SCÈNE VI
LÉON, LOUISE, à demi-cachée, PAUL, rentrant coup de Tent et
ne voyant que Léon.
LÉON
Hé bien?
Hé bien, mon ami, c'est veriigiaeux. Je suis lombé sur
un Monsieur ennuyé, confus et presque timide... pas du tout le gentleman sec et à ripostes que j'attendais.
LÉON
Répète-moi, mot pour mot, ce que tu lui as dit.
PAUL
Attends donc! Non! vois-tu, je te le donne en cent, je te
le donne en mille. (Léon sourit de son aliurissement, et fait an
signe imperceptible à Louise.) J'ai été reçu avcc Une amabilité parfaite ; tout est arrangé ou s'arrangera. Enfin, le Monsieur m'a dit: La prétention de votre ami Léon est des plub légitimes ; mais vous étiez bien le dernier dans ma pensée, qu'il eût choisi pour ce message.
LÉON, surpris.
Quoi? quelle prétention?
PAUL
Je lui ai demandé de ta part, l'objet de cette communication mystérieuse.
LÉON, éclatant.
Comment! Tu ne lui as pas, ainsi que je t'en avais expressément chargé, rendu en deux mots sa liberté?
PAUL
Non! Je n'ai point fait cela. Oh! je puis bien te le dire maintenant, je n'aurais pas demandé mieux.
Qu'est-ce qui l'a donc retenu, alors? Tu m'intrigues beaucoup.
PAUL
Je n'ai pas cru devoir aller aussi loin sans l'aveu formel de ta sœur.
LÉON, avec impatience.
Ma sœurl ma sœuri
Nouveau regard à l'adresse de Louise, toujours invisible pour Paul.
PAUL
Un dernier mot... un mot que je n'aaraîs pas dit, si les choses avaient tourné autrement. Sache-le bien, Léon, je t'aime comme un frère chéri; mais c'est Louise qu'il me manquerait le plus en ce monde, de ne pas voir chaque jour. Cependant, malgré la menace de ce chagrin mortel, j'ai préparé la voie au retour de M. de Vandralle, qui s'est montré charmé d'ailleurs de mes efforts et de mon personnage.
(Louise ne peut réprimer un geste de dépit que surprend son frôre. Léon regarde ensuite fixement Paul qui s*arr6te un moment interloqué
et poursuit.) Ce qoe j'ai fait, mon ami, témoigne, ohl n'en doute jamais, d'un attachement plus dévoué que toutes les protestations.
Il s'assied d'un air accablé.
LÉON, à part.
Voilà des signes concordants auxquels je ne m'attendais guère... et des regards qui parlent, à défaut de discours.
Enfin, nous avons tout dit. Tu vas lire ce qu'il t'a écrit, et il reviendra, sur un mot de toi.
LÉON
Allons ! c'est une affaire arrangée à ce que je vois, (se
retournant vers Louise et rinterpellant.) TU l'aS CUteudu, ma
chère, décide à présent.
PAUL, stupéfait.
Ah! mademoiselle!! que de pardons! (a Léon.) Léon! c'est mail
LOUISE
Je n'ai rien à vous pardonner; au contraire, je vous remercie pour voire bonne opinion, et pour vos bons sentiments... (Avec intention.) que je suis flattée d'apprendre.
Elle salue et sort.
LÉON
Donc à présent, tout va bien... grâce à toi. Tant mieux. Au fait, tu ne m'as pas encore dit pourquoi tu es revenu si brusquement?
PAUL, hésitant.
Tout juste, pour te rendre service comme tu l'as dit toi-même tout à l'heure. J'obéissais comme à une voix secrète. Voici la lettre de M. de Vandralle.
Il s^arrôte la voix pleine de larmes.
