M. GUSTAVE NADAUD
Qé C. Coquelin.
En Bretagne, et peut-ôtre ailleurs, on se délasse A faire la veillée après un jour de chasse.
Tous les gens sont rangés à distance du feu; Le chef de la maison est assis au milieu.
Allons, André, remue un peu ta vieille jambe; Apporte-nous du bois et faisons feu qui flambe I Nous avons du pommier : c'est le sarment breton, Qui fait aussi du vin, et vaut l'autre, dit-on. Maintenant, Margaret, souffle sur cette braise. Causons, sans nous presser et contons à notre aise. Qui parlera premier ? Hé ! garde, nîon ami, A quoi penses-tu donc ? — Trois kilos et demi, £n pays bretonnant, c'est beau poids pour un lièvre. ~ Ah! monsieur, celui-là n'est pas mort de la fièvre; Je passais avec Tom, le long du saut de loup; Je le vois, je l'ajuste, ei je l'étends du coup Roide!.. Il n'eut que le temps de dire six paroles.
— Bon! voilà Mathurin dans ses visions folles. Faire parler un lièvre! ohl oh! mon compagnon! Si c'était un poulain, je ne dirais pas non,
— Mais un lièvre, jamais I — Mes enfants, dit le garde. J'ai vécu plus que vous, et ceci me retçarae.
— Eh bien I s'il a parlé, sachons ce qa'il a dit.
— C'est orila, c'est œia. — XatiHamitenâit :
Les anciens du pays ont pu garder mémoire
D'un homme nommé Krk^, Iraré sur le grimoiro.
Natif de Normandie, habitant Quimperié,
Huissier de son état, huissier ensorcelé,
—- Huissier jusqu'à la moelle, ardent, hargneux et rogue.
Mordant comme un mâtin et tenant comme un dogue.
On n'a connu jamais un huissier plus huissier.
Mon grand-père Thomas était riche fermier.
Mais, comme un paysan, amoureux de la terre;
Il voulut à son tour être propriétaire.
Gérer son propre fonds. Il fallut emprunter,
Payer l'argent i^Hms «cher ipi'îil ne peut rapport-er.
Il eut des Saint-Méékanfl, i "eirt des Hunes rousses.
Bref, un mauvais prôteor lâcha Kiiidk à ses trousBes.
Mieux valait une mente. M^%f t»ul fut ferftu;
Grain par grain, ma fiar soa mnre Irien fat venta.
Il ne nous resta rien, ilerre, m&îson mi^chose.
Pas un fêta ée f aÂëe 1 fit c^est pour eene cause
Que mon père fut igairde et que garde je su4s.
— Holà, hé ! M»llteiirâi, vds où tm nous oondu^s ! Quel rapport momear Kndk. a-t-îl 9,vtc ton Fièvre t
— Attendez ; l'esprift va plus vite q^se la lèvre. Quoique devemi pauvre «t ras comme xm eaiiin. Le grand-^e Thomas ëtaiit un fier malin.
L'argent ff est pa« toufours marque éTitflelligeirae^ Soit dît sans offanser nottre voisin Fulgenee.
Le vieux était instruit oeonne pas un savant;
Il faisait souvent rire €ft réiëc^r «auvent.
Il m'apprit récrHare ordinaiire ^et goUhiqne,
La charge en ùmm tenvpfB, un pen d'arflïmiétÂqaie,
Le piquet, le billarâ, Imis les aits^'aujeiardlini;
Bref, tout l'^sprît ^foe f «i, }e ne l'ai ^e par Im.
Il m'enseignait aiisri les lois de la nature.
Ce que sent pma mom l' aLMteMC Mmu
11 disait : Mes lefitetf, ipoÊDâ wmtB «nec éfihen^
Votre âme deviendra Véamt it'vi Mftre ctcfa.
Vous changerez d«éijil, fâtesbiiclf ct4le omImhb,
Vous serez animaix ^wamié'ifÊad légMMt.
Ainsi toujours nMimoBt, œmncteil toaiMn»
Vous serez des «maux, iàm iaflaeles, é» #«%
Mais dans cette entre ww, mÊÊÊÊMx^ mm ohen Irira^
Vous aurez des YntM<etdtt ne0S4»alnrim
A ceux que yo«6 mm aiaait WBrcraoi*
C'est ce qu'il appelait la «MafenaatMai.
