SCÈNE II ANIOUTA, YVAN
TVAN| ayant Pair de chercher quelque chose.
Voyons... voyons... sur la table, m'a dit le colonel... sur a table... Je ne vois rien.
ANIOUTA.
Que peut-il chercher?
YVAN, prenant une botte sur la tablo*
Voilà... Hé! hé! cela pèse son poids I...
La boite de pistolets... plus de doute... un duel!... (sortant de sa cachette.) YvaU !
TVAN, effrayé.
Sainte Vierge!... Que votre Grâce m'a fait peur!
ANIOUTA.
Cette boîte est pour le colonel, n'est-ce pas?
TVAN.
Oui... c'est-à-dire, non... enQn...
ANIOUTA.
Pose cette boite et écoute- moi!...
TVAN,
Mais.M votre grâce,.,
ANIOUTA.
Obéis-moi, te diS-je!... (Yvan pose la boite sur la table.) Le
colonel se bat ce matin» n'est-ce pas?
YVAN
Mais...
ANIOUTA.
Écoute, Yyan... tu n*as pas oublié les bontés que j'ai toujours eues pour toi?
TVAN.
Oh! non!... ma chère bonne maîtresse!... Vous êtes un ange du paradis!...
ANIOUTA.
Ni les verres de k^ass que je t'ai fait verser à Tofûce?
YVAN
Je m'en lèche encore les lèvres!...
ANIOUTA.
Eh bien ! Voici le moment de me prouver ta reconnaissance. Réponds-moi franchement!
YVAN
Mais le colonel saura... il n'est pas commode le colonel ! — Elsijemelèche souvent les lèvres au souvenirde votre kwass, ma chère petite maîtresse, il m'arrive plus d'une fois aussi de me frotter le dos en pensant à sa cravache.
ANIOUTA.
Il ne saura rien!... Je te le promets!
YVAN
Mais votre Seigneurie...
ANIOUTA.
Laisse là ma Seigneurie^ et réponds-moi.,. \Jn duel, n'est* ce pas ?
TVAN.
Oui.
Avec qui?
YTAN.
Avec le colonel Lomof, des Guides.
ANIOUTA.
£t pourquoi ce duel?
YVAN
Une dispute...
ANIOUTA, très émue.
Au sujet d'une femme? (Mouvement d'Yvan.) Dis-moi la vérité!
YVAN
D'une femme! mais non!...
ANIOUTA, à part, avec Joie.
Ah!... (Haut.) Parle donc alors... parle vite...
YVAN
Hé bien, hier au soir, au cercle militaire... il était déjà tard, car j'apportais la pelisse du colonel... c'est même comme cela que j'ai tout entendu... il y avait là plusieurs officiers, le vieux général Voronine... qui vient d'avoir sa retraite, comme votre seigneurie le sait... le major Beredew, le capitaine Schwetschinsky...
ANIOUTA, impatiente.
Au fait!... au fait!...
YVAN
Tous ces messieurs causaient de la dernière guerre du Caucase... Ah! une rude guerre, je vous en réponds, où
j'étais, comme votre Seigneurie le sait, ordonnance du colonel...
ANIOUTA, mftme joa.
Oui!... Oui!... continue...
TTAN.
On causait donc, en fumant, de la guerre du Gau3ase... quand voici que le colonel Lomof, des Guides, qui jusquelà n'ayait presque pas desserré les dents, se mit à parler à tort et à travers de ceci, de cela... et dit que notre régiment, le 28% un certain jour de bataille, n'avait pas fait tout ce qu'il devait... qu'au lieu de tourner à droite, il avait tourné à gauche... enfin, que sais-je? Je n'ai pas trop compris, mais j'ai bien senti que c'était une insulte pour nous... et je ne me suis pas trompé, car à peine eut-il fini de parler que le colonel... Ah ! ça n'a pas été long I... J'aurais voulu que vous puissiez le voir dans ce momentlà... Figurezvous...
ANIOUTA, rinterrompant.
A quelle heure le duel?
TVAN.
A neuf heures.
ANIOUTA, regardant l'heure.
Huit heures vingt-cinq!... (a Yvan.) Le lieu delà rencontre?
TVAN.
Derrière le petit bois, sur la grande route de Moscou...
A quelle distance de la ville?
YVAN
Cinq vcrsles environ.
iB LA GOUTTE D'EAU
ANIOUTA.
• Combien de temps pour y aller en drowski?
TTAN.
Un quart d'heure.
AlflOUTA.
£t à pied?
YTAN.
Ohl... par an temps pareil!... plus d'une grande demineure.
ANIOUTA.
Bien... Yvan, ta aimes ton maître^ n'est-ce pas?
YTAN.
Si je l'aime! Il m'a sauvé la vie... tenez, pendant ceîte guerre du Caucase, justement...
ANIOUTA, Tinterrompant.
Hé bien!... S'il t'a sauvé la vie, aide-moi à protéger la sienne... Il ne faut pas que ce duel ait lieu!
TVAN.
Ce duel ne pas avoir lieu! Votre seigneurie n'y songe pas!... Une affaire d'honneur! Pour un militaire, c'est sacré, cela!...
ANIOUTA.
Ce duel n'aura pas lieu, te dis-je, je ne le veux pas...
TTAN.
Mais...
ANIOUTA.
Je ne le veux pas !... Où devais-tu porter cette boîte?
TTAN,
Dans le drowski.
LÀ GOUTTE D'EAU Va
ANIOUTA.
Est-il attelé, le drowski?
TTAN
Oai.
ANIOUTA.
£coate-moi bien... Porte cette boite dans le drowski... ne dis rien à personne et quand le colonel prendra place dans la voiture et que tu seras près de' partir, regarde à cette fenêtre...
Elle lai montre une des fenêtres du foad.
TVAN.
A cette fenêtre?...
Oui. Si je frappe un coup contre la vitre, tu partiras, et puis, au moment de franchir la porte de la cour, tu jetteras brusquement la voiture contre la grosse borne de pierre.
YVAN
Sainte Vierge! mais nous verserons!...
ANIOUTA.
Justement!
YVAN
Mais le drowski se brisera...
ANIOUTA.
C'est ce qu'il faut!
YVAN
Mais le cheval se couronnera...
ANIOUTA.
Tant pis !
YYAIf.
Mais le colonel se blessera!
âniouta.
Ah! par exemple! si ta es assez maladroit pour cela!...
TVAN.
Mais... mais moi, enQn, ma chère maîtresse, en tombant démon siège, je me briserai les osl...
C'est bien la peine d'être le premier cocher de Smolensk pour ne pas savoir verser comme il faut!... Voyons, c'est entendu...
TYAIf.
Mais...
ANIOUTA.
Pas de mais... Un coup à la fenêtre?...
TVAN, résigné.
Un coup à la fenêtre...
ANIOUTA.
Et Inverseras?
YVAN
Et je verserai...
ANIOUTA.
Bien doucement?
YVAN
Bien doucement!...
ANIOUTA, le poussant ver« la porte*
. Val... va vite!...
Lk GOUTTE D'EAU 2<
TYAN.
Ah!... Paavre moujickl... il me semble déjà qne la cravache da colonel...
II se frotte le dos.
ANIOUTÀ.
Mais va donc!... |
Tvan sort par U gauche.