‹ Saynètes et monologuesChapitre 17 sur 50 · LE PREMIER BILLET · texte numérisé non relu

LE PREMIER BILLET

Petit aalon en désordre, îndiqnaDl qu'une femme' en eit sortie pour aller au Iwl. — Au milieu^ guéridon ; — à cété, une chaise. — Sur le guéridon tralueDt différents objets de toilette, dont quelques-uns ont roulé par terre, souliers de bal, gants, etc., etc. — À gauche, porte ouverte par laqiiefle on entrera. — A droite, porte conduisant à la chambre à coucher ; cette porte restera ou. Terte. — An lever du rideau personne en scène. ^ On entend dans la eoulisia des pas, et la fin d'une conversation.

IULIETTE, entrant par le pan coupé de gauche, parlant à la cantonade.*, ao

bougeoir à la main.

... C'est entendu à onze heures précises, le déjeuner... Allons, bonne nuit, ma petite tante chérie... bonne nuit... vous direz à la femme de chambre qu'on ne m'apporte pas

mon chocolat... bonne nuit. (Elle envoie un baiser, puis entrant, rt poser son bougeoir sar le gaéridon, pois revient fermer sa porte à double

tour.) Là, très- bien... (poussant les verrous.) Mo voilà tranquille maintenant; avec ma porte ainsi fermée... je ne crains pas les voleurs... Si je n'avais pas une serrure aussi solidement armée, je ne pourrais pas dormir une seconde... (Riie allume une autre boagie.) Quaud il fait sombrc, j'ai uno peur effroyable... surtout depuis tous ces horribles crimes dont les gazettes sont pleine^... Si l'on venait m'a»-

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sassiner, pauvre malheureuse, j'aurais beau crier... qsè pourrais-je contre un grand diable d'homme comme doit être un assassin... car je me figure que pour se faire assassin ou voleur il faut être grand, très-grand, énorme... Comme je deviens brave tout de même. Quand mes portes sont ainsi hermétiquement closes, je comprends admirablement bien les gens qui affrontent de sang-froid les dangers

du champ de bataille... (On enteod des bralts de pas dans la ehambra de gaache. Juliette est prise de peur. Le brait Ta s'angmentant. Juliette ocurt, à la porte, tient la serrure à deux mains.) Quelqu'UU...

Ah ! mon Dieu ! qui est là. . . et mon oncle qui couche à l'autre extrémité de l'hôtel... que faire? que devenir?.. Eh bien,

et mon courage... ou est-il? (Le bruit devient très-fort. On enteoà

on tiroir ^oi tombe.) Mais c'cst uu volour... jc n'oso plus re- Qiuer... comment prévenir?., je vais appeler...

Elle essaie, mais sa yoix ne sort pas* UNE VOIX, daas la oonlissa.

Bonne nuit, Juliette, c'est moi... n'aie pas peur, je viens rhercher le portefeuille de ton oncle qu'il avait oublié daas e salon...

JULIETTE, d'une voix tremblante.

Ahl c'est vous, ma tante... vous ne m*avez pas fait peur.... au contraire... (Le bruit ce«8e.) Suis-je sotte!., où donc avais- )e la tête?., ce ne pouvait être que ma tante... Et je parlais tout à l'heure d'aller à la guerre... c'est papa qui rirait âe mes prétentions militaires... c'est égal, ces pauvres soldats. Je les aime bien, car ils sont si malheureux... toujours à cheval... toujours exposés... et puis ils sont si braves... Ahl c'est beau le courage... chez les autres... et les décorations;, donc... Voilà qui est joli! Si j'avais un frère je voudrais en faire un bel officier, comme papa... seulement comme on n'est pas tout de suite colonel, je lui défendrais de faire comme tous les simples soldats qui sont toujours fourrés dans les cuisines. Je n'ai jamais compris cette passion-là .. quand j'ai demandé à papa pourquoi ses ordonnances n^-