LÉON
Je commence à connaître cette écriture. (Lisant.) « Cher Monsieur, vous avez l'âme trop droite, et vous connaissez trop bien le prix de certaines sympathies pour n'avoir pas compris et excusé le trouble d'un cœur jaloux. On m'avait dit des paroles cruelles. Votre sœur n'avait daigné accueillir ma demande que par dépit du silence d'un autre. » (Parîé.) Ah par exemple! (Lisant,) « Cet autre que Ton aurait plus volontiers entendu, et auquel sa situation dans la maison, aurait souvent permis de s'expliquer, s'était tenu dans une réserve, que l'on dut bien à la fin prendre pour définitive, et impliquant le ferme dessein de vivre seul. Sans doute, il n'y a rien de sérieux dans de tels propos... mais, est-ce que l'on raisonne avec une dure inquiétude? (Louise est rentrée en scène depais quelques instants.) La mienne ést heurcusement guérie. Je viens de voir cet autre dont on m'avait parlé. >
PAUL, ^interrompant.
Mfi! moi!... Ah! quel dommage qu'il mente!
LÉON
Qae savoQs-nons s'il ment? Nous allons le demander.
(Se tournant da côté de sa sœur.) LOUisel
PAUL) avec énergie.
Nonl non! jamais I
LÉON
Ah çà! c'était donc vrai! Poarquoi ne m'as-ta jamais demandé la main de ma sœar?
PAUL
Pour un empire, je n'aurais point osé.
LÉON
Je ne te savais point si timide.
Je ne goûtais la vie qu'entre vous deux, sous votre toit. Je craignais pire que la mort de n'y plus être admis. Or, ma demande repoussée me fermait une maison, où habitait mon seul bonheur. J'ai passé ces deux dernières années à trembler.
LÉON, doucement ironique.
Hé bien, tu n'es pas beaucoup plus avancé maintenant, pauvre ami. Après la lettre de M. de Vandralle, tune peux plus le montrer ici. Du moins, si tu n'avais pas opéré avec tant d'à-propos un rapprochement que l'on ne te demandait pas!
LOUISE, à part.
Mon frère serait un bon despote. (S'asseyant entre Léon et
Paul.) Il me semble qu'il y a malentendu, (a Léon.) Monsieur... (Lui désignant Paul.) tou ami, n'a poiut rempli auprès de M. de Vandralle la mission que tu lui avais confiée, et il en a rempli une autre de son choix, et qui ne nous agrée
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point. Donc, rien de fait. Un message n'a point été remis, il doit l'être, par un autre envoyé plus sûr. Si j'ai le droit de parler, voilà mon avis.
Je vous remercie, mademoiselle, de me croire indigne de cette nouvelle ambassade.
LÉON
C'est très joli ; mais les choses restent tout de môme dans rétat posé par la lettre, et Paul sait bien qu'il ne peut plus prétendre à nous venir voir comme autrefois, (a part.) Il se tait. (Haut, à Louise.) C'est moi, ma chérie qui vais écrire à de Vandralle, et je compte que tout cela va se terminer comme il sied à notre dignité et à notre nom. (a Paui.) Demande-moi donc sa main devant elle, afin qu'on ne dise pas que j'opprime sa volonté.
PAUL, à demi- voix, arec une grande émotion contenae.
Je n'ose pas.
LÉON
Tu aimes donc mieux te remettre en voyage?
PAUL, éclatant.
Oh! non... plus cela! Si je devais recevoir encore une lettre comme celle qui m'a ramené! (Après un effort.) Mademoiselle....
Il hésite.
LOUISE, lui avançant la main.
Ne me direz-vous pas un jour, pourquoi je vous fais si grand'peur?
PAUL, lui baisant avec passion les mains.
Celui-là seul qui a eu cette peur, sait comme Ton peut être heureux.
C'ÉTAIT ÉCRIT! i6i
LÉON
Mes amis, mes deux meilleurs amis, je suis enchanté... et confondu, je Tavoue. Ainsi (s'adresMot à Paul.) je croyais, après le mariage de Louise aller te retrouver en Italie... et c'est toi qui es revenu à Parisj pour être mon beau-frère. On peut bien dire : C'était écrit,,.
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