‹ Saynètes et monologues (volume 2)Chapitre 49 sur 77 · SCENE XI Les Mêmes, BËRTHE, LA MARQUISE · texte numérisé non relu

SCENE XI Les Mêmes, BËRTHE, LA MARQUISE

LUDOVIC, allant à la marqaise.

Ma cousine, j*ai l'honneur de vous demander la main de votre petite-ûlle, mademoiselle de Ghistelle,

BERTHE

ou ! mon Dieui

LÉON

Que veut dire ceci?

LA MARQUISE, à LadoYÎc.

Avant tout, mon cher cousin, asseyons-nous et causons; j'ai quelques explications à vous donner et à vous demander. — Mon cher cousin, certaines grand'mères parlent peu, mais n'en agissent pas moins. Je suis de celles-là! Il y a cinq ans, averlie par ma petite-ûlle de vos... gentillesses auprès d'elle, je devinai facilement qu'il y avait de votre part inconséquence et folie; je voulus m'en assurer cependant, et j'écrivis à votre mère, sans prévenir Bcrthe. Votre mère fut de mon avis; et bientôt nous eûmes la certitude que vous aviez oublié votre conduite avec Berthe. Votre mère voulait vous la rappeler; je m'y opposai. Je la priai seulement de vous envoyer ici, dès qu'il serait possible, afin que Berthe fût convaincue de votre manque de mémoire. J'étais bien certaine que le spectacle de votre indifférence la rendrait à çlle-même; l'expérience avait réussi à mon gré : votre en-

t revue, tout à l'heure, a été peu romanesque! Léon, d'après le désir de Berthe, devait vous prier de partir: il n'y a pas manqué, sans doute. — Comment se fait-il donc que vous me demandiez là main de ma tille?

LUDOVIC

Je vous demande la main de votre fille, je la demande à vous-même, afin de réparer la faute que j'ai commise, il y a cinq ans; je manquai alors à toutes les lois de la famille en m'adressant à Tenfant, sans avoir obtenu l'agrément de la 'mère. Je me le suis reproché bien souvent, et tout à l'heure, en voyant que ma cousine Beribe m'avait gardé une affection dont je n'osais me croire digne, j'ai voulu expier ma folie d'autrefois: j'ai voulu jouer l'indifférence, l'oubli, l'ingratitude, jusqu'au momeni où je pourrais rendre hommage à cette hiérarchie de la famille que j'ai violée jadis !* Je vous demande donc la main de votre fille eu sa présence, mais sans m'autoriser des sentiments qu'elle a daigné me laisser voir.

LÀ MARQUISE, à part.

Si ce n'est vrai, c'est bien trouvé!

LÉON, à part.

Décidément, je n'y comprends plus rienl

LUDOVIC, à Berthe*

Cependant, ma cousine, si vous me blâmez, si j'ai trop bien joué mon rôle tout à l'heure, trop bien retenu l'élan de mon cœur, j'implore de vous une dernière faveur, c'est de prononcer vous-même mon arrêt; dites-moi: Partez! et je partirai.

BERTHE

Mon cousin, moii cousin... Je ne sais vraiment que répondre... Tout ce qui arrive est si imprévu, si étrange! J'ignore moi-môme ce que je pense. — Grand'mère, Léon, je vous en prie, conseillez-moi, éclairez-moi, répondez pour moi.

LÀ MARQUISE

Ta as raison, mon enfant; mais il est impossible de continuer cette délibération devant notre cousin Ludovic; elle serait pénible pour lui, comme pour nous*

LUDOVIC

Je comprends, ma cousine; et je me retire. Je n'ai point le droit d'assister à ce conseil de famille; pàrdonnez-moi seulement^ si mon impatience en abrège la durée. (En sortant, à part.) Quand le vaisseau brûle, on se jette à la mer; c'est ce que j'ai fait. Voyons ce que la vague fera de moi.

LA MARQUISE, vivement à Berthe et à Léon.

Mes enfants, la situation est très grave : il s'agit de l'avenir de Berthe. Mon cher Léon, tu as de la clairvoyance et du cœur, et je suis sûre que tu nous aideras de tes conseils; mais la présence de ta cousine te gênerait peut-être. Berthe, laisse-moi seule avec Léon, tu m'attendras dans le boudoir, (a part, en la reconduisant.) Ma Chère petite, quand tu étais enfant, je te disais qu'on ne doit pas écouter aux portes. Aujourd'hui, et pour cette fois seulement, je te dis le contraire : reste derrière ce rideau et écoute de toutes tes oreilles.

BERTHE

Je n'y manquerai pas, grand'mère.

LA MARQUISE, à part.

Et maintenant, c'est à moi de ne pas perdre la tètel

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