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fent des heares entières arec la cntsinière, il m'a répondu en riant beaucoup : ce n'est pas étonnant, ces pauvres gens sont si mal nourris au régiment... C'est vrai, toujours la soupe et le bœuf... Dieu sait quelle soupe et quel bœuf... il paraît que c'est plus mauvais encore qu'au couvent, (sue rit.) Ils ont joliment raison de se mettre dans les bonnes grâces des cordons bleus... Ah! ahl.. (lUe l'uûed.) Gomme c'est bon de s'asseoir quand on a dansé depuis onze heures jusqu'à trois heures... j'ai trop dansé... Bah!., c'est pour celles qu'on n'a pas invitées... c'est cette pauvre Marguerite qui n'avait pas l'air contente après moi; je ne lui ai pourtant rien fait... il est vrai qu'elle n'a dansé que deux fois, et encore c'était avec son frère... Pourquoi aussi a-t-elle une si grande bouche?.. Eh 1 savez-vous,ma petite tante qu'on mène joyeuse vie chez vous... tous les jours fête... il y a deux jours soirée musicale chez madame de Varseilles; hier grand dîner chez vous; aujourd'hui bal chez la générale... Oh! mais c'est charmant... décidément je ne regrette plus le couvent... je m'habituerais bien à être votre fille; non pas que je n'aime plus ma chère maman... mais on est si triste à la maison... toujours malade, cette pauvre mère et cela depuis longlemps... enfin, j'espère qu'elle va se mieux porter désormais, car tout le monde ici la dit guérie et pour toujours... Il paraît qu'elle va me ramener un joli petit frère, de la campagne, un gros bébé, gentil comme les amours, dit ma tante... ce n'est pas étonnant, il y a de si jolies roses à la

Chesnaye... (Mettant sa main dans sa podie, elle la re^e brasqnement...)

Ahl mon Dieu, tous les bonbons que j'avais mis de côté pour mon frère qui ont fondu dans ma poche... (Aa moment

oA elle sort son moachoir ponr s'essayer ses doigts pleins de sacre, son eamet de daose entraîné par le mouchoir, tombe à terre...) Ah ! qu'OSt-CC qUO

îe easse làl... mon carnet... («ue le ramasse.) Il y a là-dedans des notes précieuses par une jeune fille appelée à beaucoup sortir... Voilà un petit objet, dont les messieurs ne soupçonneront jamais l'importance ni l'utilité... e'est votre dossier, mondains, jeunes danseuri^ c'est là qu'il est inscrit si vous

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avez de beaux yeux, des mains soignées, des dents blanches, si vous êtes élégamment vôtus, gracieux dans vos mouvements, et enûn si vous dansez bien... Soyez tranquilles, avez* vous été aimable avec votre danseuse, au lieu d'être banal comme beaucoup, elle saura bien ne pas Toublier... Dans le carnet il y a toujours une note pour vous... tant mieux si elle est bonne..; si elle est mauvaise par exemple... gardez-vous de lui renouveler votre invitation... vous serez refusé net, car on ne veut plus rien avoir de commun avec un danseur dont le signalement serait comme celui-ci : Bête, danse comme un portier, manque la mesure, et marche sur les pieds de sa danseuse... Ainsi, messieurs, vous croyez que le carnet de danse est uniquement pour nous un moyen mnémotechnique, et vous vous imaginez, que la soirée finie, il ne nous reste plus qu'à passer l'éponge, ou un coin de notre mouchoir légèrement humecté... que nennil... Pour éviter les confusions nous avons besoin de points de repère... (Montrant le carnet.) Yoici le point de re- ^re... avec cela vous pouvez aller au bout de la terre, jeune homme... Nous gardons votre passe-port d'homme du monde... Votre signalement de salon... (peuaietant son eamet.) Ceux-ci sont ordinaires... rien à dire... ni bien... ni mal... comme il est toujours ennuyeux de rester sur sa chaise, mieux vaut prendre un danseur comme ça, que de n'en

pas prendre du tout... (EUo continue à fealUeter, pais soudain se met

à rire.) £n voilà un, par exemple, qui est du dernier comique... (Usant.) Joseph Pré... Pré... c'est effacé... ahl voilà... Préville... signe particulier... prière de ne pas le confondre avec son frère cadet Symphorien Chrysostome... deux jolis noms ma foi pour figurer sur un calendrier... mais sur un carnet de danse jamais... d'ailleurs on ne doit pas savoir danser quand on s'appelle Symphorien... et Chrysostome

par-dessus le marché.. (Elle efface les deux noms arec 'son doigt,

se remet à lire, pois riant.) EU voilà uu autro qui m'a beaucoup amusée... Gaston... tout court... parce que, dit-il étant d'origine espagnole, il est affligé de huit noms en os et en as

