VU
de repos. Quelques excès de jeunesse réclament de moi vingt ans de repos et je les lear accorde. Pendant ce temps, ines deux millions, rentrée de jeu placés intelligemment, auront produit la somme suffisante pour satisfaire aux exigences de Festoma.^ et du cœur, car avec deux cent cinquante mille livres de rentes, on vit, monsieur, (Avee forœ.) on TitI
FOURMIDOR.
Je crois bien.
istnoRB.
Mais me direz-vons, dans vingt ans 'tu seras vieux; tu ne pourras plus jouir de la vie. Erreur, monsieur, dans vingt ans j'en aurai quarante-cinq, or, à quarante-cinq ans l'homme est dans toute sa vigueur, surtout lorsqu'il s'est économisé, et je veux m'économiser pendant vingt ans. (Aveo chaleur.) Ahl quarautc-cinq ans, mais c'est l'Age d'or, monsieur.
FOURMIDOR, avec coquetterie.
C'est mon âge, monsieur.
ISIDORE
C'est à quarante-cinq ans que l'homme devrait naître; les années antérieures sont remplies de si sottes préoccupations; à elles les ennuis, les dégoûts, les désillusions de toutes sortes, quarante-cinq ans, mais c'est... c'est l'heureux plateau de la vie.
FOURMIDOR.
Heureux plateau me plaît...
ISIDORE
N'est-ce pas?
FOURMIDOR.
Parfaitement 1 Seulement, dites donc? pour la réussite de votre combinaison, il ne vous manque plus que l'entrée de jeu comme vous dites*, les deux millions.
Erreur 1 je les ai.
Bahl
ISIDORE
POURMIDOR.
Je les ai pris.
Oaça?
DaDS la caisse.
ISIDORE
rOURHIDOR*
ISIDORE
FOURMIDOR.
Qaelie caisse?
Parbleal la caisse dont je sais caissier.
FOURMIDOR» bondUsant.
Dans ma caisselll
ISIDORE, tranquillement.
Nécessairement 1
FOURMIDOR, affolé.
Ah! brrl... mon Dieal c'est un rêve, (ii s'essuie le front.) Il est fou! Yoyqns? monsieur, mon cher,.. Fpqilje... Ceuille... je ne sais plus quoi, voyons? c'est une plaisanterie, beîn?
ISIDORE
Monsieur, en arithmétique, on ne plaisante jamais!
FOURMIDOR.
Mais alors... (n s*élance sur Isidore qui le contient.) Au VO-
leurl au vol!
ISIDORE, lui fermant la bouche.
Pas un cri, pas un geste! oa voas êtes perda!...
FOURMIDOR, anéanti.
Il va m'assassiner. Ahl debout 1 debout 1 les Fourmidor meurent debout!
Il se raidit.
ISIDORE
Allons! allons! rasseyons-nous; il ne s'agit pas ici de faire la bête!
La bête!
Il retombe assis.
ISIDORE, froidement.
Les deux millioas sont en sûreté, vous ne les reverrez pas. Ne braillez donc pas inutilement. Ce matin à huit heures sonnant à la Bourse, j*avais vingt-cinq ans; à neuf heures je vous prenais deux millions; à dix heures l'argent était en sûreté; à onze heures je sonnais à votre porte. Vous savez le reste, offrez-moi un bon cigare et allez chercher le commissaire de police.
FOURMIDOR, d'une voix étranglée.
Ah! gredin! malandrin! Cartouche!... Papavoine!... tu vas pourrir en prison ; dix ans, quinze ans.
ISIDORE
Vingt ans, j'ai calculé sur vingt ans. (Nonchalant et rêveur.)
Penh! la prison est parfois salutaire; on la calomnie sans la bien connaître. Pour le fou, c'est la réQexion; pour le pauvre, c'est l'économie; pour moi, c'est la fortune. Allez chercher les gendarmes, la fortune, je vous attends en fumant un cigare. Ahl en voilà.
Il allume un londrès qu'il a pris sur la table et s'étend sur un divan.
UN GAISSIBR 33
FOURMIDOR.
Ah! le brigand I (aéfléchissaiit. — a part) C'est qu'il est capable de faire comme il dit, de se laisser arrêter, et alors... qai sait si je n'ai pas tout avantage à le laisser libre; à le faire simplement surveiller; par ce moyen j'ai la chance d'arriver à découvrir où il a fourré mes milL.. c'est cela, il sera toujours temps de le (aire coffrer. Amadouons-le.
Qu'est-ce que vous ruminez là-bas, mon cher natron?
FOURMIDOR, à part.
Son cher patron I... Canaille I (Haat.) Mon cher...
ISIDORR.
Feuille 1 Isidore Feuille.
FOURMIDOR, gracieux.
Mon cher monsieur Feuille, vous êtes un atroce bandit, c'est clair, et pourtant je ne veux pas votre perte. Je suis bon, moi, je suis excellent, moi; je sais qu'il faut pardonner les folies de jeunesse.
