‹ Saynètes et monologues (volume 3)Chapitre 25 sur 52 · SCÈNE III MATHILDE, LUGILE, HENRIETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE III MATHILDE, LUGILE, HENRIETTE

HENRIETTE, très gaie.

Nayez pas pear, c'est moi!

MJLTHILDB.

Nous le savions. (Langonreasement, moipiease.) LucilO avaît

reconnu... que ce n'était pas le pas de mon frère 1

HENRIETTE

Voilà comme c'est quand on écoute avec son cœorl

LUCILB, se réortant.

Tu n'es pas habillée!... Qu'est-ce que tu as fait?

HENRIETTE

J'ai liu.. Ohl un livre!... étonnant!

MJLTHILDE.

Qu'est-ce que c'est, dis?

HENRIETTE

Je ne sais pas — un morceau de livre, une loque, sans titre... Il manque les soixante premières pages — mais c'est très bien tout de môme. — Il y a une femme de couleur ~- qui s'appelle Naoum — un joli nom — et qui jure de se venger et un capitaine... de cavalerie ou de vaisseau, il manquait un morceau à cette page-là, Je n'ai pas pu ôtr^

JOUONS LÀ GOMËDISl i43

Sûre. — Et puis il y a on homme d'affaires qui a nn chien noir qui boî te et un petit ouvrier typographe très gentil qui aime une actrice de TAmbigu. — Et puis une petite ouvrière très honnête qui loge en garni et qu'on veut faire assassiner par un monsieur en gris parce que c'est à elle que doit revenir toute la fortune... — Enfin, comme dit ton frère, c'est très empoignant. J'ai tout lu; malheureusement, ça s'arrêtait à la page cent trente... ou cent quarante, je crois, et ça n'avait pas l'air d'être fini. — Je tâcherai de retrouver le reste. — Ah! à propos, j'ai une idée pour la fête de ton oncle... de notre oncle, on pourrait bien dire, car il est l'oncle de toute la maison. (Petit soupir.) Ah! il est si gentil l

LUCILE, railleuse.

Tiens» tiens...; il n'y a pas que moi, alors.

HENRIETTE, empliatiqne.

Mademoiselle l un oncle n'est pas un lycéen!

MATHILDE

Ton idée?

HENRIETTE

Vous ne la devinez pas ?

LUCILE et HAIHILDB.

Non, non, dlfl-nous la.

HENRIETTE, comi^ement solennelle*

Eh bien!. ..

BUe ata%ta.

LUCILE

ShUen?

j!ihbienl..

HENRIETTE, mime Jeu.

144 lOUONS LA GOMËDIEt

MATHILDB.

Diea! qu'elle est agaçante I

HENRIETTE

Eh bien ?. .. c'est de joKer la comédie I

MATHILDE

Belle trouvaille I... c'est ce que propose Lucile.

HENRIETTE

Mademoiselle!... très flattée de m'ôtre rencontrée... avec toi.

HATHILDE.

Il y a toujours la môme difficulté. Pour jouer la comédie, il faut une comédie... et on ne fait pas de comédies pour les jeunes filles; on ne daigne!

HENRIETTE

Vesi ce que je me suis dit... Alors..;

Elle s'arrête»

MATHILDE

Va donc!

HENRIETTE

J*ai eu une seconde idée.

LUCiLE.

Ah!

HENRIETTE

Comment, ah?... Oui, j*ai eu une seconde idée.

MATHILDE

Laquelle?

HENRIETTE

Tu ne devines pas?

JOUONS LA GOHEDIEI m

MJLTHILDB, crispée

Homl... Elle va recommencer..;

HENRIETTE

Puisqu'il n'y a pas de comédie.., ce serait d'en joner une in'on ferait

HATHILDB.

Qui, on?

HENRIETTE

On?... Mais nous, donc. Nous trois... et c*est assez!

LUGILE.

Nous ne saurons jamais.

HENRIETTE, avec aplomb et rivement, d*an trait*

Il n'y a pas besoin de savoir... j'ai entendu dire que de faire des pièces, ça ne s'apprenait pas...; donc, ceux qui en font ne savent pas : puisque nous ne savons pas, nous savons autant qu'eux... Faisons-en une.

MATHILDB.

Tu es folle, tiens.

HENRIETTE

Mais non, mais non, mais non. Essayons toujours... ce n'est pas pour entrer à l'Académie, c'est pour s'amuser...