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ébuà réunis par la voyelle y... voilà de quoi remplir tout moB carnet et deux autres avec... (se rappelant.) J'ai dansé trois fois avec ce Gaston tout court... il était très-amusant... (s« remet à lire.) Gcorges... tout couTt aussi celui-là... ce n'est pas pour la même raison... je le connais assez pour n'avoir pas besoin de renseignements... Que de valses, que de polkas nous avons faites ensemble... Abl mais c'est que c'est un fameux danseur lui !... Gomme il est grand maintenant, et comme ses petites moustaches lui vont bien... il a ma foi tout l'air d'un homme... Gomme ça pousse tout de même les enfants!... Je me rappelle encore l'heureux temps où moi j'avais huit ans et lui dix... nos parents passaient l'été à la campagne ensemble et nous avions les mêmes professeurs... Quelles bonnes parties nous faisions, dans le grand parc de la Ghesnaye... et comme nous savions bien nous cacher dans les taillis pour laisser passer l'heure de la leçon de calcul ou de thème latin... Le soir, quand la nuit descendait sur ces chênes séculaires, tout peuplés de légendes, nous n'osions plus sortir... le murmure du feuillage mélancolique et calme nous donnait des frayeurs... et nous croyions entendre la voix des revenants qu'on disait habiter tout au fond du grand puits... G'est un joli cavalier maintenant, et je serais iîère, s'il me voulait pour femme... C'était le plus élégant de tous, hier chez la générale... Oh oui le plus élégant, et le moins prétentieux... Quelle différence avec son frère... toujours sombre, toujours muet... ne pensant qu'à des choses sérieuses... Les chiffres... toujours les chiffres... le voilà au comble de ses rêves aujourd'hui ce bon Henri... élève à l'école polytechnique... comme c'est beau cela... mais c'est trop beau pour moi... Je n'aimerais pas U9 mari qui me ferait passer après son ambition, ses livres, ses découvertes... Ohl Georges ne sera jamais comme cela, lui... il était bien trop paresseux au collège... Que peut-n bien faire en ce moment, ce petit coquin-là ?... Il dort sans doute... il a si bien dansé... (Ayeo air peind.) oui il dort, cela est certain... sans penser à moi, peut-

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être... Oh, c'est mal cela, moi qui pense tant & lui... (»ed-

Daot le CJiraet oorert à la ptge o& est écrit le nom de Georges.) AdiêU,

mon petit compagnon d'enfance... Adieu, Georges... je t'embrassais autrefois... tu m'embrassais aussi... mais aujourd'hui je n'ose plus, maman m'a dit que ce n'était pas coutyenable d'embrasser les jeunes gens... Il y a iles jours pourtant 6ù j'en ai bonne envie... Si j'étais sûre de n'être pas grondée... oh mais oui, je t'embrasserais, et à nleinâ bras^ comme jadis... Bonne nuit... Georges... (Biie va poar porter te carnet à ta boa«he.)... Oh uou !... si quelqu'uu mo voyalt et nlaman hé veut pas... Pourtant, je ne fais pas mal, il me semble... et puis ce carnet est muet, il ne le dira à personne i Tiens, Georges, comme autrefois... tant pis. (BUe embrasse soo

nom ayeo l'ardear d'an enfant. Mais an moment où elle leferme la carnet, vuk morceaa de papier plié en plasiears fois, s'échappe da petit Itrre et tombe.)... Ah !... que peut-être cela?... (Elle ramasse le brin de papier.) Oh!

mais voilà qui est soigneusement plié... d'où cela peut-ii sortir?.... de ce carnet sans doute... Mais qui l'y a mis ?

(Regardant attentirement.)... On dirait UU billet... je n'en &!

jamais vu, mais je me les suis toujours figuré pliéâ de la sorte... Voilà qui est étrange... je n'ai prêté mon carnet à personne... Pourtant si... à Georges qui voulait s'inscrire lui-même pour toutes les danses dont je pouvais disposer... et... au petit Espagnol, Gaston tout court... Voilà, c'est une plaisanterie de ce polisson-là... Gageons que c'est la nomenclature de tous ces iloms en os et en as et de tous les y.., (Elle s'apprête à ôiivrir.)... Mais... sl j'allals trouvcr daus ce papier quelque chose que je ne dois pas lire... je serais bien punie de ma curiosité... car enfin il y a peut-être un secret, là-dedans... et pénétrer ce secret ce serait commettre un gros péché... il vaudrait mieux consulter mon directeur de conscience à ce sujet... Cependant si j'ai bonne mémoire, il ne fait pas grand cas des péchés commis par indiscrétion, le bon abbé... péchés de femmes, m'a-t-il dit;... si nous ^étions pas bienveillants sur ce chapitre-là, l'enfer ne serait peuplé que de femmes... ma faute ne sera pas bien grave... vénielle

