‹ Saynètes et monologues (volume 3)Chapitre 46 sur 52 · GUSTAVE NADAUD · texte numérisé non relu

GUSTAVE NADAUD

JEAN ET JOHN

Deux amis, Jean et John, l'un Français, Tautre Anglais^

S*en vont faire on voyage ensemble.

Ils veulent parcourir le monde. Laissons-les S'éloigner Tun de Bouvre et l'autre de Calais.

Savez-vousce qui les rassemble?

L'un est vif, généreux, quelquefois étourdi.

Grand chercheur de dangers, grand chanteur d'ariettes. Il brave volontiers le soleil à midi, Et, le soir, prend souvent le menton aux soubrettes. L'autre au contraire est calme, on pourrait dire froid. Ferme à l'occasion, il fuit les imprudences, Recommande un écueil, signale un bon endroit, A son thé dans sa malle et marque ses dépenses. Vous jugerez qu'étant à ce point différents.

Nos deux amis sont gens à faire bon ménage.

Ils sont au demeurant à peu près du môme âge, Et tous les deux issus d'honorables parents.

Un voyage en commun, c'est une rude épreuve : Que de concessions, d'égards, de compromis.

Pour ôtre commensaux et demeurer amis !

Qu'on soit en pleine mer et supposé qu'il pleuve : Tous à bord sont couchés, s'ils ne sont endormis. Mais il ne reste plus qu'un seul lit disponible. Quel lit? vous le savez, un lit indivisible,

238 9EÂN ET JOHN

Jean, chevalier français, Toffre résolument; loluiy gentleman anglais, Taccepte poliment.

Jean fort dd son honneur, s'assied sur des cordages» Attend patiemment la fonte des nuages.

Sur son nés rougissant ajuste son manteau.

Conçoit en philosophe un rhume de cerveau, Fait des vers à sa belle et lance des yeux mornes A cet astre moqueur*qui lui montre ses cornes. John, usant de son droit, se maintient en santé, Trouve son lit trop dur et s'abreuve de thé.

Tombeût-ils pour diaer dans une hAtelierie? '

L'ordinaire est frugal et nos amis ont faim.

On leur offre un poulet de mine rabougrie,

Poulet moins q[ue pigeon, poulet d'auberge enfin.

Rien d'autre, pas un œul^ pas un nid d'hironddles,

Pas un [pois chiche! Wn bien, (ju'on nous le serve : allons

Jean, chevalier français, s'empare des pilons;

John, gentleman anglais, se contente des ailM.

Voilà le vrai moyen d'être toujonrs|d'accord;

Qui dira le contraire aura mille fois tort*

Un jour nos deài amis sont jetés à la côte.

Moitié par la tempête et moitié par leur faute. Ils tombent au milieu d'un pays inconnu.

Pays d'heureux aspect, d'apparence fertile.

Ils pouvaient aisément se croire dans une Oe Où nul Européen n'était encor venu; Peuplée, évidemment; par qui? par des sauvages. Des hommes nus peul-ètre ou des anthropophages. Il fallait avant tout se construira un abri»

On avise à ce but la falaise voisine.

John est plus prévoyant : sa malle est une usine Où sont tous les engins» depuis le bistouri Jusqu'aux armes à feu de guerre et de cuisine. Jean n'a que son génie aidé par deux bons bras.

JfiAN ET JOfiK S3»

n se met aa travail sans craindre la dépénâet

Empile des cailloux, pique des échalas.

Elève la maison, établit la détende.

Et prépare le soir un souper de hasard

Dont John, moins affamé, prend la meillenrd part*

Nos alliés, bercés an sein de la natare»

La tête sur le coude et le corps sur la duf e»

S'endorment. Tout à coup, au milieu de la nuit,

Autour de la cabane il se fait un grand bruit :

Les sauvages venaient avec des cris de guerre.

Des tambours, des tamtams> voire des éléphants,

Attaquer les intrus. Semblables au enfants

Qui préviennent toujours du mal qu'ils veulent faire,

Ils se donnaient du cœur en roulant leur tonnerre.

Jean et John, réveillés par ce bruit opportun,

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