‹ Saynètes et monologues (volume 2)Chapitre 48 sur 77 · SCÈNE X LÉON, LUDOVIC · texte numérisé non relu

SCÈNE X LÉON, LUDOVIC

LÉON, à part.

Maintenant, faisons ce que Berthe désire : il faut que ce

Ludovic parte! Mais ce n'est point assez; je ne veux pas que ce jeune fat emporte l'idée qu'il laisse ici un regret. La dignité de Berlhe l'exige. A moi donc un peu de la finesse du paysan, pour expulser sans bruit ce muscadin... (Haat.) Monsieur de Béon...

LUDOVIC, qai était à la fenêtre et regardait an dehors.

Monsieur?...

LÉON

Monsieur de Béon, nous sommes jeunes tous les deux, bien élevés, je crois, presque parents : je viens donc, sans plus de façon», vous demander un service.

LUDOVIC

A vos ordres, monsieur.

LÉON

Il s'agit de ma cousine Berthe.

LUDOVIC, à part.

Diable!

LÉON

De son mariage...

LUDOVIC, à part.

Oh! lai la!

LÉON, à part.

Oh! la vilaine espèce que ces vainqueurs de femmes!... En voilà un qui tremble comme un laquais pris les mains dans le tiroir! (Haut.) Voici le service que j'attends de vous, monsieur: j'ai reçu, ce matin môme, une lettre d'un vieil ami de la famille, qui habite Paris. Cet ami s'intéresse beaucoup à Berthe et s'occupe de la marier.

LUDOVIC

Ah! . ..,

LÉON, à part.

Ce petit mensonge est assez maladroit... mais poorru que je me débarrasse de ce Ladovic... (Haut.) Il m'écrit donc qu'il a trouvé pour Berthe un parti très honorable. Le jeune homme s'appelle M. de Valroger. C'est un homme très lancé dans le monde. Je suis un campagnard peu au courant des mœurs parisiennes; je vous prierai donc, monsieur, de me suppléer en ceci et de prendre quelques informations sur M. de Valroger.

LUDOVIC, A part.

Je respire !

Comme notre ami me demande une réponse prompte, je vous saurai gré de sacrifier le peu de jours que vous deviez nous accorder et de m'informer au plus vite, par une simple lettre, du résultat de vos recherches. Il est bien entendu que vous ne prononcerez en aucun cas le nom de Berthe.

LUDOVIC

Je comprends à merveille, monsieur, je suis très heureux de pouvoir vous être utile, et môme, dans le cas où ce projet n'aboutirait point, je me ferais un plaisir de chercher moi-même un mari pour notre cousine, (a. part.) Voilà, j'espère, un procédé noble et ingénieux.

LÉON

Je vous rends grâces, monsieur.

LUDOVIC

Dans ce dernier cas, avant de rien engager, il serait bon, je pense, que je pusse connaître le côté peu poétique, mais trop essentiel de la question, et avoir moi-même quelques renseignements précis sur la fortune de notre cousine.

LEON

Rien de plus simple : Berthe est noble, bien élevée et riche.

i96 UN COUSIN DE PASSAGE

LUDOVIC, à part.

Riche! (Haut.) Riche? dites-vous.

LÉON

Oh! la fortune de Berthe est loin d'être colossale» environ trente mille livres de rente.

LUDOVIC

Trente mille francs de rente! (a part.) Ah! idiot que j'ai été!

LÉON

Qu'avez-vous donc ? on dirait que cela vous étonne?

LUDOVIC

Oui, un peu: on m'avait affirmé qu'elle en avait près de cinquante.

LÉON

C'est une erreur. Trente mille; rien de plus. Ce n'est pas énorme, sans doute, mais c'est assez joli. Ah! dame, monsieur, il y a eu de la peine. Le père de Berthe était un gentilhomme très magnifique, mais un détestable administrateur; il avait un grand luxe de chevaux, de voitures; il empruntait à des taux très élevés, et les intérêts absorbaient le revenu. J'ai réformé tout cela. J'ai vendu des terres éloignées et de mince rapport; j'ai acheté des actions industrielles qui ont doublé et triplé; je les ai revendues et alors j'ai acheté des landes que j'ai défrichées. — Tenez, monsieur, (Il le mène à la fenêtre.) voycz-vous là-bas cettB Immense prairie toute verdoyante? bon an, mal an, nous en tirons cinq mille francs de fourrages; c'était un étang que j*ai desséché; là-haut, en face de nous, voilà un bois de deux cents arpents; c'était une lande inculte. Par exemple, pas de luxe; plus de meute, un chien d'arrêt, deux chiens courants suffisent; plus de chevaux anglais! de bons gros percherons qui labourent solidement et qui s'amusent à traîner la calèche au besoin; voilà tout. Nous ne renouvellerons le mo-

bilîer qa'au mariage de fierthe; ce sera une joie de plus. Enfin, monsieur, notis sommes hors d'affaire, et le mari de Berthe trouvera une fortune solide, bien assise au soleil et qui ne doit rien à personne.

LUDOVIC, A part.

Voilà ce qui s'appelle une chance infernale..; Et celte fois^ c'est ma faute! Gomment la réparer?

LÉON

Il ne nous reste 'plus qu'à marier Berthe; ce sera facile; de son côté, elle accepte d'avance le mari que sa grand'mére et moi lui choisirons.

LUDOVIC

En êtes-vous sûr, monsieur?

LÉON

Parfaitement sûr.

LUDOVIC

Les jeunes filles ont souvent quelque souvenir de jeunesse, quelque préférence cachée...

LÉON

Berthe n'en a aucune.

LUDOVIC

Bahl vous ne connaissez pas les femmes.

LÉON

Vous croyez donc que pour les connaître il suffit de les avoir méconnues! (a part.) J'ai tort; du calme.

LUDOVIC, à part.

Ohl non, non, je n'en aurai pas le démenti; de l'audace!

LÉON

Enfin, monsieur, puisque vous voulez bien faire ce que je vous ai demandé, ayez l'obligeance de prendre à Paris les

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renseignements dont j'ai besoin. Vous trouverez un prétexte pour expliquer votre prompt départ à ces dames. Les voici : faites-leur vos adieux.

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