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tOQt au plus... d'ailleurs je m'en confesserai, je le jure... Soyons femme, Juliette, il n'est jamais trop tôt pour commencer..* (mie ouvre le papier.).... Oh ! uuc écrituro touto Semblable à la mienne, c'est comme si je m'étais écrit à moi-même..* Voyons la signature... Georges I... £hl... (atoo hauteur.)... (Puis se reprenant.)... quclquc recommandation pour son frère sans doute, auprès du général commandant Técole, Tami de papa... ou bien une charade, comme nous essayions d'en faire autréiois... (EUe te pour Ure, pnu a' arrête.) G'cst étrange tout de même cette similitude d'écriture... il y a des gens qui verraient là une grande sympathie, une grande compatibilité d'humeur. . . il est vrai que nous avons eu le même maître d'écriture, et que nous faisions tous nos efforts pour arriver à écrire l'un comme l'autre, afin défaire nos devoirs l'un pour l'autre... C'était charmant de voir la bonhomie de ce bon père Durnerain qui n'y voyait plus assez clair pour s'apercevoir de notre supercherie... Mais que peut-il me vouloir, ce petit Georges?... (Liaant.) Juliette,», (padant.) Cela débute comme autrefois... voyons la suite... (Lisant.) Il faut me pardonner mon audaoe coupable d'avoir osé f aimer et d'oser te k

dire... (Pariant.)... C'OSt UUC farCO sans doute... (CoaUnuant d9

Ure.)... Depuis longtemps cet amour que je cache, me pèse-, c'est un secret qui m'étouffe] ouvre-moi ton cœur si frais et si chaste^ pour que fy blottisse mon bonheur dont l'existence dépend de toi,.. (Parlant.) Cela dovleut sérieux... monsieur Georges, prenez garde... (Lisant.) Aurais-tu oublié ces heureux jours de notre enfance^ où causant dans le parc, tu m'appelais ton mari et je te nommais ma femme. Rêve d'enfant qu'il t'appartient deréaliser;je suis un grand garçon... aujourd'hui.,, (pariô.) Oh I grand garçon... c'est ton avis, petit fat... (Usam.) presque un homme... (parié.) Ah bienouiche I... (Lisant.) e^ c'es^ l'homme qui demandera confirmer le désir du bambin... ^Pariô)... Voilà qui est violent, par exemple, me faire ainsi une déclaratioij sans savoir si maman le permettrait... mais il est fou... (Lisant.) Ne cherche pas le médaillon que tu as perdu l'autre jouf chez madame de Varseilles, je l'ai ramassé et caché sur mon

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coBur ; depuis ce moment je ne cesse de le couvrir des baisers

que je voudrais te donner,, , (Parlé avec ane eolère qai aagmeDte.).^

C'est cela, ne vous gênez plus monsieur, non content de me tourmenter en me cachant le médaillon de maman, que je croyais bien perdu... ce qui m'a tant fait pleurer... voilà que vous manquez à toutes nos conventions, que vous désobéisses à maman, et vous voulez m'embrasser..* mais puisque c'est défendu... (continae de ib«.] Hélas , on ne veut plus que nous nous embrassions, et toi aussi peut-être, tu m* en voudrais si f osais faire comme autrefois, prendre ta tète dans mes deux mains et f embrasser au front... (parié.) Oh! ça c'est certain... et pour te punir je le- dirais à maman... (Reprend la lecture.) Je faimc, Juliette, je f adore, et c'est à genoux que j'attends ta sentence,., (jniiette froissant le biiiet aveo eolère le jette à les pieds.) Oh! c'ost trop fort... oser m'écrire ainsi... impertinent!., (mie fond ea Urmes.) Venir me dire des choses comme ça... et me crier je t'aime comme si cela devait me faire plaisir... Gomme maman va me gronder quand je lui raconterai cela... et pourtant ce n'est pas de ma faute... Dieu que je suis malheureuse !.. la pensée seule de la colère de papa me fait trembler... Oh! mais pourquoi au lieu de m'écrire de pareilles sottises, pourquoi n'avoir pas parlé, au moins je n'aurais pas été obligée de l'écouter, je l'aurais fait taire, je lui aurais dit que c'était très-mal à lui d'abuser de ma faiblesse... que sais-je enfin... je lui aurais dit beaucoup de choses très-raisonnables... et maman

ne l'aurait jamais su... Petit sot, va... (cessant de plenrer, & sa frayeor snecède nn sentiment d'ironie.) MCS graudOS amiCS m'avaiCUt

prévenue... Ils sont tous les mêmes les gamins de cet âge-là... c'est à peine sorti de classe, on les mène dans le monde pour la première fois... vite les voilà amoureux... Qu'est-ce que cela d'abord que d'être amoureux?.. Je ne sais pas moi... ( A. vec ingénuité.) S'il m'a vait Seulement donné une explication... ce petit bêta... mais non, rien que des impertinences... Je t'aime, je t'aime, voilà tout ce qu'il me dit... Eh bien et après?.. Alors il suffit de dire «lux gens « je vous aime, »

