SCÈNE IV
' Un temps froU.
CÉCILE, CHÀPUIS.
CÉCILEy encourageant Ghapuia qui semble fort embarrassé.
Eh bien, monsieur Chapuis?
Madame... l'amour a des phases sipguliàres... Aujourd'hui on est triste... demain on sera gai... Tel qui rit vendredi... dimanche... (▲ part.) Je voudrais bien m'en aller I
CÉCILE, à part.
Je ne l'ai jamais vu si troublé.
CHAPUIS
Madame, j'ai toujours admiré la diplomatie.
CÉCIX.E.
Que voulex-'Vous dire ?
CHAPUIS
Get art dont la branche la plus délicate consiste à ne rien laisser paraître de ce qu'on pense, en s'assuraut d^ MOti-^ ments de son adversaire...
CÉCILE, à part.
Où veut-il en venir?
GHAPUIS»
Madame, je sais jeune, je ne sais pas beaa«.. mais Je suis pauvre; vous êtes riche, voilà ce qui m'a décidé..»
CÉCILE, à part.
Ahl mon Dieu! Il veut m'épouser aussi I
CHAPUIS
... Voilà ce qui m'a décidé à tenter près de vous une démarche que je n'eusse jamais osé faire si le ciel m'eût donné des rentes. Riche, me hasarde rais-je à lever les yeux jusqu'à vous... tandis que pauvre...
CÉCILE, à part.
HeinI
CHAPUIS
Je suis persuadé qu'en vous demandant votre main..*
CÉCILE, à part»
Je ne me trompais pas.
CHAPUIS
Vous ne croûrez pas un instant que c'est pour moi.
CÉCILE, vivement, avec naïveté.
Ce n'est pas pour vous que... (a part.) Encore un marieur I
CHAPUIS
Madame, ie n'irai pas par quatre chemins. Il est un homme... pas banal, qui vous aime depuis longtemps et qui vous prie de... consentir à devenir sa femme.
CÉCILE, avec une vivacité comique.
Monsieur Ghapuis, auriez-vous aussi résolu de troubler ma tranquillité?
CHAPUISi
MàdamOé.»
CÉCILE
N'essayez pas, je ne veux ni ne peux agréer aucun des prétendants qu'on me propose.
CHAPUISy froidement*
Je le sais» madame; sans cela je ne serais pas chez vous aujourd'hui*
GiCILS«
Je ne comprends plus.
GHAPUISy «près an temps*
Madame, je sens que la maladresse doit avoir des bornes; je me suis chargé d'une mission que je semble dégrader depuis une demi-heure par un langage indigne de sa gravité. Je suis timide ; je cause horriblement... je narre moins mal. Voulez-vous me permettre de vous dire une courte anecdote?
CÉCILK*
Volontiers*
CHAPUIS
Il y a cinq ans, deux amis, — l'un chimistOi l'autre poète — vivaient ensemble. Tous deux étaient entrés dans la vie, sinon par le soupirail de la misère, du moins par la porte bâtarde de l'humilité. En ce temps-là, les rêves d'amour, de gloire et de fortune les nourrissaient plus que ne faisait la pension paternelle. Le chimiste*- distingué déjà — devint amoureux... maisamoureux«.. amoureux enfin 1 Un jour, ~ quel vilain temps il faisait! tenez, à peu près comme tout à l'heure... -^ les amis discutaient gaîment, le poète sur la chimie, le chimiste sur la poésie... (inévitable!) lorsqu'on monta une lettre adressée au chimiste»
CÉCILEi très troublée, à part*
Que va-t-il dire?
CHAPUIS
Le destinataire lut quelques mots, et, anéanti par une do ces douleurs trop violentes pour être exprimées par la parole, muet, tendit à son ami le pli funeste. — L'écriture, bien que fine, était ferme et décelait une main .féminine... mais peu charitable*
Une lettre— comment cela?
CHAPUIS
Ces quelques mots étaient nerveusement tracés : c Vous 1 comprenez que Cécile... (MouTament 4» Céeiu.) ne peut 6tre » votre femme. Si vous êtes galant bomme, vous ne l'en- • traînerez point à consommer une action dont vous vous » repentiriez cruellement, bientôt, tous deux. »
CÉCILE^ à part.
Et c^egt TOUS, ma mère, qui avez éi^it celai..* — Paul, vous fttes on cobot généreux...
chàpuis.
Je vous ennuie, madame?...
CiCîLEy vivement avec intérêt.
Monsieur Chapuis...
CHAPUIS
J'abrégerai. Mon ami^. •— pourquoi eadiei plus longtemps ta personnages — buit jours après la réception de la fats^ missive, partit pour New- York où un industriel lui a fait fiiie ta fortiine. '«* Si je ne vous ai jamais instruite de rien, madame, ei je vons al laissée douter même de famoor de mon ami Jusqu'à ce jour, c'est que Paul voulait attendre que sa situation lui permit de vous offrir son nom. Il est de retour depuis hier matin. Depuis hier, que d'émotions, 4'attentes, de perplexités. — De son côté, il a voulu savirfr si deux ans de veuvage ne févéleraient point un nouvel amour en votre, emur... -<- Souvent, j'ai été indiscret... en lui affirmant que vous l'aimiez encore «t qu'il serait, un jour, le bienvenu...
GÉCItlf êon9tmm%.
MoniMOT
CHÀPOIS.
ie Toas demande psurdon, madame, on peut mentir pour consoler un malheureux.
UNB DEVISE 2)7
Mcmsienr Ghapois...
GHAPUIS.
Voilà Tanecdote. Elle est pauvrement racontée... Je ne suis pas loquace, mais J'espère que vous serez indulgente et que vous daignerez m*aider à trouver une morale à ce conte.
CÉCILE, émff»
Uoa morale?
CHÀPUIl.
Chercbee un peu...
GËCILE.
Aidez-moi-*
CHAPUIS, près de la table, voit nue CtviUe de papier à lettre.
Tenez, madame, quelques mots ajoutés à la devise gravée sur ce papier... pourraient, si tous me permettiez de les écrire.:, car, je vous le répète, je ne suis pas loquace...
CÉCILE
Je vous le permets... vous m'avez toujours été si sympathique, monsieur Ghapuis...
CHÀPUIS, avec une mélancolie gale i^asaeyant à la table ponr écrire.
Pardiél un confident, c'est comme une fontaine qui fuit... ça se trahit toujours I