VI
FO URtfl DO R, voulant parler.
Pardon...
ISIDORB.
Ne m'interrompez pas, je n'aime pas ça, surtout lorsque }6 me lance à toute vapeur dans les opérations arithmétiques.
F0URM1D0R.
C'est que...
ISIDORE
Mon calcul est des plus simples; je pourrais le compliquer, mais la simplicité est une des formes du génie.
FOURUIDOR.
D*accord, mais...
ISIDORE
Monsieur, je n'ai pas le souI je ne suis qu'un modeste caissier, le vôtre...
FOURMIDOR.
Ohl pas pour longtemps!
ISIDORE
En effet! dans quelques instants je serai votre associé.
FOURMIDOR, bondissant.
Heinl
ISIDORE
Ne bondissez pas!... J'ai horreur décela quand j'argu- ;mente.
Il le pousse.
FOURMIDOR, tombant assis.
U est renversant!
I8ID0IIB.
J'amye à mon simple calcul. Je gagne chez vous six mille francs par an.
FOURMIDOR.
C'est joli!
C'est triste 1
Ahl
ISIDORE
FOURHIDOR.
ISIDORE
Jaisez-YoaSy sacrebleal et ne tournez pas comme un moulin à café.
U pousse de nouveau Fonrmidor qui retoin]>e sur le divan.
FOURHIDOR, furieux.
Butor i
ISIDORE, le maintenanl.
Vous êtes assis, restez assis. — Savez-vous compter?
FOURHIDOR.
Ahl il est sublime!
ISIDORE
Ça n'est pas bien sûr. Enfin, suivez-moi si vous pouvez. (Très vite.) J'ai calcuIé qu'en travaillant chez vous et en accumulant les appointements de six mille francs qui me sont alloués chaque année, j'obtiendrais au bout de vingt ans 2 fois 6 = 12, un premier total de cent vingt mille francs dont le revenu, pour ne parler que des intérêts simples, très faciles à compter, puisqu'ils s'établissent par une progression annuelle de trois cents francs, dont le revenu, dis-je, nous donnerait en dix-neuf ans, je perds la première année consacrée à^racquisition des premiers six mille francs,
base de mon opération. (Additlonnaut avec une extrême rapidité.)
3-9-1 8-20-25-33-34-38-45-48-54-63-65-70-78.79-83-90.zéro et je retiens 9 et 1-10-12-14-16-18-21-24-27-30-34-38-42-47-52- 57, — 7 et j'avance 5; un nouveau total de 57,000 francs, qui, joint au premier 7-5 et 2-7 — 1 forme un total général de 177,000 francs, dont la rente à 5 pour cent serait de 8,850 francs. ^
FOURUIDCif, qui s'est petit à petit intéressé au calcul.
Quel art que Tarithmétiquel
ISIDORE
Le premier des arts, taisez-vous! nous disons donc : huit mille huit cent cinquante francs de revenus.
FOURMIDOR.
C'est très gentil 1
ISIDORE
C'est triste! monsieur,, d'autant plus triste qu'il me faudrait, pour ne rien distraire de mes appointements pendant ce laps... passer vingt années à vivre de l'air du temps, nourriture trop élémentaire, menu insuffisant, qui me ruinerait évidemment l'estomac, le premier des viscères.
FOURMIDOR.
Et le cœur?
Le cœur, peut-ôtre... mais l'estomac d'abord I... Qui me ruinerait, dis-je, l'estomac, si je n'avais renoncé à ma première combinaison, pour en trouver une seconde que voici 1
FOURMIDOR, curieux.
Ahl
ISIDORE
Oui! supposez qu'au lieu de cent vingt mille francs, péniblement amassés, je parte avec une entrée de jeu de deux millions.
FOURMIDOR.
Fichtre 1...
ISIDORE
Il m'est permis d'opérer sar une plus vaste échelle, et mon horizon s'élargit.
FOURMIDOR.
Aht votre horizon...
ISIDORE
S'élargit!... évidemment. En effet, au boat de quatorze ans, j'obtiens quatre millions; tout capital bien administré devant doubler en quatorze ans, par la seule force de son revenu. Aussi je pars de la quinzième année et je dis : — suivez-moi si vous pouvez 4,200,000 — 4,410,000 — 4,630,500 — 4,862,025 ^ 5,4 05 J 26 francs 25 centimes, et enfin 5,360,38*2 francs 56 centimes, plus une fraction car il reste un sou à diviser.
FOURMIDOR, enthousiasmé.
Il reste un souI
ISIDORE
Voilà! vous comprenez, monsieur, qu'en présence de la différence des résultats, je n'hésite pas à adopter la deuxième combinaison.
FOURMIDOR, ahari.
Il adopte?... je ne comprends plus.
ISIDORE
Alors, vous êtes obtus!
FOURMIDOR.
comment, je suis...
ISIDORE, très haut et marchant sar lai.
Oblual c'est évident, mais passons. Monsieur, j'ai besoin