SCÈNE II SafONKE, niLES
SIMONNE
Bonjour, grand frère I
JULES
Bonjour, petite sœur; d'où viens-tu donc comme ça?
J'avais quelques courses à faire.
JULES
Ta es sortie seule, ta sais que le n'aime pas ça.
SIMONNE
La femme de chambre m'a acccmipasuée jusque chez bhl
LA PETITS MARIBUSS 175
modiste, mon chapeaa n'était pas tout à fait prêt et madame Reboux a eu la bonté de me faire reconduire par sa pre« mière demoiselle qui avait justement une course dans le quartier ; elle est charmante cette demoiselle, et un talent, vois la merveille qu'elle m'a faite.
JULES, distnai.
Oui, très joli. Où as-tu mis la cire ?
SIMONNE
Tu sais bien que je ne touche jamais à ton bureau. Eh bien! voyons, comment me trouves-tu?
JULES
Charmantel mais n'avais-tu pas ton chapeau rose?
SIMONNE
Y penses-tu un chapeau de trois semaines que madame de PréfBUiOes a vu au moins une fois. Songe donc que c'es un dîner officiel.
JULES
Oui, om, c'est bien amusant, justem^t j'ai ce soir un rendez-vous très important avec mon homme d'affaires.
Eh bien! tu le verras demain, ton homme d'affaires. En voilà un que je bénis, il te donne toujours ses rendez-vous le soir. Alors, moi, je passe mes soirées toute seule. Espérons que lorsque tu seras marié, il changera sas heures.
JULES
Voyons, ma petite Simonne, tu veux donc absdument me marier? Tu as l'air, ma parole d'honneur! d'avoir envie de te débarrasser de moi.
SIMONNE, Pembrassant.
T'es bête 1
JULES
Ne sommes-nous pas heareux ainsi?
smoNiix.
Parfaitement heureux I
JULES
Alors pourquoi changer notre petit train-train?
SIMONNE
Nous ne changerons rien à notre petit train-train. Nous serons trois au lieu de deux, voilà tout. Amélie de Préfeuillesy autrefois Amélie de Sognac était au couvent dans les grandes quand J'étais dans les petites. Elle était ma petite mère, rien ne sera donc changé, si ce n'est qu'au lieu d'une enfanti elle en aura deux.
JULES
Vous avez arrangé cette petite combinaison ensemble.
Parbleu, nous ne pouvions pas arranger ça avec les parents delà fille puisqu'elle est orpheline comme nous sommes orphelins.
JULES
Il me semble qu'il aurait été plus sage d'attendre que %u fusses mariée?
SIMONNE
Y penses-tu?
JULES
C'est l'avis de mon homme d'affaires.
SIMONNE
Et il a trouvé ça tout seul, ton homme d'affaires, sans chercher. Ecoute, j'ai à peine quinze ans. Je ne puis donc me marier au plus tôt que dans deux ou trois ans. Or, tu as
LJl PETITE MARIEUSE 177
trente-cinq ans, dans trois ans ta en anras trente-hnit; anjoard'hai tu es à la limite d'âge, dans trois ans ta seras on peu mûr, mon chéri.
JULES
Comment 1 an peu mûr?
SIMONNE
Vois ces petits fils d'argent, celte petite gelée blanche, messagère de Thiver.
JULES
J'achèterai de l'eaa Figaro.
Da tout, da toat, J'ai garanti on mari bon teint.
JULES
Hais à t'en croire, je toarne aa vieillard.
SIMONNE
Crois-moi, il n'est que temps, il n'est que temps.
JULES
Pour qai? Poor toi oa pour moi?... Car dans cette in« sistance de ta part, je soupçonne une arrière-pensée
QIMONNE.
Eh bîenl oui, mon Julot. Je ne puis avoir un secret pour toi. Je vais tout te dire : En voulant que tu te maries, il y a effectivement une petite arrière-pensée de ma part
JULES
J'en étais sûr l
SIMONNE
Ecoute-moi et tu vas voir comme j'ai Dien arrangé notre petite existence.
JULES
Voyons.
i7S U PiniK MARIEUSE'
glMOHlVE*
Je f ai parlé souvent de mademoiselle de Fortembert, mon amie de pension, elle a on frère.
