. Il était devenu nécessaire à mon bonbeur, à ma vie, de rencontrer chaque jour Louise, dans notre trio de famille. (Avec une profonde tristesse.) Tout passo, je le savais... mais ce coup désole mon cœur. Alors, pourquoi es-tu revenu stupide? Voici quelqu'un... c'est ellel

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