‹ Saynètes et monologues (volume 2)Chapitre 63 sur 77 · SCÈNE PREMIÈRE MONSIEUR, MADAME, MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE MONSIEUR, MADAME, MADEMOISELLE

An lever du rideau, Madame et Mademoiselle brodent, assises auprès de la table. — Monsieur dort dans un fauteuil, au coin du feu. — Silence de quelques instants que Monsieur trouble seul par des ronflements discrets et intermittents. — A chaque reprise, Madame essaie en vain de cacher son indignation que trahissent des haussements d'épaules, des regards blancs tournés vers le plafond.

MADAME

Et c'est tous les jours la môme chose. Voilà comment se passent nos soirées.

MADEMOISELLE

Papa se fatigue beaucoup à la Bourse; il a Dien le droit de se reposer un peu.

hàdàhe.

Tout ce qae dît ton père, tout ce que fait ton père est ir- 'réprochable. C'est convenu.

MADEMOISELLE

Il y a une demi-heure à peine que papa a fermé les yeux.

MADAME

Une demi-heure! Il y a des mois, il y a des années qu'il dort, Monsieur ton père. Il ne rentre pas pour autre chose, n faut que cela finisse!

MADEMOISELLE, âpart.

Il y a de Torage dans l'air.

MADAME

Allons, Mathilde, plie ton ouvrage et couche-toi.

MADEMOISELLE

Mais, bonne mère^ il n'est que dix heures.

MADAME

J'ai à causer avec ton père.

MADEMOISELLE

J'obéis, puisqu'il le faut. (EUe embrasse sa mère.) Bonne nuit, (a part.) Que peut-elle avoir à lui dire?

Mademoiselle se dirige da côté de son père^ — Madamç la soit des yeaxi

MADAME

OÙ vas-tu?

Embrasser papa.

MADAME

A quoi bon... puisqu'il dort.

CE MONSIEURI 251

MADEMOISELLE

Il m'en voudrait si je lui volais son baiser du soir. Il m'aime tant !

MADAME

Ne dirait-on pas qu'il n'y a que lui qui t'aime ici?

MADEMOISELLE

Vous m'aimez bien, tous les deux.

MADAME

Moi surtout.

MADEMOISELLE, souriant.

Toi surtout.

Elle embrasse de nouveau sa mère, et s^approche doucement de son père qu'elle baise sur le front.

MONSIEUR, se réveillant en sursaut.

Qu'est-ce que c'est?... La rente?... Elle ferme à 63, 65. — Tiens, c'est toi, chère enfant? J'ai cru que c'était mon caissier.

MADEMOISELLE

Commentl comment!... ton caissier? Est-ce qu'il t'embrasse, comme je viens de le faire, lorsqu'il te rend ses comptes?

Âhl mais non!

MADEMOISELLE

Je t'y prends, toi qui soutiens que tu ne dors jamais après le dîner.

Je ne dormais pas. Je ferme les yeux et me recueille^ voilà tout. J'ai entendu tout ce ^ue vous aves diu

MADAME

Cela peut s'appeler avoir Toreille fine. Nous avons respecté votre... recueillement. J'ai lu et brodé pendant que Mathilde achevait son ouvrage et que vous nous faisiei de la musique. Embrassez votre fille, j'ai à causer avec vous.

Est-ce qu'il ne serait pas temps d'aller dormir?

MADEMOISELLE

Décidément, le sommeil vient en dormant, comme l'appétit vient en...

MADAME

Ce que j'ai à vous dire est très sérieux.

Tant pis I

Laisse-nous, Mathilde.

Bonne nuit, chère fille. Dors bien, puisque, par bonheur pour toi, on n*a encore rien de sérieux à te dire.

Mademoiselle sort par le fond.

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