LA MESSE DE L*ANE
Son brAlot à la boacbe il disait sa ballade, Tandis qu'an bercement dn panier à salade Je regardais pointer une étoile au ciel bleu. Croyant voir s'allumer la pipe du bon Dieu.
Grand-père et Paysan s'aimaient. C'était merveille De voir quand l'homme entrait l'âne dresser l'oreille Et pour qu'il le baisât tendre un bec langoureux. L'aïeul disait : c Je l'eus jeune, et très amoureux. Il avait grosse tête alors et jambe fine.
Le poil doux, sur le front une tacbe d'hermine ; Un grelot au menton le tenait en gaîté, Parfois trop : quand du vert le drôle avait tâté, Les quatre fers en l'air il en montrait de grises I Il brayait! «c Grand nigaud, tu ris de tes bêtises. Ce disais-je,.. mais quoil le plus sage a des jours Qu'il rue et qu'il s'échappe, et dedans ses amours N'a point l'excuse d'être une bête... ma Jeanne M'eût fait faire des tours dont eût rougi mon âne! »
Donc en sa compagnie étant devenu vieux, Il disait en parlant de Paysan : nous deux.
Bien qu'au bacul de l'âne on vît du temps l'usure, Toujours prêt au labeur, sans refus, sans mesure, Il avait l'air de dire en ses yeux indulgents : « Nature m'a produit pour aider pauvres gens. »
Sobre et constant, c'est tout le stoîque. Grand-père Très fier de ses vertus attestait : c C'est mon firère! Il m'a sauvé I c'était un soir, dans les grands froids; Un loup qui nous suivait, me flairant gris» je crois, S'approcha, me voyant prêt à choir de la bête... Une ruade lui mit les dents hors de la tête I >
LA MESSE DE L*AIfE 201
Que l'âne fût parent de l'homme aux cheveux blancs^
J'y croyais» les trouvant même entre eux ressemblants :
Par la tête placide, à la terre inclinée»
La routinière allure» endurante, obstinée»
La narine sagace et narquoise» et l'œil bleu»
Calme comme le train des choses, mais un peu
Plus noir» faute de pleurs» chez l'âne» — et voilé, comme
S'il enfermait un plus grand mystère que l'homme.
Grand-père avait ainsi pour ombre à son côté Son âne. Hais il n'est bonne société Qui ne se quitte enân. Par une nuit d'automne» L'aïeul» honnêtement» sans déranger personne» Ayant fait son paquet dès longtemps, s'en alla. Son compère» un ancien, le fossoyeur» vint là; Et l'âne qui passait le vit par la fenêtre Dans la bière coucher et clouer son vieux maître.
Mes quatre grands cousins portaient le cercueil. Moi, Je suivais. Pas beaucoup de voisins au convoi» Car on battait le ban des vendanges. L'église S'ouvrit, triste, et le long de la muraille grise» On s'aligna; Y Amen répondit aux sanglots.
Par moments on voyait passer des chariots, La porte sur la rue étant restée ouverte»
Et le soleil au loin dorait la vigne verte.
Voilà que soudain» comme on était là pleurant» On entendit un cri farouche et déchirant, Plus qu'humain» tel qu'en peut seule râler la bête. Et l'on vit Paysan entrer, tendant la tète.
Dans l'église, geignant comme un soufflet crevé» Fou« son licol romou traînant sur le pavé.
a02 LA MESSE DB L*ANE
Et roreflle pendante, alnai qn'&ni hirondelles
Qa'an plomb méchant blessa l'on voit pendre les ailes»
Il avança, chacun regardant stupéfait.
Et tendre, il allongea le museau, comme on fait
Pour ôtre caressé, sur le drap funéraire,
Et lamentablement Fane se prit à braire.
Peut-être on l'eût battu : mais monsieur le curé. Un vieux, fils du terroir aussi, très vénéré, Vint et dit : t Laisse^le* Ce n'est point un profane; Le Seigneur qui souffrit près de sa crèche un âne Peut bien dans sa demeure endurer oeiniHii, D'autant que le cercueil est une crèche aussi. »
Et tranquille il repnt la messe coittmeneée, Et nul ne se trouva Aoqué dans sa pensée Des répons que bramait la bète en son latin; Et quand fut dit Y Amen qui clôt notre destin, Je le pris par la bride, H suivit les obsèques Gomme aux enterrements o& diantent des évtques Un cheval chamarré qui enit un empereur; Ainsi l'âne a« tembeau soivii is latetireur.
Et Paysan quitta le dernier Ttamble fosse.
Portant — car sa doolenr certes n'était point fausse. N'étant pas héritier, — bas la tôle et sa croix De misère plus lourde à ses vieux os étroits : Triste, il franchit la grille, et Jamais, dès cette heure, Ne la dépassa plus. Sachant que la demeure Du grand^père était là, quand les Jours de marché L'on le voulait pousser à la ville, empSehé Là comme par un mur, nuté de pieds, de tète Et de cœur, ^ le bâton fU-il r^e et tempête