JOLIS
Jeteterai.
SmONRB.
Ah I il veut briser mon avenir t
JULBS.
Qu'est-ce qu'elle ditf Ûa'est-ce qu'elle dit ?
smoHiiB. *
Et ma réputation, monsieur, ma réputation?
JALBS, rlwt.
HUevifalNl
siMomit.
Ob! tenez» tenez, vous n'kvei pas de cœur, mais je lut-
terai, oui Je lutterai... Vont ètas nioti MM^or, c'est possible, mais vous n'avez pas le droit de me torturer. Vous le voulez, ah bien 1 jious plaiderons.
JULBB, riaal
Nous plaiderons.
SIMORNB.
Oui, nous plaiderons, et je me défendrai moi-même, Je n'ai pas besoin d'kvocat ni dliomme d'affaires, moi.
JULES, devenant eérienx.
Ah ça! mais...
SIMONNE
Hessieurs les juges, vous voyez devant vous une victime delà tyrannie fraternelle. Je viens vous demander un ren* seignement. Est-il défendu à une jeune fille d'aimer un jeune homme?... De lui promettre sa main pour Tavenir?... Non, messieurs les juges,non, n'est-ce pas? Vous êtes vieux, mais vous ôtes bons. Vous avez aimé, vous. Vous me comprenez. Donnez donc une leçon à ce frère dénaturé. Empôchez-le de continuer sa vie de polichinelle, et puisqu'il a si grande hor« reur de se marier, condamnez-le au mariage à perpétuité.
JULES, rUnt.
Bravo! bravo 1
SIMONNE
Premier prix de discours français. Et vous verrez si je ne gagne pas mon procès.
JULES
Taime mieux en rire.
SIMONNE
n me semble qu'il serait convenable d'envoyer des excuses à madame de Préfeuilles.
JULES
C'est fait, la lettre vient de partir.
Ah! alors vous avez écrit avant mon arrivée, vous avies manigancé cette petite querelle.
JULES
Pincé!
SIMONNE
Eh bien! veux-tu que je te dise, tu as joliment bien faiu
LA PETITE MARIEUSE i8S
JULES
Comment?
SIMONNE
C'est d'an bon frère.
JULES
Je ne comprends pas.
SIMONNE
OafI qnel poids de moins snr la conscience.
JULES
T*expliqaeras-ta?
SIMONNE
Eh bielf 1 écoute, tu sais si je t'aime, tu sais si je veux te Toir heureux; peu m'importe la femme que tu épouses, qu'elle te plaise, c'est l'essentiel, sois franc, tu aimes une autre personne que madame de Préfeuîlles.
Moi, du tout, qui peut te faire croire...
SIMONNE
RueMogador^ 66is.
JULES
Hein, comment sais-tu?
SIMONNE
Ce n'était pas difficile à deviner, trop d'homme d'aiïaires, ça devenait invraisemblable, alors je me suis informé de l'adresse en question, j'ai fait demander M. Lagripoul, mconnu, Lagripoul, l'hôtel, car c'est un petit hôtel, était habité par la Soretti, du Théâtre-Italien.
JULES
Tu as osé faire une démarche aussi inconséquente... lussi...
486 U PETITE lUEIEUSK
SIK01I9B.
Aussi tout ce que ta voudras, mais il s'agissait de toi et de ton bonheur, j'ai tout osé : qui sait, me disais-je, il aime peut-être cette dame, il la préfère à madame de Préfeujlles, eh bien ! qu'il l'épouse, je fais volontiers abnégation de mes projets, et s'il le faut, je la supplierai de ne pas refuser; ta vois, suis une bonne petite sœur.
J9LBS.:
Je n'en ai jamais douté.
SIHOHIB.
Alors, je me suis dit : il faut la voir cette dame, la connaître, lui parler, la juger.
JULIS. ^
Hein?
SIMOlflIB.
Sans être connue d'elle; une fois, ce parti pris, il fallait Texécuter, voilà le difficile, mais je n'ai pas été longtemps à trouver un moyen et je sors de chez ïnadame SoTetti.
Tu sors de chez cette dame?
smoNRii.
Certainement, et je l'ai vue et je lui ai parlé.
iniBt.
Ahl c'est trop i3rt, par exemple*
SIKOiriIB.
Oui, certainement, c'est* assez totU mais quand il ^agit de toi, rien ne m'arrête.
JULBB.
Elle est terrifiante, mais, malheureuse exkfaat» comment as-tu osé fartre une pareille démarche?
LA PBTIU BLàRISUSEï 1S7
fiiHomis.
Sois tranquille, elle ne me connaît pas et je me suis bien gardée de me faire connaître.
JULES
Hais comment as-tu fait? (a part.) J'ai chaud.
SIMONHE.
J'étais chez ma modiste, comme tu sais, la première demoiselie m'a reconduite et je m'excusais de la déranger. » i>u tout, me dit-elle, je yais dans yotre quaitier porter ce chapeau, rue Mogador 6 bis^ chez madame Soretti. Le hasard venait à moi. — Vous allez chez la Soretti? la grande, la célô* hre artiste? — Oh! célèbre, me répondit la première demoiselle, célè)p par le fiasco qu'elle a fait cet hiver aux Italiens*
JULES
C'était une cabale.