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pour les épouser... Ah 1 bien merci^ce n'est pas difficile de se marier... Pourtant comment se fait-il qa'il y ait tant de vieilles filles ?..I1 doity avoir antre chose que je ne sais pas ni toi non plus, Georges... aussi je trouve ta démarche très-imprudente... A-t-on vu ce moutard s'engager en aveugle dans un projet dont il ignore la portée... Gamin, val... D'ailleurs pour votre gouverne, monsieur Georges, apprenez que j'ai été distinguée par un homme beaucoup plus expérimenté que vous, un vieux général, qui doit en savoir beaucoup plus long que vous sur le chapitre des épousailles. S'il a demandé ma main, ce doit être après mûre réflexion et non pas à l'étourdie comme vous... (ironie eroissuto.) Vous êtes trop jeune, mon petit, et je me verrais dans la nécessité de faire votre éducation... car enfin j'ai seize ans, et vous dixhuit. Or, une fille de mon âge, vous ne l'ignorez pas, est déjà une femme, tandis que vous n'êtes encore qu'un gamin... Tant pis, mon cher... il fallait naître dix années plus tôt, cela vous eût donné plus de chance de succès... car vous devez bien penser que ne connaissant rien du mariage, ce n'est pas avec vous, dont l'ignorance doit au moins égaler la mienne, que je vais faire mon apprentissage... Voyons, Georges, raisonnons un peu... tout ce que j*ai entendu jus" qu'ici sur le mariage, m'a donné de cette institution une idée des plus graves... mes amies qui sont mariées depuis leur sortie du couvent, m'ont toutes dit la même chose : ma chère Juliette, c'est un mariage de raison, aujourd'hui on n'en fait plus d'autres... elles doivent le savoir puisqu'elles le disent... et puis, à vrai dire, le mariage me fait peur, quand je songe à cet ami de papa, un jeune fou qui se dit saint-simonien, et qui lorsqu'on lui demande pourquoi il a épousé une vieille précieuse, répond invariablement qu'il a voulu imiter le maître, et se marier pour étudier les savants!... Or tu sais, Georges, je n'aime pas les savants, et si c'est là le but du mariage, j'aime mieux rester vieille fille. Allons, Georges, conviens que tu es irréfléchi... cependant si tu me promets de me rendre mon médaillon, j'oublierai ton

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errent*... Je n'eft âiral rien à personne... pas même à ta nourrice... (oeyenant seotiinentaie...) Loin dolà, il Dio Semble qae j'ai eu tort de ïn'einporter ainsi contre toi, et quelque chose me dit que ton audacieuse démarche est le résultat d'un bon mouvement... il faut bien que tu m'aimes un peu pour avoir ainsi bravé les conséquences d'un acte téméraire... ton audace me séduit presque maintenant, et je te vois déjà affrontant mille dangers pour me prouver ton amour... Mais ce médaiildn... tu me le rendras, n'est-cepas?... sans toi je l'avais tierdu, îe Médaillon de maman... comme j'aurais été grondéë... (Ëiiei s'essnie lesyenz.) Hou Diou, ttue larmo... c'est la joie que tu me fais en me disant que tu n'as pas oublié la petite Juliette que tu avais tant l'air d'aimer autrefois... Tiens, je regrette mon emportement de tout à l'heure... J'ai voulu faire la grave personne ayant ses susceptibilités et froissée dans sa dignité I... mais je vois que j'ai mal réussi à me trotnper moi-même... cette larme m'est un gage que je suis là première punie de mon subterfuge... (Repreoaot suc u tabi« le

eariiet de danse qui est fermé, et l'oarrant à la page od ae troute le nom da

Georges.) Si tu m^avais vue, il n'y a qu'un instant déposant sur cette feuille d'ivoire un baiser à l'endroit même de ton tiom, tu aurais compris que nos deux âmes sont soeurs... Ah I que ton billet m'est doax à la mémoire I II me semble qu'il est l'expression même du souvenir que j'avais gardé

de notre enfance... (EUe se baisse et ramasse ie kllet.) TleUS,

Georges, regarde-moi, je fais amende honorable et je yeux réparer par un gros baiser ma sotte colère... (eiie porte le billet à sa bouche.) Oui, petit chiffou de papier, tout parfumé de vie et dé bonheur, tu es le bienvenu... je... t'aim...

Qd entend de nouveau du brui^ dans la pièce de gauche, et une voix qui crie :

Gomment, Juliette, pas encore couchée.** encore de la lumière.

JULIETTE, à part.

Ah! ma tante... encore... (Haut.} Si, si, ma tante... si, Je

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