LÉON, LOUISE
LOUISE
Vous n'avez pas l'air absolument d'accord. Ce ne doit pas être un secret, à juger par le ton. Qu'y a-t-il entre vous deux?
LÉON
Ma chérie, je trouverais hôte d'user de petites fraudes avec un esprit aussi ferme que le tien, et de mystère là où tu es directement intéressée. Paul est rentré de voyage, on ne peut plus à propos pour nous rendre un service, que je ne pouvais demander qu'à lui. N'est-il pas pour nous comme un second père?
C'ÉTAIT ÉCRIT! ij3
LOUISE
Ta as bien fait d'attendre qa*il soit sorti, avant de lai décerner ce titre respectable dont il serait par trop llaité.
LÉON
Alors, disons comme un frère aîné. Préfèrcs-ta cela?
LOUISE
Oh ! moi, je ne me connais qa*un seal frère. Gela n*est| pas pour le fâcher.
Soitl n'insistons pas sur le titre. Léon n*en est pas moins: le témoignage vivant de noire passé de famille, si vite en-! volé. Dans toas les événements, je me fie à son conseil. II. n'a été étranger qu'à un seul acte grave de notre vie commune : l'acceptation de M. de Vandralle comme ton prétendu... et cela n'a pas la mine de réussir.
LOUISE, très calme.
Ah ! comment donc cela?
LÉON
Rassure- toi... mais, qu'est-ce que je dis? Tu ne me parais pas inquiète le moins du monde, et tu as bien raison. Il s'agit de moins que rien : d'un pelil trait d'inexactilude de M. de Vandralle. Par malheur, je suis ombrageux, et j'ai donné mission à Paul d'aller dire à qui de droit mon mécontentemenl.
LOUISE
Ta as eu tort, cela ne le regardait nullement.
LÉON
Tiens ! tout juste ce qu'il m'a répondu.
LOUISE, étunnée.
Ah! il t'a répondu cela?
viii. 9.
LÉON
Oui vraiment, et vous vous seriez concertés d'avance qu'il vous serait impossible d'être mieux d'accord... (Pauso.) Et si cet accord n'avait pas pour objet de vous maintenir toi et Vandralle dans votre mutuel engagement, ce serait à penser... mais, je dis là une sottise. Tu trouves que j'ai eu tort d'envoyer Paul chez de Vandralle ? Que veux-tu ? je n'avais pas le choix des ambassadeurs.
LOUISE
Combien je regrette les ennuis que te donne une sœur à marier I
LÉON
Le plus grand de ces ennuis, c'est la lin de la compagnie si douce que nous étions l'un pour l'autre. Cependant, je n'ai pas le droit de renfermer ta destinée, ta grâce de femme, tes qualités et ton avenir, dans le cercle égoïste de mon seul foyer, et de mes goûts de sauvage. Je sais bien ce qui aurait été le rêve. Malheureusement personne au monde que moi n'y aura pensé !
LOUISE
Que veux-tu dire?
LÉON, avec effort.
Rien! rieni (paase.) Abordons à présent la question grave. Je suppose que mes plaintes à M. de Vandralle, amènent une brouille entre nous.
LOUISE
Voilà qui serait très fâcheux. Le monde aime à parler de ces choses, et je déteste que l'on parle de moi. Peut-être aussi, M. de Vandralle sera-t-il plus calme que tu ne le
penses.
LÉON, Tobservant avec attention.
Je ne parlais pas des dires du monde, mais de tes senti-
menis personnels, qae Paul me reprochait de laisser dans
l'oubli.
LOUISE
Il n'oublie rien, lui, à ce que je vois, ton ami Paul?
LÉON
Il est bien aussi un peu ton ami à toi, je suppose?
LOUISE
Ne suffirait-il pas pour cela qu'il fût le tien?
LÉON, à part.
Il y a de l'énigme dans ma sœur. (Haut.) Causons fran-' chement...
LOUISE, rinterrompant.
Du moins, ton ambassadeur aura eu le mérite de la promptitude, car le voici déjà de retour.
Âa moment oti rentre PanI, elle a eu le temps de s'effacer, sans se cacher tout à fait, dans un angle du salon, près d'une portière en tapisserie.