Vous allez voir... D'abord... (Prenant le fautean et B^ carrant.)

d'abord^ asseyons-nous. Nous serons mieux pour réfléchir.

Elle se tait. ^ Un temps.

LUCIIE.

Eh bien?

HENRIETTE

Eh bien, je réfléchis, (scandant.) Nous ré-flé-chîs-soK... Réfléchissons, ça va venir.

Un temps.

146 JOUONS LA COMSDIEI

LUCILE

Moi, d'abord, Je me déclare incapaUe de rien trouver.

HBKRI2TTB.

Alors, tu seras le critique.

MJLTHILDB.

Laisse faire Henriette. Elle a toujours le prix de narration... Et puis, elle a lu des romans, elle.

HENaiETTK, M levant.

Premier point I II nous faut un amoureux.

HATHILDB.

Naturellement.

LUCILB.

Ça commence bien; c'est déjà très jolL

HENRIETTE

Veux- tu faire l'amoureux, toi, Lucile?

LUCILE

Obi je ne saurais pas, non : j'aime mieux faire... l'autre.

HBIIRIETTB.

L'autre, c'est la demoiselle. — • Accordé, tu fais la demoiselle. — Alors, ce sera llatbiide.

VATHILDE.

Non, fais-le, toi.

HENRIETTE

Ce n'est pas mon affaire du tout; je n'aime que les rôles où on se moque. Je ferai..., je ferai.. • autre cbose... L'a-^ moureux, on ne peut pas rire.

LUCILE

Fais les parents.

lOUONS LA COMEDIBI 147

■niAIETTBy sans entlioasiasme, avec ane moue.

Hum... Alors, il faudrait que je fasse les deux — la maman qui ne Toudrait pas... et le papa..« qui voudrait Dien.

MATHILDE

Ce ne sera pas comme ici... Ici, c'est maman qui me laisse faire ce que je veux et c'est toujours papa qui essaye de m'en empêcher.

HBIV&IBTTB.

Ou je pourrais encore être une femme qui voudrait se venger — comme dans le roman de tout à l'heure.

HATBILDB.

Tu te mettrais en négresse?

HENRIETTE

Ah I non, par exemple I Hais il n'y a pas besoin d'être noire pour être très méchast*). — Mais d'abord, avant d'aller plus loin, qu'est-ce que nous avons pour nous habiller ?

HATHtLDB.

Nous verrons cela après, nous avons huit jours, nous avons bien le temps.

HENRIETTE

Non, non, il faut voir tout de suite. Nous ferons notre pièce selon nos costumes : ça aide, de savoir comment on sera mis. — Il y a des tas de robes et d'habits dans la petite chambre qui est là, allons voir.

Elle s^f dirige* KàTHILDE, rarrètant.

C'est on cabinet noir.

HENRIETTE

Alors, apportons par ici.

LUCILE

Olil ouf> cm, oail

LA TOIX DE FBMME DB CHAMBRE, dehors à gauch*»

Mademoiselle ?

MATHILDB.

Bon I Zoéf maintenant 1

LA YOIX.

C'est votre frère qui Yoos cherche.

MATHILDBi ennayèe.

Je l'entends qni monte...

HENRIETTE

Eh bien ! est-ce qu'il n'y a pas le yerrou ?

Elle coart mettre le Terrou.

MATHILDE

Tiens, c'est vrai.

LA YOIX.

Mademoiselle?... (On frappe an fond en essayant d'ouvrir.) La

porte est fermée... ces demoiselles sont probablement dans le bois. — Ah 1 Et puis, à la fin, il m'ennuie, M. Fabrice^ à me faire faire comme ça ses quatre cents volontés.

Elle s^en va. — Un temps.

MATHILDE, pensive.

Le verrou?... Dire que je n'y avais jamais pensé...

HENRIETTE

Du moment que vous me confiez le soin de faire la comédie, c'est que vous supposez que je connais les accessoires... — Il faut toujours penser au verrou... (CommeAeiiemême.) Quand je serai mariée, je le mettrai tout le temps. (Vive.) Allons ! Aux costumes !

BTtf »Van<^

ISO JOUONS LA COM&OIEl

HSKIISTTB*

Hein?...

MATHILDB«

La porte est retombée, nous sommes embarrassées, nous n'y voyons pas...

HENRIETTE, allant ouvrir.

Vous ôtes dans le noir... Voilà, voilà... (Se récriant en voyant Pénorme paqnet de costumes divers que Mathilde et Lucile portent à

eUes deux.) Ah) mon Dieul

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