ISIDORE, riant.
Ahl vous appelez ça une folie de jeunesse, je veux bi^a.
FOURMIDOR.
Enôn je cherche s'il n'y aurait pas moyen de...'
ISIDORE
De savoir où j'ai caché votre argent?
FOURMIDOR, Taxé.
Ahl vous croyez ..
ISIDORE
C'est pourquoi vous hésitez à me faire arrêter.
FOURHIDOR, à part.
Il m'a deviné!
ISIDORE
Eh bien! je sais bon diable; moi aossi, j'ai un moyen it vous offrir.
FOURHIDOR.
Pour rentrer dans mon argent?
ISIDORE
A peu près.
FOURHIDOR.
Comment, à peu près?
ISIDORE, cérémonieaz.
Monsieur, j'ai Thonneur de vous demander la main de mademoiselle votre fille.
FOURHIDOR^ ahnri.
Hein!
ISIDORE
Evidemment! si je réponse, les ûe^x millions deviennent... ma dot, je veux dire sa dot!
FOUBMIDOR.
En voilà un aplomb!... donner ma fille à un vulgaire filou!
ISIDORE, sérieusement.
Monsieur! je vous défends de m'insulter! je ne suis point... ce que vous dites, je suis un homme intelligent qui a l'habitude des chiffres. Le chiffre et l'idée, tout est là. Je possédais le chiffre, j'ai trouvé l'idée et je l'ai formulée d'une façon pratique, voilà touti
FOURHIDOR, ftptfl.
Il appuie ça une façon pratique.
ISIDORE
Dans vingt ans je sortirai de prison; je serai riche» très riche; j'aurai des amis, beaucoup d*amis et des femmes du monde, monsieur, du meilleur monde, viendront me demander ma main pour leur demoiselle, et vous aurez perdu deux millions, deux millions, qu'avec un peu d'intelligence vous auriez pu conserver à votre famille. (Avec dédain.) Tenez, monsieur... l'homme vulgaire, c'est vous! vous n'entendez rien aux affaires. Allez chercher les gendarmes.
FOURUIDOB, écamant.
Eh bien, oui! je vais chercher les gendarmes, les commissaires, la brigade de sûreté. Je te ferai attacher, garotter, ficeler; tu traverseras à pied, en plein jour la place de la Bourse, les boulevards, et je serai là derrière toi, criant, hurlant ton forfait.
ISIDORE
Pardon, j'ai de quoi m'offrir un fiacre.
FOURMIDOR.
Tu n'auras pas de fiacre.
ISIDORE
J'aurai un fiacre.
Je ne veux pas que tu aies un fiacre.
ISIDORE
Ma foi! si vous y tenez, j'irai à pied. Ohl ça m'est égal; je peux bien faire cela pour vous.
FOURMIDOR, lai mettant le poing sons le nés.
Âttends-moi là, gredin ! attends-moi l
ISIDORE
Âhl pardon! j'oabliais de voas donner quelque ctio&e qa vous concerne.
Quoi?
Cette lettre.
FOURMIDOR.
ISIDORE
Qu est-ce que c'est que ça?... récriture de ma fille. J'a bien le temps de m'occuper d'elle, vraiment!
ISIDORE
Lisez toujours, je ne suis pas absolument pressé.
FOURMIDOR.
Mais je suis pressé, moi!
. U prend son chapean.
ISIDORE
A votre place, moi je lirais, qui sait, il y a peut-être la une consolation.
FOURMIDOR, Ksant.
c Je ne veux pas du mari que vous m'offrez; il danse à
> contre-temps et je n'ai jamais pu lui faire entrer la valse
> dans les jambes. Il est bête de la tête aux pieds; d'ailleurs » je ne veux pas m'appeler madame Robinet. Aujourd'hui » vous recevrez la visite d'un jeune homme de mon choix;
> il vous fera sa demande, et je compte que vous l'accueil- » lerez. » (pariA.) Ah! il sera bien reçu celui-là! il n'ii qu'à venir !
ISIDORE
Il est venu.
Quand ça?
C'est moi.
Toi.
Moi-même.
FOURMIDOR.
ISIDORE
FOURMIDOR.
ISIDORE
FOURMIDOR.
Eh bien, elle est forte, celle-là!
ISIDORE
Est-ce entenda, beau-père?
Je te défends de m'appeler beau-pôre, toi !
ISIDORE, très poli.
Beau-père, je valse fort bien, voilà pour les pieds, et je calcule mieux puisque je vous tiens, grâce à mon ingénieuse combinaison, car je vous tiens, beau-père ! voilà pour 1a tète.
FOURMIDOR.
Te tairas-tu, malandrin I Où sont mes deux millions?
ISIDORE
Je ne sais pas.
FOURMIDOR.
Ohl si la torture existait encore!... Mais la société est désarmée.
ISIDORE, tirant un papier* de sa poche.
Signez-moi ça, c'est votre consentement à notre mariage.