SIHOIIHB.
Alors, je d!^ à la première demoiselle que je brûlais d'envie devoir une artiste de près. — Vraiment, s'empressa-t-elle de me dire. Venez avec moi. Vous passerez pour la seconde demoiselle, c'est vous qui aurez fait le chapeau, et vous venez l'apporter.
JULES
La voilà modiste maintenant.
siHOinrs.
Ça m'était bien égal. Nous arrivons, nous sonnons et on nous introduit dans un petit boudoir. — Attendez uninstant, mesdemoiselles, madame prend «sa leçon... elle aura fini dans cinq minutes. Le hasard faisait bien des choses, la porte du salon était entr'ouverte, et sans être vues, nous assistions à la leçon. - (EUe chante.) Ah 1 ah! ah 1 qu'est-ce que vous avez aujourd'hui? disait le professeur. Vous n'êtes pas en train... ~ Si fait, si fait, je vais m'y mettre, disait la
188 LA. PETITE, marieuse:
grande chanteuse» ah l ah! ah! ... — Dieu que c'est faux ! s'é criait ie professeur. — C'est faux, vous êtes une vieille brute Et sur ces mots nous entendîmes un bruit sec, c'était un énorme souCQet.
JULBS.
Les grands artistes sont très vifs.
SIMONNE
Après quelques minutes d'attente, la femme de chambra nous ût entrer dans un autre petit boudoir, la divinité était là, étendue sur un divan oriental.
JULES
Elle se reposait des fatigues de la leçon.
SIMONNE
Ah 1 c*est vous, ma belle, entrez. Tiens, quelle est cette petite? La petite c'était moi. — C'est ma cousine, madame, répondit la première demoiselle. — Ah! très bien. En ce moment, on frappe à la porte. — Entrez, dit la grande artiste. C'est vous, Carlo, venez, caro mio, asseyez-vous et donnezmoi une cigarette.
JULES
C'est très bon pour la voix.
SIMONNE
EU bien, et ce chapeau, voyons ? — ^ Voilà, madame. — Ob! délicieux, ravissant, un amour, j'ai l'air d'un grévin, n'est-ce pas, Carlo? —Vous êtes divine, idéale, céleste, riposte le jeune Italien. Alors la grande artiste aperçut le carton que Je tenais à la main, par contenance, et qui renfermait un chapeau quelconque. — Qu'est-ce qu'il y a là-dedans? ditelle. ^ Un chapeau que nous portons à une pratique. -^ Montrez, petite, montrez; pour qui cette merveille? — Pour mademoiselle Simonne de Raspadour, répondls-je sans sour» ciller.
Halheoreusel ta as dit ton nom.
SIMONNE
Attends, attends. Ah I vraiment, est-elle jolie, cette demoiselle de Raspadour? me demanda d'un petit ton dédaigneux la grande chanteuse. —Très jolie, madame, très jolie. —Mais ce chapeau est bien élégant pour une pensionnaire, car elle ^t encore au couvent, je crois? —f)ui, madame, mais c'est un chapeau de cérémonie, c'est pour le mariage de son frère.
JULES
Comment, tu as dit?
SIMONNE
Qu'est-ce qu'il y a de mal à cela ? — Son frère, quel frère? s'écria la grande artiste. — Elle n'en a qu'un, madame, Jules de Raspadour. — Jules, Jules, c'est impossible, vous vous trompez. —Du tout, madame. — Du tout» mademoiselle de Raspadour n'a qu'un frère, mais quel âge a-t-il ce frère? — Quarante ans, madame.
JULES
Gomment, quarante ans, tu me vieillis.
SIMONNE
Vous voyez bien, Jules n'a que vingt-neuf ans. — Tu te rajeunissais,... —Je vous assure, madame, qu'il a quarante ans au moins. Le connaissez-vous, petite? — Un peu, madame... Alors la déesse de ces lieux décrocha fiévreusement un petit cadre de velours bleu de ciel, et me le montra: — Est-ce lui? demanda-t-elle gracieusement; est-ce lui? répondez; vous voyez bien que je souffre. ^ Oui madame, c'est lui, rajeuni, mais c'est bien lui. A ces mots bien innocents, la grande dame poussa un cri affreux et m'arrachant le portrait le foula aux pieds, le trépigna. Ah ! traite, birbante bruto. Carlo, vous dites que vous m'aimez . Eh bien, vengez-moi, et. le vous croirai ; allez poignarder
190 U PETITj^ MAftIEUSR
la canagha, et je vous donne ma^main. Ah I ah! je meurs» je meurs. Elle meurt très bien cette dame.
Eearensemâiat elle a re^a mon hUlet et je ^urai bien••^ (Haai.) Sh bien, qu'est-ce que ta fais là?^*
Ecoute donc, je me repose.
Tu me brodes là une histoire. .
SIKOIINE
Une histoire, et cette photographie que j'ai ramassée au milieu des débris, est-ce une histoire?