Ahl
SIMONNE
Qui m^a vue souvent au couvent quand il venait voir sa sœur. Il m*a fait demander ma main.
JULES
Ahl
SIMONNE
Oui, il y a deux ans.
JULES
Il ne perd pas de temps, ce monsieur; quel âge a-t-il?
SIMONNE
Je ne sais pas. Il va passer son bachot.
JULES
Ah ! très bien.
SIMONNE
Bref» il a dit à sa so&ur, qu'il me trouvait charmante, qu'il m'aimait et qu'il n'aurait pas d'autre fempie que moi.
JULB8.
Et puis?
SIMONNE
Et puis... Voilà ce qui est difficile à dire, il a pris des renseignements sur nous» sur nos relations, et,., ces ren^ geignements ne l'ont satisfait qu'à moitié.
Gomment à moitié?
U PETITE HABIEDBB 179
fllHOniTB.
Od, ransel^ements très bons snr mon compte, doateax snr le tien.
ta ne songeais qa'à moit mais da moment qu'il s'agit de toi et que ton mariage dépend du mien, ta me permettras de réfléchir puisque nous sommes deux dans cette affaire. Da reste, nous avons le temps; l'élève Fortambert n'a pas flni ses études, il n'a pas subi son bachot, il n'a pas fait son volontariat, nous avons de la marge.
SIH05NX.
Gomment de la marge... mais pas du tout, pas du tout... moi je puis attendre... Raymond peut attendre.
JULES
Qai ça, Raymond?...
SIMONNE
M. de Fortembert... mais toi... tu ne peux pas attendre... mon chéri, tu es à point.
JULES
A point?... Qu'est-ce que c'est que cette façon de parler? Eh bien! puisqu'il en est ainsi... puisqu'on abuse de l'ami* tié, de la patience que j'ai montrées jusqu'ici, puisqu'on ne craint pas de se jouer de moi, je vais remettre toute chose à sa place... Dès ce soir, mademoiselle vous rentrerez aa couvent, car je pars en voyage.
SIMONNE
Tu pars... Et le dîner de la comtesse?..*
JULES
Nous n'irons pas.
SIMONNE
Nous n'irons pas... C'est impossible I
JULES
Ce sera pourtant... Plus un mot sur ce sujet. Où est la cire?... Oîi avez-vous mis la cire?
LA PETITE HÀRIEUSS BIK05lfB Je l'ai rae ce matin dans Totre cbambre.
m LA PETITE 1ARISUS8
JVL19.
Je vous avais défendu cependant d'entrer cfaes moi.
SIMONNE
C'est vrai... mais aves-vous remarqué une superbe branche de rosier sur votre cheminée? On m'avait dit qu'en trempant la tige dans la cire» elle se conserverait longtemps, je l'ai fait, croyant vous ôtre agréable, je ne le ferai plus.
JULIS.
Ah 1 où est le bougeoir?
SIHONRB, qai Vtk aUnné.
Levoid.
IVUa, ««bfftaiiC iM don lÉUm^
Merci, (a part.) Elle a du chagrin, mais ne faiblissons pas. (n ■ohha. — Aa doniMtiqpit qoi «ntrv.) Portfli CCS lettres à leurs adresses. Allas vite.
SIKONUB.
Ohl oui, aHez vite. (Se repraiant.)' AltoE, Jean. (Le domestiqa*
sort.) Monsieur mon tuteur veut-il que je rentre à la pension, avanti)u après le dîner?
JULES
Après dîner. Je ne te mets pas an pain sec. (a part.) Elle se résigne 1 (Haut.) Tu comprends, Simonne, que je ne puis tolérer qu^'une jrâoa tlte de um Age^ une enfant, s'occupe de certaines questions qui ne la regardent pas. Du reste, j'aurai à ce sujet une explication avec madame la supérieure et je suis certain qu'elle vous Bjriera, mademoiselle de Fortembert et toi, de laisser tous vos projets de mariage dans le fond de vos pupitres.
Ta feras cela?
LA PBTITI iJLRItœs II»
Oui ..
ixaoïfiiB.
Tu raconterais tout à madame la sopérieûrot
JULBS.
Gertainemem.
StMORirB.
Ta feras celât