VÎT
Dit par
Mademoiselle SARAH BERNHARD7, de la Comédie-Frc.Kcaîse.
BÉRTJRIA
Le soleil se couchait snr Sion, la montagne.
C'était Sabbat ce joar. Béraria, compagne Da doux Rabbi-Meîr absent en ce moment Devant deax corps glacés pleurait amèrement.
Dieu qui d'un coup de vent emporte ranémone.
Et qui brise la branche où la main se cramponne. Venait de lui ravir ses enfants adorés.
Deux jumeaux de dix ans, deux fronts purs et sacrés l
Et sanglotant, criant, riant, mère en démence. Elle ébranlait les murs de sa douleur immense. Baignant de mille pleurs leur cadavre crispé I...
Soudain elle se tut, le cœur saisi, frappé D'une horrible pensée : et le pèrel et le père! Lorsqu'il va revenir souriant et prospère.
Aux lugubres sanglots qu'il entendra du seuil.
244 BÉRURIA
S'il allait deyiner que sur son toit en deuil L'ange noir de la mort a déployé son aile; Et que ses deux enfants dans la nuit éternelle Se sont endormis, froids et sans lui dire adieu, Tandis qu'il enseignait la parole de Dieu, Au peuple rassemblé sur la montagne sainte I
Alors Béruria, dans une longue étreinte.
Pressant leur tête blonde et leur parlant tout bas.
Sur le lit nuptial ou jadis en ses bras
Ils gazouillaient, petits, leur chanson matinale.
Sur la couche qui vit leur aube virginale,
Déposa les deux fils arrachés à son flanc,
Et sur leur front de marbre étendit un drap blanc;
Puis, du cruel retour, priant, attendit Theure.
Le soir, Rabbi-Meïr rentra dans sa demeure :
La mère, sans pâlir, Fâme prête au combat.
Présente à son époux la coupe du sabbat.
Il embrasse sa femme, un instant la contemple,
Et demande ses fils. — f Ne sont-ils pas au temple? >
Répond Béruria. — c Non, femme, ils n'y sont pas. »
— « Es-tu certain, Rabbi? > —«J'en reviens! »— «Encecas, Chez quelque pauvre ils sont sans doute, » reprend-elle,
— c Dieu fasse longs leurs jours, leur âme est aussi belle Que pudique est ton front I » dit Meir tout joyeux. Béruria, sur lui n'osant lever les yeux.
Prépara le repas sans parler : sa tendresse Reculait de pitié devant cette allégresse.
Lorsqu'il eut récité les grâces, doucement L'épouse hasarda ces mots : c En ce moment,
BÉRURU 245
Meïr, un lourd souci in*accable, me torture : Fai besoin d'un conseil; toi, forte créature. Toi, l'homme de raison, Rabbi, donne-le-moi I » — « Parle! » — t Voici, dil-elle, écoute sans effroi:
Un inconnu jadis, entre mes mains candides, Remit, dépôt sacré, deux diamants splendides ; Et partit confiant. Dix ans se sont passés, Et les deux diamants admirés, caressés, M'ont jeté chaque jour leur rayon pur et tendre. Je pensais que jamais je n'aurais à les rendre, Je les croyais à moi, dans mon naïf amour 1 Mais, hélas I l'inconnu, tout à coup de retour, Réclame ses joyaux; et j'hésite, mon maître, Ces diamants chéris faut-il les lui remettre? » — « Rends-les! rends-les! cria Rabbi stupéfié, On ne doit pas ravir le dépôt confié I »
La courageuse mère alors lui dit : Regarde!
Découvrant ses fils morts, diamants à sa garde. Regarde sur ce lit, mon époux bien-aimé :
^'ai rendu le dépôt que Dieu m'a réclamé!... »
FIN DE bArUBIÀ
%ui. 14
COMÉDIE EN UN ACTE
QUATRELLES
PERSONNAGES
MONSIEUR, agent de change 50 ans.
MADAME 38 ans.
MADEMOISELLE 18 ans.
Un salon. — Porte an fond. — Porte à droite conduisant chez Madame. — Porte à gauche conduisant chez Monsieur. -~ À gauche, une cheminée. — A droite, une table. — Sur la table, une lampe*