Ainsi les cerreMx «reiix saroat <oenraito ^fità»m;
Les beaux garçonfi, foieph, laeroBt l)êteB Tîiaiaet ;
Les plus laids, entends-tu* iiasn ? aeront les plus JbeaAS.;
Les lourds seront «beivpevtli» $t les kégen, crapaads;
Les gens d'esprit seFont les dmèoM et ta oim ;
Les élégants serwit tout iijd^iUés de .flâie&...
Vous compreanea... LesTJIs âeriemârofit hanafitftBfi ;
Les moutons seront loups, les loups :8enmt imHirtonfi.
Entendez-moi, Jeaaf, les fenunes ei les filks
Coquettes de leva eorps Itmamepont ^n i^eaHliai;
Les orgueilleux seront énsectes aplatis ;
Les rois et les bérûs, paeeiXMB tomt petits;
Les gourmaaftdes, IfartMi, aenmt mules frugales;
Les avares é'm seront là-bas cigales.
Et les dissipateurs devéeaiftpwtiâes foornaAS.
Ainsi choisissea tous TOtie ioc» wes anJa.
Ici se récria r«niitfâre dUMopéitre :
mon brave MaittMiria, ifod rappMt peut-il ÔM Entre le vieux Th^i&as, He Uèvre et monsieur Krkk f Achève ton récit, voyensl
^ Viuei k èk.
Si les huinlAes àe cœur, si ies <(ioBX caraelères Deviennent les Ttotours, les loups et tes pamtbèrefi^
Quel peut-être le sort des pervers, des méchants Qui dans leur vie humaine ont tourmenté les gens ? A coup sûr, ils seront bêtes infortunées, Au fusil, au bâton justement condamnées.
Plus ils auront commis de délits compliqués, Plus ils seront punis, et traqués et croqués. Or, voulez-vous savoir quelle est la créature La plus vouée au mal dans toute la nature?
Le lièvre, direz-vous? — Oui, le lièvre, en effet. Quand j'en aperçois un, je me dis : Qu'a-t-il fait? Il faut avoir commis une bien f^rsive. offense Pour rester à ce point sans force et sans défense. Les autres ont la dent, la corne, le terrier ; Ils peuvent se venger ou se réfugier.
Le blaireau fait son trou, la perdrix a son aile : Adieu le nez des chiens et la piste nouvelle. Le chevreuil a pour lui l'immensité des bois ; Puis on chasse le gros tous les trente du mois; Le lièvre, tous les jours, le lièvre, tout le monde. Il a peur du soleil et de la nuit profonde.
Echappe-t-il aux coups du chasseur régulier, Il va se faire prendre au fil du braconnier ; Entend-il une voix, un souffle dans la plaine, Il n'a qu'une ressource, imprudente, incertaine : Il court, il court, il court... Mais il laisse après lui Le fumet qui demeure alors qu'il s'est enfui. Lièvre, c'est un renard qui te suit à la trace; Le renard se fatigue ; un autre le remplace ; Ou c'est l'oiseau de proie aux sanglants appétits Qui veut briser le crâne à tes pauvres petits ; Car tu ne trouves pas, ô lièvre misérable!
Un être qui te soit utile ou secourable, Depuis le fier faucon jusqu'à Thumble fourmi : Le lapin, le lapin même est ton ennemi.
Et l'homme I . . Voici l'homme armé de son tonnerre^ Tu ne peux t'envoler ni t'enfouir sous terre.
Voici les chiens courants, voici les chiens d'arrêt :
Il faut lutter de ruse et jouer du jarret.
Cours au bois !.. Un chasseur est là dans la clairière.
Reviens de bois à plaine et de lande à bruyère ;
Mais le nez te dépiste et le pied te poursuit.
Un fusil se rabat; il éclate : quel bruit !
Non, tu n'es ni tué, ni blessé ! quelle chance !
Un autre coup !.. Non rien... Allons, prends de TavaDce,
Cours donc!.. Mais on se lasse à la fin de courir;
La griffe se roidit, et, mourir pour mourir,
Autant vaut retourner au gîte que Ton aime.
Un troisième coup part !.. Tu roules sur toi-môme...
Victoire! Le voici. Regardez ces yeux morts :
Une âme de coquin existait dans ce corps.
C'était un vrai sorcier, c'était un mauvais diable ;
Pour mon pauvre grand-père il fut impitoyable.
Croyez-vous maintenant que le lièvre ait parlé ?
Il a dit : « Je suis Krick, l'huissier de Quimperlé. •
VIN DU COHTE DU GABDI